[Entracte - Livres] "Olympia" de Paul-Henry Bizon, ou le retour de Marie-José Pérec

"Olympia" est le second roman de Paul-Henry Bizon, publié aux éditions Gallimard. Il y imagine le retour de Marie-José Pérec comme égérie d'une marque horlogère pour les jeux Olympiques de Paris. L'occasion pour l'auteur de dénoncer notre rapport au temps, qu'il s'agisse de celui de l'entreprise ou du sport de compétition. 

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[Entracte - Livres]
"Olympia" est le second roman de Paul-Henry Bizon, qui imagine le retour de Marie-Josée Pérec comme égérie d'un groupe d'horlogerie.

Quand elle rejoint Alpha Watches pour y diriger le département marketing, Roxanne Vidal doit redorer l'image de cette entreprise suisse, spécialiste des horloges et des chronomètres. La marque étant partenaire officiel des jeux Olympiques, la chef du marketing décide d'une campagne publicitaire qui devra frapper les esprits à l'occasion de la session parisienne à venir.

Merveilleuse Marie-Jo Pérec

Elle aura pour vedette la plus grande et la plus étrange des sportives françaises : la multi-championne olympique Marie-José Pérec, connue aussi bien pour ses exploits répétés que pour sa sortie aux Jeux de Sydney, disparition ou dissipation qui reste inexpliquée. Mais comme Icare et le soleil, on ne s'approche pas de Marie-José Pérec sans risque pour soi, apprendra la directrice marketing, qui peu à peu voit son passé resurgir. Le sport est une violence sur les corps et la vague #MeToo l'a rappelé à ceux qui voulaient l'occulter.

Car, au-delà des apparences, ce pourrait bien être le temps le véritable héros de ce roman, ce temps mesuré jusqu'à l'obsession par le sport business, obsédé davantage par les performances que par la beauté du geste, quoique tentent de faire croire les commentateurs du spectacle télévisé. Le temps qui rythme nos vies, qui enterre les traumas refoulés qui rejaillissent des années plus tard. Et ce, après pourtant avoir tout mis en œuvre pour les oublier. "À force de déblatérer sur du rien, j'avais attrapé la maladie du temps vide. J'étais atteinte du syndrome du tic-tac", remarque Roxanne.

Question de temps

On a découvert Paul-Henry Bizon avec son premier roman "La Louve", où il imaginait la rencontre toute balzacienne entre un financier avide de rendements rapides et un paysan observant les rythmes de la nature.

Si la trame romanesque et les péripéties changent d'un roman à l'autre, le fond reste le même : une interrogation sur la façon dont vivent les hommes et les femmes (il y tiendrait) en ce début de XXIe siècle. "Le monde masculin faisait peser sur nous son emprise ne nous imposant l'absurde sadisme de la régularité sportive alors que nos jours adolescents perclus de doutes et de complexes naviguaient constamment entre euphorie et atermoiement".

La critique est aussi acide que puissante, qu'il s'agisse du monde du luxe, du sport ou des villes à l'ère de la mondialisation. "Paris n'avait plus rien de spécial. Elle était devenue aussi vide que San Francisco ou Stockholm ; un endroit pour faire de la trottinette".

Mais le roman ne reste pas là et imagine une utopie, la fameuse Olympia du titre, un espace où le sport et l'exploit délivrés de la tutelle des sponsors, redeviennent d'abord un plaisir et une esthétique. Un espace-temps où Marie-José Pérec, au-delà des péripéties de sa carrière, reste pour toujours une immense championne.

"Olympia", Paul-Henry Bizon, éditions Gallimard, 18 euros

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