[Entracte - Théâtre] Majorana 370, ou quand le découvreur disparaît

Christophe Bys

Publié le

La scène des arts et des sciences La Reine Blanche à Paris accueille une création : Majorana 370, une pièce de théâtre qui revient notamment sur la disparition, la dissipation d'un scientifique italien de la première moitié du vingtième siècle. Outre un travail artistique remarquable, ce spectacle montre ce qu'on ne voit jamais : une bande de jeunes qui se passionne pour la science. 

[Entracte - Théâtre] Majorana 370, ou quand le découvreur disparaît
Au théâtre de la Reine Blanche, la disparition d'Ettore Majorana est l'objet d'une création originale.
© Pascal Gely / Hans Lucas

Ettore Majorana est un physicien italien, spécialiste de la physique des particules, dont les travaux ont marqué l'histoire des sciences. Il a élaboré la théorie des quasi-particules, dont les ordinateurs quantiques sont les lointains descendants. Il a la particularité d'avoir physiquement disparu en 1938 : s'est-il suicidé ? Perdu ? A-t-il choisi l'exil ? La question reste posée. Il y a quelques années, les éditions Liana Lévi avaient publié un très beau roman de Jordi Bonnels sur ce thème, "La deuxième disparition de Majorana". 

Un homme exceptionnel

Cette fois, c'est à Paris, sur la scène de la Reine Blanche - scène des arts et des sciences - qu'on retrouve Majorana dans une création théâtrale originale. Rien d'étonnant si la personnalité de ce scientifique a intéressé autant de créateurs. Esprit génial, il est aussi profondément mystérieux et ambigu. Et sa disparition dans une Italie fasciste ajoute à sa légende, transformant sa vie en destin, donnant à l'homme de science une dimension métaphysique. 

C'est en jeune homme pourtant qu'on le retrouve alors qu'il intègre une équipe de chercheurs qui ont l'ambition de faire de la physique italienne une référence internationale dans l'univers de la recherche. Le spectateur, à peine entré dans la salle, est d'abord saisi par le décor tout en blanc de Luca Antonucci. Sur scène, les acteurs déjà en place manipulent des éprouvettes, font des calculs. L'un d'entre-eux reste à l'écart alors que la pièce commence... Peu à peu, l'histoire se met en place.

L'originalité de cette pièce est qu'elle raconte en parallèle l'histoire d'un couple de femmes dont l'une disparaîtra dans la catastrophe aérienne de la Malaysia Airlines et l'autre travaille sur la physique du solide. Deux époques, deux histoires...  

Une disparition vertigineuse

Les deux disparitions s'entremêlent, renvoyant par contraste au mystère de l'être. Qu'est-ce qui pousse un scientifique connu et reconnu à tout abandonner ? L'évolution politique de l'Italie d'avant-guerre ? Des motifs plus intimes ? Une quête supérieure ? Quelle différence y a-t-il entre un accident qui cueille une femme dans le ciel et une disparition qu'on imagine volontaire ? Telles sont les questions posées par ce spectacle poétique, qui excelle à créer une ambiance singulière, où le spectateur n'a pas toujours pied et donc goûte, s'il y est prêt, au plaisir du vertige. 

Outre la qualité exceptionnelle du travail artistique de cette création (musique, décor, costumes... tout est parfait), la pièce n'est jamais aussi passionnante que quand elle montre ses jeunes chercheurs au travail. Tout y contribue : aussi bien le texte, que la mise en scène de Xavier Gallais (qu'on savait excellent comédien) et le travail des très jeunes acteurs, tous excellents. On restera plus réservé sur l'intérêt d'avoir monté en parallèle deux histoires. Le mélodrame contemporain de l'accident d'avion n'éclaire rien et dissout le propos. 

Jeunesse de l'aventure scientifique

Alors que les arts montrent en général les scientifiques à des âges plus avancés, quand ils sont déjà des sommités, l'originalité et la grande qualité de cette pièce est de les suivre alors qu'ils sont encore, pour certains, des étudiants. Cela donne aux Hommes de science une énergie qu'on n'a pas l'habitude de voir. Il y a un côté juvénile dans cette bande de chercheurs, créant une étrange correspondance entre la troupe de théâtre et l'équipe de recherche. A l'heure où l'on regrette le peu d'attrait des études scientifiques, ce n'est pas le moindre intérêt de cette pièce que d'en donner une autre image, plus énergique et collective. 

 

Majorana 370 pièce de Florient Azoulay et Elisabeth Bouchaud, mise en scène Xavier Gallais. Théâtre La reine blanche {scène des arts et des sciences} Jusqu'au 5 avril

Réagir à cet article

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte