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[Entracte - Série] Dans "Succession", New York, ton univers impitoyable

Christophe Bys , , ,

Publié le

Vidéo Le monde des affaires comme vous ne l'avez jamais vu ou presque. Voici ce que propose Succession, une série de deux fois dix épisodes relatant la vie de la très fortunée famille Roy, qui a bâti un empire dans les médias. Attention si vous commencez à vous y plonger, vous risquez de devoir attendre la troisième saison... 

[Entracte - Série] Dans Succession, New York, ton univers impitoyable
Les tycoons des médias n'ont pas une vie plus douce que ceux du pétrole. La preuve avec la série Succession.
© Wikimedia

Et voilà une série HBO de plus qui s'attache à faire connaître les Etats-Unis comme on ne les avait jamais vus. Cap sur le Manhattan de Park Avenue et des hôtels particuliers de la 5e avenue avec vue sur Central Park. Bienvenue chez les Roy, qui feraient passer les Ewing de Dallas pour de gentils innocents. Les Roy dirigent un empire médiatique, Waystar Royco, fondé par le patriarche Logan, un self made man, qui vient d'Ecosse. Le cool new yorkais passe sur lui comme l'eau sur une aile de canard. C'est un tyran domestique absolu qui maltraite comme rarement ceux qui l'entourent. 

Guerre ... de succession à Wall Street

Au début de la première saison - disponible sur OCS - il est victime d'une attaque qui laisse penser qu'il ne pourra plus reprendre ses fonctions à la tête de l'entreprise. Certains de ses enfants croient pouvoir en profiter pour prendre sa place.. Ils devront subir la vengeance de ce Médée au masculin, prêt à tuer ses enfants pour garder sa place.

La première saison est passionnante pour ce qu'elle raconte du monde médiatique confronté à l'arrivée d'Internet. Le groupe bien installé peut-il survivre ou finira-t-il par ne valoir plus rien, dépassé par les les jeunes pousses ? L'avenir est-il dans le câble et les chaînes locales comme le croît le père ou faut il rapidement pivoter vers le numérique pour survivre ?  

Ce qui est très réussi dans cette série c'est le mélange des intérêts familiaux et patrimoniaux, qui atteint son paroxysme dans un épisode où le patriarche hyper autoritaire se retrouve avec ses enfants en thérapie familiale. Rires garantis, car il y a une forme d'humour noir dans cette fiction mettant aussi en scène le pouvoir de nuisance d'un monstre sur sa famille. L'univers visuel de la série est sombre. Les rues de New York sont filmés avec des ciels gris plombés. Et ce ne sont pas les escapades en Europe ou dans la résidence secondaire des Hamptons qui inspirent davantage de joie. 

 

Trump, Sanders, metoo... les petits cailloux des scénaristes

Les scénaristes se sont aussi amusés à parsemer la série de clins d'oeil, en lien avec la réalité. Le groupe de télévision évoque Fox News, d'autant que Logan ne se cache pas ses accointances avec l'élite républicaine, président des Etats-Unis compris. De même, Siobahn, la fille - merveilleuse Sarah Snook - de la famille qui travaille pour une gloire du camp démocrate qui évoque une sorte de Bernie Sanders. Sans oublier le fils aîné, Connor qui mérite son prénom à une lettre près, est une sorte d'imbécile qui veut devenir président des Etats-Unis estimant que les riches comme lui ne devraient pas payer d'impôts. 

Chez les Roy, la politique et les affaires sont mêlés, même si dans la deuxième saison cette dimension est peut être moins présente, la série se concentrant sur un projet d'OPA, de procuration en assemblée générale qui ferait passer le rapprochement entre Suez et Veolia pour une jolie romance pour adolescents romantiques. 

Etude psychologique

Si globalement, la série est prenante, c'est peut être davantage par la personnalité des personnages auxquels on finit par s'attacher. La figure du père castrateur est un peu trop évidemment pénible pour être crédible (la base de la manipulation est d'alterner gestes positifs et négatifs pour mieux attraper sa proie) et certains retournements sont à la limite de l'acceptable. La fin de la saison 1 est digne d'un feuilleton régional pour chaîne publique sans inspiration. Reste que la deuxième saison se termine, elle, avec un coup de théâtre magistral qui tiendra en haleine tout ceux qui iront jusqu'au bout. Il faut être de très grands scénaristes pour réussir à convaincre avec un coup de théâtre aussi incroyable.  

Restent Roman, le troisième fils trop cynique dont on ne peut s'empêcher de se demander quels tourments intimes il cherche à dissimuler. Ou Marcia la troisième épouse de Logan, une française, à la fois distante et semblant très intéressée aux affaires de l'entreprise familiale. Sans omettre les pathétiques seconds couteaux, comme Tom, le mari de Shiv tentant de faire tant bien que mal sa place au milieu duquel un marigot de crocodile n'ayant pas été nourri depuis un mois a des allures de havre de paix. 

Et puis il y a l'immense Jérémy Strong, interprète génial de Kendall, le fils maltraité et castré, perdu entre sa vie sentimentale désastreuse, ses multiples addictions et son envie d'exister malgré l'ombre de son terrible géniteur. Cet acteur magistral justifie de passer les deux fois huit heures de la série, tant il réussit à incarner de choses sur son visage. A la fois absent et volontaire, en miettes et puissant. Cet acteur est juste passionnant à suivre au fil des épisodes. 

Succession saison 1 (10 épisodes) et saison 2 (10 épisodes), disponible sur OCS. Les deux saisons sont aussi disponibles en DVD (HBO Studios)

Le tournage de la saison 3 a été retardé par le Covid 19. 

 

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