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Entreprises, ouvrez vos données !

Aurélie Barbaux

Publié le

L’open data n’est pas réservé aux administrations et aux collectivités locales. Aussi contre-intuitif que cela puisse paraître, les entreprises peuvent également avoir intérêt à ouvrir leurs données.

Entreprises, ouvrez vos données !
En juin 2012, la SNCF organisait les Hack days, desquels naissait l’application Tranquilien pour améliorer la diffusion de l’information auprès des voyageurs.

Les entreprises citées

En partenariat avec Industrie Explorer

a l’ère du numérique et de l’open innovation, ouvrir ses données n’est pas une idée si saugrenue pour une entreprise. L’open data permet en effet de viser des objectifs inatteignables autrement et, parfois, d’aller plus vite pour développer un écosystème, changer son image, retrouver la confiance… Mais il y a loin de la coupe aux lèvres. En 2011, une enquête Bluenove-BVA constatait que seulement 40 % des grandes entreprises françaises étaient prêtes à partager leurs données environnementales, 37 % leurs données techniques, 26 % leurs donnés opérationnelles ou marketing. Trois ans plus tard, les grandes entreprises qui ont osé se comptent sur les doigts d’une main : la SNCF, la RATP, La Poste, Havas Media et Ouest France.

1 Se fixer un objectif précis

Contrairement aux gouvernements ou aux collectivités locales qui ouvrent leurs données pour favoriser la transparence et l’innovation tous azimuts, une entreprise doit viser un objectif précis pour oser l’open data. Ne serait-ce que pour convaincre en interne de son utilité, même si l’on ne sait pas ce que les autres feront de ces données. Ainsi, « Nike a mis en ligne sa base fournisseurs, avec une incitation au feedback sur des problèmes d’éthique, parce qu’il avait une vraie envie de faire travailler le web », observe Jean-Marc Lazard, le dirigeant d’Opendatasoft, une start-up opérant une plate-forme open data. De même, si Johnson & Johnson a publié dix ans d’études amont sur le marché d’un médicament, c’était dans le but d’encourager l’écosystème à travailler sur ces données. « Pour le groupe SNCF, la démarche open data lancée il y a trois ans, de manière libre et proactive, a deux objectifs : d’une part, améliorer la diffusion de l’information voyageurs, surtout pour les transports quotidiens, sur tous les canaux possibles ; d’autre part, participer à la transformation de l’entreprise autour de la donnée », explique Romain Lalanne, responsable open data au groupe SNCF. « Certaines entreprises ont pris conscience qu’être les premières à donner les données est peut-être plus performant que fabriquer des protections », complète Jean-Marc Lazard.

2 Identifier les données à partager et les cibles

Pour des raisons évidentes de confidentialité, de respect de la vie privée, voire de concurrence, une entreprise ne va pas partager ses données clients. En revanche, elle peut partager des données métier ou techniques. C’est le cas d’Havas Media France, qui n’a pas hésité à publier sur le site d’Etalab, le portail d’open data du gouvernement, sous licence ouverte, sa bible annuelle des médias, le Media Poche, ainsi que son POE (le baromètre de l’exposition du public aux marques), son étude sur les objets connectés et celle sur la Coupe du monde… Il a aussi ouvert un site (havasmediaopendata.com) qui présente les études et fournit les contacts. « Le plus difficile n’a pas été la mise en ligne, mais de convaincre en interne, raconte Yves Del Frate, le directeur général d’Havas Media France. J’ai dû expliquer que, à un moment ou à un autre, les gens auraient de toute façon accès à ces données. Mieux vaut les ouvrir nous-mêmes pour lancer le dialogue et avoir un langage de développement en commun. Car nous pensons qu’au-delà des collaborations que l’on peut initier avec nos partenaires ou fournisseurs, il existe tout un écosystème de particuliers, étudiants, chercheurs, geeks, qui peuvent être intéressés par les médias. Et avoir des projets, des idées de software, d’entreprises, que nos données peuvent inspirer et alimenter et qui peuvent un jour nous intéresser. »

3 choisir un modèle économique

« Attention, prévient Jean-Marc Lazard, d’Opendatasoft. Une entreprise doit être prête à faire de l’open data. Car lorsqu’elle ouvre ses données, elle entre dans un système. Il faut bien réfléchir au modèle économique qu’elle est prête à assumer, aux relations qu’elle veut entretenir avec des start-up. » Pas si évident. Pour faire évoluer les mentalités, la direction de l’innovation de La Poste a dû « scraper » (extraire) elle-même les données des bureaux de poste, le temps de dépasser les résistances en interne. Et pour faire accepter l’idée de licence ouverte, elle a commencé par proposer un mode d’open data interne. « L’idée étant de faire de l’open data un levier de transformation », expliquait Delphine Desgure, de la direction du numérique de La Poste, lors de la conférence de Paris sur l’open data et le gouvernement ouvert. Pour forcer les choses, la SNCF organise des événements, comme son « Data Shaker » qui invitait des développeurs à travailler durant cinq mois sur ses données ouvertes au sein du Numa, un centre de coworking parisien, ou encore son concours Datascience.net, ouvert aux jeunes chercheurs jusqu’au 30 septembre, pour imaginer des modèles de prévision de fréquentation des gares… et repérer les futures recrues du groupe.

4 Garder le contrôle… autant que possible

Extraire les donnés que l’on souhaite partager des systèmes d’information n’est pas toujours aisé, les entreprises étant souvent organisées en silo. « Nous avons commencé par constituer une dataroom qui centralise toutes les données et les rediffuse », explique Yves Del Frate, d’Havas Media. L’occasion d’unifier les formats, car pour ouvrir ses données il faut avoir une démarche qualité qui respecte standard, fiabilité et complétude des informations. Reste à choisir leur mode de diffusion. « Nous ne proposons pas uniquement des outils de collecte et de mise à disposition, mais également des plates-formes où l’entreprise garde le contrôle de ses données », indique Jean-Marc Lazard, d’Opendatasoft. C’est le cas de la SNCF, dont les données ouvertes sont accessibles sur son site open data utilisant la plate-forme Opendatasoft, « qui permet un partage sélectif, notamment en interne », précise Romain Lalanne. Toutes les données ne sont pas forcément en mode licence ouvert, comme sur le site Etalab. Choisie par la SNCF, la licence « sharelike » oblige à remettre dans la collectivité ce qui a été développé avec les données. Et permet à l’entreprise de savoir ce qui en a été fait. Car, comme s’en est aperçu Havas Media France, les utilisateurs ne contactent pas forcément l’émetteur des données. « Il ne faut pas essayer d’imaginer les usages qui en seraient faits, ni de les contrôler. Il faut laisser s’exercer la créativité des start-up », conseille Romain Lalanne. Et savoir être patient. 

Une clause Open Data dans les contrats !

« Nous allons mettre une clause open data dans tous les appels d’offres de la Ville de Paris. Elle dira que les données produites dans le cadre du contrat sont libres et doivent être accessibles sans commercialisation et sans restriction autre que celles liées à la sécurité », a annoncé Jean-Louis Missika, adjoint au maire de Paris. Son application ne sera pas aisée. « Techniquement, c’est faisable, mais légalement, cela sera difficile. Il y a des problèmes de confidentialité, d’anonymisation et de diffusion de données qui ne lui appartiennent pas », explique Pierre-Yves Senghor, le directeur marketing de Mo2City. D’autant que la Cnil a tranché. Les données de consommation appartiennent d’abord au consommateur.

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