[ENTRETIEN] Cash investigation, Zika, Ségolène Royal... Monsanto répond aux accusations

Nouvelles interdictions d’herbicides annoncées par Ségolène Royal, inquiétude autour des pesticides depuis l’émission Cash Investigation, mise en cause (sans raison, car ce n'était pas leur produit) dans Zika : l’agrochimiste américain Monsanto est au cœur de l’actualité. Yann Fichet, son directeur des affaires institutionnelles en France, a répondu aux questions de L’Usine Nouvelle.

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[ENTRETIEN] Cash investigation, Zika, Ségolène Royal... Monsanto répond aux accusations

L'Usine Nouvelle - Ségolène Royal a décidé de s’attaquer aux pesticides mélangeant du glyphosate à certains co-formulants. Une décision "inappropriée" ont répondu collectivement les industriels. Pourquoi ?

Yann Fichet - Nous avons du mal à comprendre de quoi parle exactement la Ministre. Elle a utilisé l’opportunité d’un avis de l’Anses publié le 12 février, suite à une saisine réalisée plusieurs mois auparavant. La saisine avait deux objectifs : ré-examiner les éléments concernant la toxicité du glyphosate, en particulier suite au débat provoqué par le CIRC. Et se pencher sur les co-formulants présents dans l’ensemble des préparations phytopharmaceutiques. Or cet avis précise bien qu’il ne répond qu’à la première partie.

L’Anses estime que le niveau de preuve du risque de cancer chez l’animal et chez l’homme associé au glyphosphate est "relativement limité". Un soulagement pour vous ?

L’Anses, comme l’Agence européenne de sécurité des aliments (EFSA) en novembre 2015 et de nombreuses autorités depuis quarante ans, continue de dire que le glyphosate n’est pas cancérogène. C’est une très bonne nouvelle, après le débat lancé en mars 2015.

Que disent Ségolène Royal et l’Anses La ministre de l’Environnement Ségolène Royal vient de demander à l’agence sanitaire qui évalue notamment les pesticides, l’Anses, de réévaluer immédiatement ceux mélangeant le glyphosate (dont le risque avait été soulevé par une agence de l’OMS, le CIRC, l’an dernier) avec des co-formulants de la famille des tallow amines. Et de retirer d’ici fin mars les autorisations de marché de ceux présentant "des risques préoccupants". Dans son premier rapport remis le 12 février, l’Anses relativise la dangerosité du glyphosate, appelant l’Agence européenne des produits chimiques à se prononcer. Elle reconnaît néanmoins que "les co-formulants contenus dans les préparations à base de glyphosate soulèvent des préoccupations, en particulier la tallow amines".

Mais le doute n’est pas levé sur le mélange du glyphosate avec certains co-formulants, comme les tallow amines…

L’Anses explique que cette question donnera lieu à un rapport prévu pour avril. La position de Madame Royal est donc incompréhensible, car aucune information scientifique nouvelle ne nécessite une éventuelle interdiction ! D’autant que l’Union européenne doit se prononcer courant 2016 sur le glyphosate. Et les préparations à base de glyphosate, dont celles contentant des tallow amines, vont être réexaminées par les autorités nationales compétentes, conformément à la réglementation.

"Cash Investigation met l’agriculture dans des difficultés importantes vis-à-vis des consommateurs"

Etes-vous confiant sur la sécurité que présentent ces produits ?

L’Anses a mis en place un groupe de travail pour se pencher sur ce sujet, dont acte. Nous sommes un certain nombre d’entreprises à formuler des produits à partir de glyphosate, mais tous ne contiennent pas de tallow amines. Nos produits les plus anciens de la gamme Roundup en contiennent, mais nous disposons de nombreux autres produits.

L’émission Cash Investigation a récemment mis en exergue l’impact de certains pesticides sur la santé. Quelle est votre réaction ?

Monsanto n’a pas réagi officiellement : on ne peut pas cautionner ce type d’émissions uniquement à charge et destinée à créer de l’anxiété auprès du grand public. C’est regrettable et, peut-être plus encore que les entreprises, cela met l’agriculture dans des difficultés importantes vis-à-vis des consommateurs. Or on sait que pour produire en qualité et en quantité, il faut utiliser des phytos. Nous travaillons tous ensemble pour diffuser des bonnes pratiques et faire respecter les doses et bonnes pratiques de pulvérisation, sans doute cela peut-il être encore amélioré.

"C’est comme si on ne parlait que des accidents de voiture lorsqu’on traite d’automobile"

Mais comment rassurer la population qui peut penser que les agrochimistes veulent simplement maintenir les ventes de leurs produits, quel que soit l’impact sanitaire ?

Il est évident que si nos produits n’apportaient pas satisfaction en termes d’utilité et de sécurité, ils ne seraient plus utilisés. Donc vendre à tout prix n’est une approche que de court terme ! Nous mettons dix ans à développer un produit, qui doit répondre à une utilité pour l’agriculteur et le consommateur, mais aussi à des normes de sécurité sanitaire strictes.

Cette évaluation des risques existe, et nous aurions aimé qu’Elise Lucet, la présentatrice de Cash Investigation, invite au moins un représentant du ministère de l’Agriculture ou d’une agence sanitaire pour expliquer cette réglementation. Or c’est comme si on ne parlait que des accidents de voiture lorsqu’on traite d’automobile !

Vous investissez néanmoins dans les produits de biocontrôle, une alternative non chimique aux pesticides ?

Nous nous sommes lancés depuis une dizaine d’années dans ce domaine original et avons conclu il y a deux ans un partenariat avec le spécialiste danois Novozymes. Nous avons fusionné nos recherches sur le biocontrôle et Monsanto commercialise ses produits à travers son réseau de distributeurs agricoles.

Mais l’histoire montre qu’il n’y a pas toujours des d'alternatives mais des produits complémentaires. Le biocontrôle ne permettra probablement pas de répondre à tous les problèmes. En France, il ne représente encore que 100 millions d’euros de chiffre d’affaires, contre 2 milliards pour les produits phytosanitaires.

Mais il faut explorer toutes les voies, tout comme celle de la génétique pour réaliser des variétés résistantes à certaines maladies, tout en utilisant moins de phytos et de fongicides.

Un insecticide a récemment été accusé , créant la polémique, de générer des microcéphalies dans des zones où sévit le virus Zika. Y a t-il du fantasme autour de ces produits ?

Il ne s’agit pas de fantasme mais de manipulation, qui a malheureusement été reprise par de nombreux médias y compris en France. Lorsque vous publiez un titre associant le nom de Monsanto, le sujet de Zika et ce problème touchant des enfants et des femmes enceintes – un sujet émotionnel et très grave -, cela génère des centaines de clics.

Or nous n’avons absolument rien avoir avec ce produit, ni avec le japonais Sumitomo Chemical qui le commercialise. Nous n’avons aucun insecticide contre les moustiques. Monsanto est une société de semence, dont le budget R&D annuel de 1,6 milliard de dollars est consacré à 95% à la recherche génétique. Nous ne menons plus de recherche sur les nouvelles substances phytosanitaires. Les produits que nous commercialisons encore sont des matières actives , comme celle du Roundup , que nous avons conservées car elles sont très utiles pour les agriculteurs.

Propos recueillis par Gaëlle Fleitour

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