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L'Usine Santé

Entretien : « Il faut mettre nos pôles en réseau »

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Enquête Auteur d’un rapport parlementaire sur la biologie de synthèse, Geneviève Fioraso, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, détaille son action pour la promouvoir.

Entretien : « Il faut mettre nos pôles en réseau »
Auteur d’un rapport parlementaire sur la biologie de synthèse, Geneviève Fioraso, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, détaille son action pour la promouvoir.

La biologie de synthèse est-elle une nouvelle révolution technologique ?

Les États-Unis pensent que la bioéconomie va représenter 15 % de leur PIB d’ici à dix ans. C’est un secteur auquel il faut absolument s’intéresser. La biologie de synthèse en fait largement partie. Même si elle est difficile à identifier, à cause de son côté transversal. Elle concerne en effet l’énergie, la chimie, l’environnement et la santé. Dans l’industrie, elle peut remplacer des produits naturels devenus trop rares ou économiser de l’énergie.

 

Quel est le plan de route de la France ?

Il est d’abord européen. On ne peut pas être franco-français sur ce sujet. Il faut s’appuyer sur le réseau Eranet SynBio, qui va être reconduit dans le programme « Horizon 2020 ». Côté français, j’ai veillé à ce qu’il puisse être doté de 1 million d’euros pour l’appel d’offres 2013. Nous avons aussi demandé à l’Agence nationale de la recherche (ANR) d’intégrer la biologie de synthèse dans ses appels à projets, même si c’est encore modeste. Au moins, maintenant, le domaine est clairement identifié. Il faut aussi mettre en réseau nos pôles spécialisés : à Bordeaux, où il y a notamment une chercheuse qui a travaillé avec le biologiste Craig Venter ; à Toulouse, qui vient de bénéficier de 1 million d’euros du programme d’investissements d’avenir pour le démonstrateur Toulouse White Biotech ; à Grenoble, où il y a un pôle de nanobiotech et de nanosécurité ; et bien sûr le Génopole à Évry, qui bénéficie d’un d’investissement d’avenir d’un million d’euros par an et d’une pépinière d’entreprises. Certes, c’est peu comparé aux 500 millions de dollars des États-Unis, mais là, c’est essentiellement de l’argent privé. Nous allons aussi impliquer les quatre alliances de recherche concernées : Avisan pour la santé, l’Allenvi pour l’environnement, Ancre pour l’énergie ; et Athena pour les sciences humaines et sociales sur les sujets d’éthique, de déontologie mais aussi de brevetabilité. Côté formation, un master spécialisé a été créé.

 

La France n’est-elle pas en retard ?

Les pays européens le plus avancés sont l’Allemagne, le Royaume-Uni, la Suisse et la France. Mais aussi l’Italie et la Suède. La France a de bons atouts, même si elle est faible en biochimie. Il faut booster la formation dans ce domaine. Je veux d’ailleurs relancer l’interdisciplinarité dès les premières années de licence. Ce sera bon pour la biologie de synthèse qui requiert des chimistes, des biologistes, des informaticiens et des spécialistes des sciences humaines et sociales.

 

Cette science ne présente-t-elle pas des risques ?

Tout domaine émergent comporte des risques, identifiés ou à venir. Il faut donc anticiper et mettre en place une méthode. Sur la prévention des risques et le dialogue avec les citoyens, les méthodes les plus intéressantes sont anglo-saxonnes. La méthode britannique pour le dialogue avec les citoyens. La méthode américaine pour la gestion des risques au fil de l’eau par un comité indépendant qui prend en compte l’évolution de la science. Aux États-Unis, c’est Barack Obama lui-même qui avait demandé à ce qu’il y ait une charte d’éthique et un comité, suite à la déclaration de Craig Venter en 2010, affirmant : « I have created life ». L’Europe, elle, s’appuie trop sur les normes.

 

Pourrait-on reproduire la méthode américaine pour prévenir les dérives ?

Des cellules de veille existent déjà au CEA, à l’Intérieur et à la DGA, qui a identifié tous les acteurs de la biologie de synthèse. Mais ce sont des structures parallèles. J’avais préconisé, dans un rapport de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques (Opecst), que les équipes collaborent davantage. Par ailleurs, un observatoire de la biologie de synthèse a été mis en place à Évry en janvier 2012. Il a organisé un colloque science et société sur le sujet, le 4 décembre dernier.

Les méthodes les plus intéressantes sont anglo-saxonnes: la britannique pour le dialogue avec les citoyens, l’américaine pour la gestion des risques au fil de l’eau.

Geneviève Fioraso, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche

Justement, comment gérer les inquiétudes des citoyens ?

Les politiques ne peuvent pas gérer les peurs irrationnelles. On est là pour mettre du rationnel. Pour autant, si les Canadiens appellent ce domaine l’ingénierie biologique, c’est pour n’effrayer personne et avoir la paix avec les ONG. En France, nous avons un groupe d’écotoxicologie, qui se monte dans le sud de Valence grâce aux alliances Aviesan, Allenvi et Athena. Il faut que ces études se mènent en parallèle des développements de la recherche.

 

Y a-t-il des blocages réglementaires à la biologie de synthèse ?

Non, les recherches s’appuient principalement sur la réglementation Reach, sur les règles du programme Nanosafe liées aux développements des nanotechnologies et sur une charte d’éthique européenne sur la biologie de synthèse, rédigée en 2009 et revue en 2011. Ce cadre réglementaire a été estimé suffisant. Mais j’aimerais bien proposer au niveau européen l’équivalent du comité de suivi mis en place aux États-Unis.

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