[Entracte-Livres] Les nuits d'été ou avoir 20 ans dans la France désindustrialisée

Christophe Bys

Publié le

Vidéo Pour son deuxième roman, Les nuits d'été, Thomas Flahaut relate la vie d'un trio de jeunes à la frontière franco-suisse. Entre l'usine qui va mal et des parents lointains, Thomas, Louise et Mehdi expérimentent la douleur de devenir adultes. Un roman d'apprentissage qui est aussi un roman social. 

[Entracte-Livres] Les nuits d'été ou avoir 20 ans dans la France désindustrialisée
L'été, la jeunesse s'ennuie.
© Editions de l'Olivier

Pour son deuxième roman, Les nuits d'été, Thomas Flahaut ne choisit pas vraiment la facilité. En effet, l'été est pour de nombreuses personnes synonymes de mer, de soleil et de farniente. Pour les personnages de ce roman qui se déroule du côté de Besançon, il est synonyme d'usine, de travail et de passage à l'âge adulte.  

Trio d'amis

Thomas, Louise et Mehdi sont des amis d'enfance, les deux premiers étant jumeaux. Le temps d'un été, ils se retrouvent. Les deux garçons travaillent de nuit dans l'usine du coin, qui est sûrement le premier employeur du coin. D'un style précis et sans affect, Thomas Flahaut raconte l'arrivée de Thomas officiellement venu travailler le temps d'un été avant de retourner suivre ses études. C'est du moins ce qu'il raconte à sa famille. Louise prépare une thèse sur les ouvriers transfrontaliers, entre la France et la Suisse. Mehdi fait des saisons et vient l'été lui aussi travailler à l'usine ou avec son père qui tient une rôtisserie sur les marchés. 

Parmi les scènes fortes du livre, on citera par exemple l'arrivée de Thomas à l'usine au début du roman. Plutôt que de condamner, Thomas Flahaut a retenu la leçon des plus grands : décrire aussi précisément que possible est plus efficace qu'un commentaire moralisateur. C'est une des grandes qualités de ce livre qu'il ne se place jamais au-dessus de ces personnages, il est à leur hauteur, à côté d'eux, sans compassion excessive.

Loisirs mécaniques

Aussi, quand l'annonce de la réduction d'activité de l'usine arrive, faisant peser un danger sur l'emploi des intérimaires, il ne force pas le trait avec de grands discours sur la mondialisation. Il croît à la fiction, il raconte. Autre scène remarquable : la sortie de la bande de copains en forêt pour une sorte de rave party sylvestre, où les corps semblent tout aussi contraints qu'à l'usine, quand l'heure de se relaxer arrive. 

On pourrait multiplier les anecdotes ou noter comment l'auteur traite le thème de la communication difficile entre les générations. Comme entre Mehdi et son père qui voudrait bien voir son fils s'installer et reprendre la rôtisserie. Les "héros" de ce livre sont à l'entrée de l'âge adulte et pour le dire en langage courant : ils y vont en reculant. Mais ce disant, on n'aurait rien dit de l'essentiel du roman : le style de Thomas Flahaut, à la fois précis et poétique. On ne lit pas les nuits d'été par ce qu'on est pris dans un suspense insoutenable, mais parce qu'on est pris par une musique pas vraiment désespérante. Les nuits d'été est un roman paradoxal, à la fois résigné et entraînant. Comme la vie...  

 

Les nuits d'été Thomas Flahaut Editions de l'Olivier 18 euros 

Présentation par l'auteur de son livre lors du festival "un livre sur la place":

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