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L'Usine Auto

Entre Berlin et Washington, le torchon brûle

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Jamais un dirigeant américain n’avait attaqué si frontalement l’économie et la politique allemandes. Du côté des industriels, on se prépare à vivre quatre années mouvementées.

Entre Berlin et Washington, le torchon brûle
Une grande majorité des voitures Volkswagen vendues sur le marché américain sont fabriquées sur le site de Puebla, au Mexique.

Lorsque vous descendez la 5e avenue, tout le monde a une Mercedes garée devant son immeuble. C’est très injuste pour les États-Unis, car l’inverse n’est pas vrai : il y a très peu de Chevrolet en Allemagne. C’est pourquoi, poursuit Donald Trump, je dis à BMW, si vous voulez fabriquer vos voitures au Mexique et les vendre en Amérique, il faudra désormais vous acquitter d’une taxe de 35 %. » Il aura donc suffi de cet entretien, publié le 15 janvier dans le tabloïd allemand « Bild », pour mettre toute l’industrie du pays en alerte. « Nous prenons ces déclarations très au sérieux », a immédiatement répliqué Matthias Wissmann, le président de l’association VDA, qui représente les intérêts de l’industrie automobile allemande.

D’Obama à Trump, un réquisitoire identique

Depuis son entrée en fonction, le nouveau locataire de la Maison-Blanche multiplie les attaques contre l’Allemagne et son modèle économique. Avec le Mexique et la Chine, le pays figure sur la liste des États susceptibles de l’empêcher de concrétiser la devise qui l’a amené au pouvoir, « America first ». En cause : le déficit commercial américain vis-à-vis de l’Allemagne, qui n’a cessé de se creuser : 113,7 milliards d’euros d’importations en 2015, contre 60,2 milliards d’exportations. Fin janvier, l’économiste Peter Navarro, à la tête du Conseil national du commerce américain, a lancé une nouvelle saillie. Selon lui, si l’Allemagne réussit, c’est qu’elle utilise un euro « largement sous-évalué » pour « exploiter » ses partenaires commerciaux européens et américains. La critique, déjà formulée par Barack Obama, n’est pas nouvelle. Même parmi les économistes allemands, l’excédent commercial du pays et la faiblesse de la demande intérieure font débat.

Les fleurons allemands, au premier rang desquels les constructeurs automobiles et de machines-outils, se retrouvent au milieu d’une guerre d’hégémonie. Une situation d’autant plus paradoxale pour BMW que c’est aux États-Unis, à Spartanburg (Caroline du Sud), que le constructeur a implanté sa plus grande usine, d’où sortent 450 000 SUV par an. « 70 % de cette production part pour l’étranger, a précisé Peter Schwarzenbauer, un membre du directoire, lors d’une conférence de presse. À ce titre, nous sommes l’un des plus gros exportateurs aux États-Unis. » Fort de cette position, BMW a décidé de ne pas changer ses projets et de poursuivre la construction de son usine de San Luis Potosí, au Mexique, d’où sortiront 150 000 Série 3 à partir de 2019.

Visé lui aussi, Mercedes-Daimler assemble 370 000 véhicules aux États-Unis, notamment sur son site de Tuscaloosa, en Alabama, opéré avec Renault-Nissan. Les deux groupes possèdent également un atelier pour les véhicules compacts au Mexique, à Aguascalientes, dont Nissan s’est désengagé début janvier 2017. Enfin, la marque Volkswagen a vendu en 2016 près de 323 000 véhicules sur le marché américain, dont 60 000 étaient importés depuis l’Europe et 73 000 produits localement, dans son usine américaine de Chattanooga. Mais la majeure partie, soit 190 000 unités, provient de son site mexicain de Puebla, ouvert dans les années 1960.

850 000 véhicules allemands produits aux États-Unis

Qu’en sera-t-il si l’administration Trump met ses projets à exécution ? Les analystes d’UBS Research ont fait les calculs. Selon eux, le surcoût, probablement répercuté sur l’acheteur final, sera en moyenne de 2 500 dollars par véhicule. Mais tous les constructeurs ne seront pas logés à la même enseigne. Si les trois constructeurs américains (GM, Ford et Fiat Chrysler), Toyota et Honda seront peu touchés, il n’en est pas de même pour les Allemands, qui pourraient enregistrer des surcoûts proches de 20 %. Du fait de sa grande dépendance à son usine de Puebla, Volkswagen est l’un des moins bien lotis.

Le secteur automobile, avec environ 34 milliards d’euros d’importations allemandes aux États-Unis, n’est pas le seul concerné. Celui des machines-outils et des composants arrive juste derrière (18 milliards d’euros). Nombre de sociétés américaines, dépendantes des robots allemands, pourraient pâtir d’une hausse des prix visant à compenser une éventuelle taxe. L’équipementier Siemens alimente une partie du marché nord-américain depuis ses usines au Mexique, où il est installé depuis 1984. Là encore, son patron, Joe Kaeser, n’a pas souhaité renoncer aux 200 millions d’euros qu’il compte investir sur dix ans dans le pays. Pour enfoncer le clou, il a même fait le voyage le 14 février afin de signer un accord avec le ministre de l’Économie, Ildefonso Guajardo.

Les associations professionnelles allemandes rappellent à Donald Trump, ce petit-fils d’émigrés allemands, que l’Amérique a tout autant à perdre. « Les constructeurs automobiles allemands ont quadruplé leur production aux États-Unis entre 2009 et 2016, passant de 214 500 à 850 000 unités, souligne Matthias Wissmann. Plus de la moitié de ces véhicules sont exportés. Avec l’introduction de taxes et de barrières commerciales, l’Amérique se tire une balle dans le pied. » Comme le rappelle Bernhard Mattes, le président de la chambre de commerce américaine en Allemagne, environ 3 500 firmes allemandes sécurisent plus de 620 000 emplois aux États-Unis. Des arguments que la chancelière Angela Merkel n’a pas manqué de faire valoir lors de sa rencontre avec son homologue américain, le 14 mars, à Washington.

« Il faut prendre les déclarations de Donald Trump très au sérieux »

Josef Braml, spécialiste des États-Unis au sein du think tank allemand DGAP spécialisé en politique étrangère

  • Que pensez-vous des récentes critiques de Donald Trump envers l’Allemagne ?

Il faut prendre ses déclarations très au sérieux. Trump et ses conseillers propagent un mercantilisme économique, selon lequel, pour que l’Amérique gagne, il faut que les autres perdent. Leur pensée s’est déjà concrétisée dans leurs propos. Peter Navarro estime que l’Allemagne prend en otage l’Europe et que ses succès économiques ne sont que le fruit d’un euro faible.

  • Ces critiques ne sont pourtant pas nouvelles…

Non. Mais elles ne sont qu’une tactique qui permet aux Américains de continuer à faire fonctionner la planche à billets, non pour stimuler l’économie américaine, mais pour faciliter les exportations et financer leur dette. Donald Trump en a besoin, car il entend augmenter les dépenses de défense et d’infrastructures tout en baissant les impôts.

  • Certains y voient aussi une chance. Qu’en pensez-vous ?

En effet, certains industriels entendent baisse des impôts et dérégulation du marché. Mais c’est une vue à court terme. De plus, que les investisseurs étrangers ne se fassent pas d’illusion : Trump a dit et redit qu’il ne favorisera que les entreprises et les emplois américains. 

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