EnseignementLe désarroi gagne les filières technologiquesAu moment où les enseignants de DUT et BTS ont le sentiment que le CIP remet en cause la qualité de leur formation, la commission Fillon fait des propositions pour clarifier les filières.

Partager

Enseignement

Le désarroi gagne les filières technologiques

Au moment où les enseignants de DUT et BTS ont le sentiment que le CIP remet en cause la qualité de leur formation, la commission Fillon fait des propositions pour clarifier les filières.

Alors que les étudiants défilent dans les rues, réclamant l'abrogation du contrat d'insertion professionnelle (CIP), les enseignants d'IUT font grève par solidarité. Toute la population des bac+2 et leurs formateurs se sentent visés. Convaincus que la formation qu'ils dispensent dans le cadre de la préparation au DUT ou au BTS est authentiquement professionnelle, les enseignants estiment que le CIP nie l'objectif qui leur a été fixé: concourir à une insertion professionnelle de qualité dans les entreprises. "Le texte du CIP laisse penser que la formation est mal faite", dénonce Guy Fleury, administrateur du Cnam et président de la Commission nationale consultative des IUT. "Si pendant le DUT on fait obligatoirement quatre semaines en entreprise en première année et six semaines en deuxième année, c'est pour être totalement opérationnel à la sortie. Qu'on ne vienne pas nous dire alors qu'il faut refaire de la formation avec un tuteur", s'insurge Benoît Schwartz, en première année de mécanique productique à l'IUT d'Evry. "Les membres du gouvernement seraient-ils ignorants sur la valeur des diplômes techniques?", s'offusque le corps enseignant du département techniques de communication de l'IUT de Cergy-Pontoise. Une indignation d'autant plus forte que François Fillon, ministre de l'Enseignement supérieur, déclarait au début de l'année que "le DUT et le BTS restent encore la meilleure chance de trouver un emploi". Il a d'ailleurs demandé en novembre dernier à une commission de réfléchir sur l'avenir des formations technologiques supérieures. Cette commission, composée de vingt-quatre membres représentants du ministère, des universités, des IUT, des IUP (instituts universitaires professionnalisés), des grandes écoles, des branches professionnelles et du patronat, a remis son rapport au ministre le 10 mars. L'idée du groupe de travail n'est pas de bouleverser la filière technologique, mais de la rendre plus lisible. La prolifération des formations et l'augmentation de leurs effectifs ces dix dernières années, ainsi que l'apparition d'une pédagogie centrée sur l'apprentissage de la vie professionnelle, sont venues banaliser un système jusqu'ici unique en son genre. Sans compter le fait que les sections de techniciens supérieurs (STS) des lycées professionnels ont doublé en moins de dix ans, détruisant l'équilibre avec les IUT sur le créneau des filières courtes à bac+2. L'arrivée des IUP a aussi suscité quelques inquiétudes dans les IUT: risque de concurrence, puisqu'ils recrutent à bac+1, et de confusion de la part des recruteurs.

Résoudre les problèmes de lisibilité au plan européen

Derrière la mobilisation étudiante des IUT, ne faudrait-il pas voir le malaise d'une institution aujourd'hui en quête d'une nouvelle identité? Dans ce contexte, la mission Fillon a au moins le mérite, selon Georgette Vicard, directeur de l'IUT de Villetaneuse - l'un des établissements les plus mobilisés contre le CIP - de poser toutes les questions que suscite une filière technologique à l'université. "Le projet de faire habiliter les poursuites d'études d'un an après le DUT au niveau d'une licence professionnelle résoudrait par exemple beaucoup de problèmes de lisibilité au plan européen", indique-t-elle. La France reste en effet le seul pays de la Communauté à sortir des diplômés à bac+2. Le sujet est d'autant plus sensible qu'on reproche aux directeurs d'IUT de favoriser des poursuites d'études chez leurs étudiants. Pourquoi, dans ces conditions, ne pas raccrocher les IUP aux IUT, selon l'idée de certains, pour créer une filière technologique cohérente jusqu'à bac+5. Les susceptibilités bien connues de tous les acteurs de la formation ne permettent sans doute pas encore une telle audace. La commission Fillon aura au moins eu le mérite de faire émerger des idées. Celle de Guy Fleury, par exemple, qui préconise une "formation continue" de telle sorte qu'elle permettrait tout au long de la vie professionnelle de sortir et d'entrer dans le système éducatif, avec un système de bourse et de protection sociale adéquat. Mais le climat actuel ne se prête pas aux grandes réformes.











USINE NOUVELLE - N°2449 -

Partager

LES ÉVÉNEMENTS L'USINE NOUVELLE

LES SERVICES DE L'USINE NOUVELLE

ARTICLES LES PLUS LUS