Eni entend réduire d'un quart les surpacacités de raffinage en Europe

La volonté du groupe pétrolier italien Eni de réduire de plus de moitié ses capacités de raffinage pourrait soulager l'ensemble du secteur en Europe, plombé par des surcapacités qui pèsent sur ses marges et qui se retrouveraient ainsi diminuées d'un quart.

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Eni entend réduire d'un quart les surpacacités de raffinage en Europe

Les capacités globales des raffineries européennes avoisinent aujourd'hui 15 millions de barils par jour (bpj) mais, au vu de la baisse de la demande et de l'intensification de la concurrence, les analystes estiment nécessaire de mettre "sous cocon" 1,5 à deux millions de bpj d'ici 2018 pour ramener le marché à l'équilibre.

Le nouvel administrateur délégué du groupe pétrolier italien Eni Claudio Descalzi a donc fait des heureux la semaine dernière en dévoilant un projet visant à réduire d'environ 400 000 bpj les capacités de raffinage du groupe dans le cadre d'un vaste plan d'assainissement des comptes et de recentrage sur l'exploration-production. La réduction de la voilure dans le raffinage était prévisible mais son ampleur a surpris les observateurs.

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"La vitesse de réaction adoptée pour rajeunir la structure organisationnelle et fermer les raffineries peu performantes est celle d'une Ferrari", résume Oswald Clint, analyste spécialisé de Bernstein.

La division raffinage-distribution d'Eni, qui représente 10% des capitaux employés selon les analystes, est dans le rouge depuis trois ans et ses pertes d'exploitation ont atteint 1,5 milliard d'euros l'an dernier, après 1,3 milliard en 2012.

La marge de raffinage d'Eni affiche sur l'ensemble du premier semestre un recul de plus de 45% sur un an, à 1,73 dollar par baril. A ce niveau, l'activité est déficitaire une fois pris en comptes les coûts d'exploitation.

L'agence de notation Fitch a prévenu le mois dernier qu'en l'absence de redressement de la branche d'ici 12 à 18 mois, Eni pourrait voir sa note A+ dégradée.

REDRESSER LES MARGES

En convertissant trois de ses six raffineries italiennes en sites de stockage ou en sites de production de biocarburants tout en réduisant son exposition à l'international, Eni estime que la division pourra revenir à l'équilibre financier fin 2015.

Le choix d'une conversion des sites, plutôt que d'une fermeture totale, permettra au groupe d'éviter de très lourds frais de démantèlement et de dépollution tout en préservant une partie des emplois.

"Cela vise avant tout à ne pas licencier. Les marges de raffinage étant négatives, cela a plus de sens de conserver la main d'oeuvre même si elle n'a en fait rien à faire", explique un analyste spécialisé à Milan, en référence au risque politique que ferait courir l'annonce d'un plan de licenciements massif par une entreprise contrôlée par l'Etat.

Oswald Clint, de Bernstein, estime que la diminution de 460 000 bpj des capacités d'Eni se traduirait par une amélioration de 1,5 à 2,0 dollars par baril des marges de raffinage européennes. Il juge toutefois que d'autres fermetures seront nécessaires sur le Vieux Continent.

L'Agence internationale de l'énergie (AIE) pense que les capacités de raffinage en Europe ont diminué d'environ 1,8 million de bpj depuis 2008, soit de 600 000 bpj en Allemagne, de 400 000 en France, de 400 000 en Grande-Bretagne et de 400 000 en Italie.

Eni n'a pas dit quelles raffineries seraient concernées par sa restructuration mais des représentants syndicaux du groupe ont déclaré à Reuters qu'il s'agirait des sites de Tarente, Gela et Livourne. Et même si le groupe assure ne prévoir aucune réduction d'effectifs, les syndicats craignent la suppression de 6 000 emplois à terme.

Des discussions entre la direction et les représentants du personnel sont prévues d'ici au 15 septembre, a précisé Sergio Gigli, secrétaire général de la centrale Femca-Cisl.

(avec Reuters)

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