Entre Emmanuel Macron et ses ministres, difficile sortie de route pour le glyphosate

En novembre 2017, Emmanuel Macron promettait d’interdire en France le glyphosate "au plus tard dans trois ans". Faute d'alternatives disponibles à temps et de mobilisation de la part de l'industrie agrochimique, il vient d'être obligé de reconnaître que ce serait "impossible". Non sans couac de communication entre ses ministres de l'Agriculture... et de l'Environnement.

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Entre Emmanuel Macron et ses ministres, difficile sortie de route pour le glyphosate
En novembre 2017, Emmanuel Macron promettait d’interdire en France le glyphosate "au plus tard dans trois ans".

En novembre 2017, Emmanuel Macron avait promis d’interdire en France le glyphosate "dès que des alternatives auront été trouvées, et au plus tard dans trois ans", alors que l’herbicide controversé venait d'être ré-autorisé pour cinq ans à l’échelle européenne. Pas si facile d’y parvenir. Le Président de la République vient lui-même de reconnaître qu'il serait "impossible" d'en éradiquer totalement l'usage au premier janvier 2021.

80% de l'agriculture française prête en 2021 ?

Son ministre de l'Agriculture table désormais sur une sortie à 80% à cet horizon. "L'objectif d'Emmanuel Macron de sortie du glyphosate au premier janvier 2021 est un objectif politique. Nous allons l'atteindre je pense pour 80 % de l'agriculture française", a précisé vendredi 25 janvier sur France 2 Didier Guillaume.

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Quitte à contredire son homologue, le ministre de la Transition écologique et solidaire. A l'occasion de l'émission "Envoyé Spécial"

consacrée au débat sur le glyphosate le 18 janvier, François de Rugy avait pour sa part confirmé l'engagement de la France de sortir du glyphosate d'ici à 2021, et brandissait la menace d’"une loi couperet pour forcer les filières agricoles à la conversion".

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Cet engagement faisait en effet de la France l'un des leaders dans la lutte contre le pesticide. "Nous sommes le seul pays de l'Union Européenne à prendre des mesures pour que le glyphosate soit interdit d'ici trois ans", s'était ainsi félicité le ministre. François de Rugy avait, par ailleurs, rappelé que sur les 200 produits à base de glyphosate commercialisés en France, 150 avaient déjà été interdits au 1er janvier 2019. "Pour les 50 autres, nous avons demandé à l'ANSES, de regarder toutes les autorisations de mise sur le marché sans attendre 2021" précisait-il.

Pas de "solution miracle" selon l'Inra...

Si l’échéance est sans cesse repoussée, c’est qu’il n’existe pas de "solution miracle", mais des approches combinant agronomie (en favorisant les couverts végétaux et des cultures intermédiaires pour l’alimentation humaine), agriculture de précision et accompagnement des agriculteurs, plaidait déjà l’Inra il y a plus d'un an. L'Institut national de la recherche agronomique mettait aussi en garde sur quelques "impasses" sans alternative: dans l’agriculture de conservation, les vignes en terrasses, comme le célèbre vignoble de Côte-Rôtie, les cultures légumières…

... Et pas d'empressement du côté de l'industrie

Reste aussi à l’industrie des pesticides de se mobiliser. "Il n'y aura pas d'alternative disponible au glyphosate dans les trois ans", affirmait ainsi l'Union des Industries de la protection des plantes (UIPP) en décembre dernier. A l'occasion de sa conférence de presse annuelle, elle avait appelé à "plus de pragmatisme" dans les décisions politiques.

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"Il faut en moyenne 10 à 12 ans pour développer et commercialiser un nouveau produit", rappelait Eugenia Pommaret, directrice générale de l'UIPP. "Nous souhaitons faire partie de la trajectoire qui nous mènera à l'agroécologie, mais pour cela l'UIPP doit être dans le radar de ceux que l'on doit consulter pour prendre des décisions sur les phytosanitaires", estimait Nicolas Kerfant, président de l'association et directeur des activités agro du chimiste BASF France. Il déplorait ne pas avoir rencontré les anciens ministres de l'Agriculture et de l'Environnement avant les différentes annonces du plan eco-phyto.

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