[Entracte-Cinéma] Yves, un réfrigérateur qui vous veut du bien

C'est la comédie le plus drôle et le plus inattendue vue depuis longtemps. Soit la rencontre d'un rappeur looser et d'un réfrigérateur intelligent. Derrière l'humour du film de Benoît Forgeard, une réflexion maligne sur notre rapport aux objets techniques et sur ce qui fait que l'homme est homme et le fribot un fribot. 

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[Entracte-Cinéma] Yves, un réfrigérateur qui vous veut du bien
L'artiste, ses claviers et son meilleur ami

Loufoque tel est l'adjectif qui vient à l'esprit en sortant de la projection de Yves, le nouveau film de Benoît Forgeard avec Dora Tillier, William Lebghil, Philippe Katherine... Loufoque pour ce que ce terme contient de poésie bancale, dans le bon sens du terme. Yves est le prénom d'un réfrigérateur hyper moderne, qui analyse votre manière de vivre, commande les produits qui sont bons pour vous et peut se transformer en coach de vie.

Développé par la société Digital Cool (bravo aux décorateurs, on s'y croirait), ce fribot va faire une entrée fracassante dans la vie de Jerem. Ce dernier, jeune apprenti rappeur, s'est installée dans la maison de sa grand-mère (encore bravo au décorateur). C'est So, la chef de produit de la start-up qui va le convaincre d'adopter Yves en lui offrant ces courses. C'est aussi là que commencent les ennuis pour les uns et les autres.

Le réfrigérateur qui en savait trop

Preuve de notre fascination pour la technologie, cette dernière est rarement abordée sous l'angle de la comédie. Les perspectives ouvertes par ce qu'on appelait il y a encore quelques années le progrès donnent le plus souvent matière à des films ou à des romans décrivant le pire qui nous attend si on laisse faire la technologie. De 2001 l'odyssée de l'espace à Gattaca, c'est toujours la crainte de machines prenant le dessus sur l'homme qui transparaît... comme une éternelle variation sur le thème de l'apprenti sorcier revu par Frankenstein.

Plus rares sont les créateurs qui s'amusent des conséquences de la technologie sur nos façons de vivre. Plus rares mais pas inexistants, qu'on pense à l'immense Jacques Tati qui de Jour de fête à Trafic en passant par le bien nommé Playtime n'aura de cesse de montrer tout le potentiel comique de l'irruption de la modernité...

En choisissant de faire une comédie (voire même une comédie romantique), le film de Benoît Forgeard détonne franchement. Ce qui intéresse avant tout le scénariste et le metteur en scène, c'est le potentiel comique induit par ce personnage qui, déjà sur nos écrans, sera peut-être bientôt dans nos cuisines. En l'espèce, que se passe-t-il quand le frigo d'un musicien looser et pas très doué se prend à produire un remix qui fait 100 000 vues en une nuit, ouvrant la voix au succès à un Jerem dépassé par les événements ? Sans oublier que le réfrigérateur connecté est relié aux réseaux sociaux et mails de Jerem et en profite pour prendre des initiatives pour le seconder dans sa vie amicale et sentimentale...

Si le film réussit des scènes de comédie désopilantes, comme ce concours Eurovision où aspirateurs et cafetières s'opposent, il offre aussi une réflexion fine sur les liens entre les hommes et les machines, que ce soit lors d'un procès pendant lequel le juge doit décider qui du rappeur ou du frigo est l'auteur du tube Crab - on vous laisse découvrir ce qui se cache derrière cet acronyme - ou dans une battle entre le rappeur et son réfrigérateur qui font presque passer les clashs entre Booba et Kaaris pour d'aimables jeux de patronage.

Drôle de trouple

Il y a aussi et surtout le talent d'un metteur en scène qui réussit à faire d'un réfrigérateur un personnage auquel on s'attache, dont on finit par partager les émotions. On soulignera l'excellence des acteurs, notamment Doria Tilllier et William Lebghil, qui réussissent à rendre sensuel un plan à trois avec un frigo (sur le papier, c'est sûrement la scène la plus casse-g... qu'on puisse imaginer).

Et on laissera à Yves le mot de la presque fin : "A lui les rêves, à moi les résultats", explique le bavard réfrigérateur au sujet du lien qui existe entre Jerem et lui. Une vision finalement très juste et très fine de ce qui fait la différence et donc la complémentarité entre l'Humanité et la technologie. La machine n'est jamais que l'expression des rêves les plus fous des humains. Ni plus ni moins.

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