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L'Usine Maroc

Energies renouvelables au Maroc : l'agence publique Masen devient toute puissante

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Trois lois ont été adoptées par le gouvernement pour placer l'agence publique Masen seule aux commandes du développement des énergies renouvelables au Maroc. L'ONEE, l'office de l'électricité, voit lui échapper ce domaine porté au rang de secteur stratégique par le royaume. Masen pilotera des milliards d'euros de projets et d'appels d'offres.

Energies renouvelables au Maroc : l'agence publique Masen devient toute puissante
Mustapha Bakkoury, président du directoire de Masen

La Moroccan Agency for Solar Energy (Masen) va devenir l’Agence marocaine pour le développement durable, en anglais "Moroccan agency for sustainable energy", ce qui lui permettra de garder son acronyme. Mais il s'agit bien plus qu'un changement de nom. En effet, Masen récupère la responsabilité de la quasi-totalité de la politique publique du Maroc pour les énergies renouvelables. Trois lois redéfinissant les prérogatives des principaux acteurs des énergies renouvelables ont été adoptées à cette fin le vendredi 24 juin en conseil de gouvernement réuni à Rabat.

Ces lois mettent en œuvre la décision du roi du Maroc prise le 26 décembre 2015, à l’issue d’une réflexion initiée deux mois plus tôt autour de l’organisation et de la cohérence des politiques publiques liées aux énergies renouvelables. En ligne de mire, les tensions entre l’Office National de l’Electricité (ONEE) en charge alors du développement des centrales photovoltaïques et l'agence Masen, chargée des centrales à concentration CSP comme l'emblématique projet Noor I inauguré le 4 février en grande pompe par le roi (photo).

Mohammed VI a tranché en faveur de l'agence Masen, dirigée par Mustapha Bakkoury, ancien secrétaire général du PAM et fondée par Fouad Ali El Himma proche conseiller du roi. Mustapha Bakkoury élu à l’automne 2015, président du Conseil de la région de Casablanca-Settat doit en principe céder sa place à la tête de l'agence, ce point restant à ce stade en suspend.

Dès que la nouvelle loi créant une agence Masen rénovée aura été adoptée par le parlement, l’Agence aura la responsabilité "d’identifier les capacités de production de l’électricité à partir de sources renouvelables, dans le cadre du plan mis en place par le gestionnaire du système électrique national, et de mener les études nécessaires pour la qualification des sites ainsi que pour la réalisation, l’exploitation et l'entretien des stations d'énergies renouvelables qui entrent dans le cadre de ses objectifs", indique le communiqué du gouvernement.

En d’autres termes, Masen devra définir toute la stratégie du pays pour le développement des énergies renouvelable dans le but d’atteindre l’objectif de 52% de capacité électrique d’origine renouvelable. Un objectif très ambitieux décidé par le roi et annoncé lors de la COP21 à Paris manière de prendre date pour la COP22 à Marrakech en novembre.

Au ministère de l’Energie revient la responsabilité de définir et de conduire la stratégie de développement de centrales électriques au gaz naturel ou au charbon importé.

"Sans contrepartie" pour l'Office de l'électricité

Masen récupèrera donc bientôt sous son autorité tous les projets solaires et éoliens en cours de développement par l’ONEE, et leurs infrastructures, "sans contrepartie", précise la seconde loi redéfinissant les compétences de l’ONEE.

Le programme intégré de l’énergie éolienne de 1 000 MW dont le projet de parc à Taza de 150 MW tombent dans le périmitère de l'agence Masen, même si la grosse part a été attribué en PPP au consortium Nareva/Enel/Siemens. Côté solaire, tous les projets en photovoltaïque en cours - Noor IV (70 MW), Noor Laayoune (50 MW), Noor Boujdour (50 MW), Noor Tafilalt (de 75 MW à 100 MW) - sont aussi à présent de la responsabilité de l’Agence. Les barrages hydroélectriques vont être gérés aussi par Masen.

Au total, au vu des projets en cours ce sont donc des milliards d'euros, sans doute plus de 10 milliards d'euros dans les dix ans à venir  d'investissements qui seront pilotés par Masen. Même si une grande partie des projets conduits, comme ceux du complexe Noor, le sont sous une forme proche des PPP.

Pour rappel, le centrale à charbon géante de Jorf Lasfar (2 056 MW) qui assure 40% de la production électrique du royaume est, elle déjà privée, avec pour principal actionnaire le groupe quatari Taqa.

L’ONEE dirigé par Ali Fassi-Fihri et réduite à la portion congrue conservera tout de même "les stations de transfert d'énergie par pompage, les infrastructures de production de l'électricité dédiée aux heures de pointe et à la stabilité du système électrique national, et les infrastructures de production de l'électricité  à partir des sources de l’énergie renouvelable régies par la loi 13-09", ajoute le communiqué. De fait, les petits parcs développés par des opérateurs privés dans le cadre de la loi 13-09 relèveront donc encore de l’ONEE. Sauf doute aussi le réseau haute et moyenne tension.

Enfin, la troisième et dernière loi retire certaines compétences à l'Agence nationale pour le développement des énergies renouvelables et de l'efficacité énergétique (Aderee), l’équivalent de l’Ademe en France. Oubliées les énergies renouvelables, il ne restera bientôt à l’Aderee que la promotion de l’efficacité énergétique. "Les missions de cette agence porteront essentiellement sur la proposition d'un plan national et des plans sectoriels et régionaux pour le développement de l'efficacité énergétique", indique le gouvernement sur cette "Agence marocaine pour l'efficacité énergétique" nouvelle manière.

Bref, Masen, devient une sorte de pôle omnipotent dont le futur patron sera doté d'un périmètre considérable. Les salariés de l'ONEE concernés seront également transferé à Masen, sauf demande expresse de leur part;

Seul l’Institut de recherche en énergie solaire et en énergies nouvelles (IRESEN) renouvelables semble avoir échappé au processus de "récupération" de compétence de Masen. L’Institut de recherches en énergie solaire et en énergies nouvelles n’est apparement pas concernée par ces nouvelles lois. Cependant, "l’IRESEN cherche à être membre du Cluster Solaire [dirigé de fait par Masen, ndlr] depuis 2 ans sans jamais avoir reçu de réponse", regrette Badr Ikken, directeur général de l’IRESEN et visiblement inquiet à l’idée de subir le même sort que l’One et l’Aderee.

Julie Chaudier à Casablanca

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