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Entretien : "Il faut réfléchir à notre modèle social"

Solène Davesne ,

Publié le

en couverture Le président du Conseil économique et social Jean-Paul Delevoye estime que la crise de la parole politique devrait renforcer le rôle du dialogue dans les entreprises.

Entretien : Il faut réfléchir à notre modèle social © bruno levy / divergence

En 2012, vous avez publié "Reprenons-nous". C’est votre mot d’ordre après l’affaire Cahuzac ?

L’agitation, voire la panique, n’est pas un apaisement mais un emballement. L’urgence ne doit pas tuer l’essentiel. Un des dangers, c’est que ce formidable emballement sur la moralisation occulte les énormes défis actuels de la France. Cette perte de confiance fragilise la capacité de conduire le pays. Plutôt que de mobiliser pour un sursaut collectif, les hommes politiques sont en train de chercher à exploiter la fragilité de l’autre. Or nous sommes dans une période de guerre économique.

Ce besoin de moralisation concerne aussi l’entreprise ?

Absolument. La confiance dans le patron est essentielle. Paradoxalement, le discrédit du pouvoir politique peut créer des attentes supplémentaires vis-à-vis de l’entreprise. On le voit avec la performance écologique et la responsabilité sociale. Les acteurs du changement sont les hommes politiques mais aussi les syndicats. Si l’offre politique désespère les citoyens, il faut renforcer la participation des salariés dans les entreprises, retrouver une communauté d’intérêt qui est en train d’exploser. Au Parlement, certains font tout pour ne pas adopter en l’état l’accord sur l’emploi signé par les partenaires sociaux. Ils préfèrent affaiblir la France sans proposer d’alternatives.

Dans ce contexte, difficile de parier sur le dialogue social ?

Dans toute crise, il y a une opportunité. Il faut une mobilisation autour d’une stratégie très claire. J’ai soutenu la démarche de concertation de François Hollande. C’est d’ailleurs au palais d’Iéna que se sont tenues la conférence sociale et la conférence environnementale. Mais le dialogue demande une temporalité qui dépasse le politique. Les pays du Nord ont été capables de mettre en place une démarche de concertation pendant dix à douze ans, qui a permis d’aboutir à une réforme des retraites. Nous, nous faisons des rendez-vous. Résultat : à chaque fois, ils se transforment en matchs de boxe.

Les politiques raisonnent-ils à courte vue ?

Sur France 2, en mars, François Hollande a dit : "Vous me jugerez en 2017." J’ai été frappé. Ce n’est pas 2017 qui m’intéresse, mais le projet qu’il faut pour la France en 2040. C’est cela que je veux entendre. Quelle politique énergétique ou industrielle à mettre en place ? On est toujours dans des calculs d’intérêt électoral.

Comment sortir de cette crise ?

J’ai cru qu’on pouvait changer les politiques de l’intérieur. Je ne le crois plus. On doit les changer de l’extérieur. Il faut que nous réfléchissions à des expressions citoyennes. La France a des perspectives sur le long terme. Mais tout est stérilisé. Nous avons un management, de la part de l’administration et du politique, fondé sur le monde d’hier et non sur celui de demain, qui demandera davantage de prise de risque, d’innovation. J’appelle à un changement culturel. Je n’ai jamais vu autant de professeurs prêts à innover. Mais on leur demande juste d’appliquer le programme.

Comment faire repartir la croissance ?

Je suis persuadé que nous sommes entrés durablement dans une phase de croissance faible. Dès lors, il faut reposer les équations et réfléchir au modèle de société que nous pouvons avoir. L’économie circulaire est une réponse. Comment peut-on réduire le nombre de normes dans l’immobilier pour baisser les loyers ? Comment mobiliser l’épargne privée ? Si on accepte que les données ont changé, il faut revoir le système. Cela ne sert à rien de construire des maisons de retraite respectant toutes les normes avec des loyers de 2 000 euros par mois si les retraites moyennes sont de 900 euros. L’enjeu est plutôt de réussir à construire des maisons de retraite dont le loyer sera de 900 euros. 

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