Economie

"Entre 10 et 15 % des entreprises comptent baisser les salaires"

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Publié le

Entretien Interview de Laurent Termignon, directeur général de Hewitt Associates

Entre 10 et 15 % des entreprises comptent baisser les salaires © D.R.

Les prévisions d'augmentations de salaires calent en France. Qu'en est-il ailleurs ?
Nous faisons le même constat partout. Dans les pays où il y a peu de rigidité sociale, comme en Europe centrale, les progressions pourraient diminuer de 1 %, avec moins d'augmentation générale. C'est également vrai pour la Grande-Bretagne. Nous notons aussi un fort différentiel avec la France sur les premiers niveaux de responsabilité. Quant à l'Allemagne, elle est logée à la même enseigne que la France. D'une manière générale, pour 2009 et 2010, même si l'économie repart plus vite que prévu, la probabilité d'une reprise à la hausse des salaires est assez faible.

Y-a-t-il des disparités en matière de rémunération variable ?
En Italie, en Espagne, en Allemagne, en Angleterre et en France, le poids de la rémunération variable est quasiment le même : entre 5 à 10 % de la rémunération totale pour les cadres et entre 15 à 20 % pour les managers.

Plusieurs entreprises ont annoncé qu'elles comptaient baisser les salaires. Peut-on parler d'une tendance ?
Dans nos études, 10 à 15 % des entreprises annoncent vouloir baisser les salaires. Ce chiffre me semble important pour un pays comme la France. Il sera intéressant de voir la proportion d'entre-elles qui mettront en oeuvre cette politique parce que cela reste assez compliqué.

Les employeurs ont-ils raison d'être sélectifs dans leurs attributions d'augmentation ?
Partout, dans les pays développés, nous constatons une rareté pour certaines compétences, un vieillissement de la population et une internationalisation du marché du travail. Ce qui implique que, malgré les difficultés, les entreprises doivent rester vigilantes pour éviter de perdre des ressources critiques, notamment dans une perspective de reprise.

Peut-on s'attendre à une grogne des salariés ?
Même si l'entreprise n'est pas très généreuse, les salariés hésitent à deux fois avant de partir. Ceci étant, les entreprises sont mises en face de leurs responsabilités en matière de communication et de pédagogie. Si en 2009 l'intéressement est nul, celles qui n'auront pas bien communiqué sur leurs autres prestations vont être en difficulté. Idem pour les attributions d'augmentation ou de variable. Les règles du jeu doivent être claires et transparentes pour ne pas créer de frustration.

La hiérarchie des secteurs, en matière de rémunération, est-elle différente d'un pays européen à l'autre ?
Dans tous les pays, la pharmacie, les cosmétiques et le luxe sont près de 10 % au-dessus des autres secteurs. Sauf exception : en Europe de l'Est, l'automobile est plutôt en pointe.

En France, le niveau de salaire est fortement corrélé à l'âge. Est-ce un cas isolé ?
Il est beaucoup moins important en Angleterre où les parcours sont plus hachés. L'Allemagne a des pratiques à mi-chemin entre l'Angleterre et la France. Mais les entreprises essaient maintenant d'augmenter la part variable des rémunérations des seniors pour compenser cet effet d'âge.



Propos recueillis par Anne-Sophie Bellaiche et Thierry Del Jesus

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