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L'Usine Energie

Énergie : Solaire contre solaire

Publié le

Enquête Pour assurer leur survie, les fabricants européens de panneaux photovoltaïques veulent l'instauration de barrières commerciales contre les produits chinois. Une position qui ne fait pas l'unanimité dans la filière.

Les industriels européens du solaire comptent bien jouer le tout pour le tout. EU ProSun, un groupement d'une vingtaine de fabricants de cellules et de modules, a déposé, le 25 septembre, une nouvelle plainte auprès de la Commission européenne « concernant les subventions illégales octroyées aux fabricants chinois de panneaux photovoltaïques ». Elle fait suite à celle déposée le 25 juillet sur leurs pratiques antidumping. EU ProSun a remporté une première victoire, début septembre, quand la Commission européenne a annoncé qu'elle lancerait une enquête sur les importations de panneaux photovoltaïques chinois et de leurs principaux composants (piles et wafers). Les fabricants européens accusent leurs homologues chinois de concurrence déloyale dans le domaine des panneaux photovoltaïques, technologie qui prévaut sur le marché de l'énergie solaire. Selon eux, ces derniers bénéficieraient de 25 milliards d'euros de subventions illégales de Pékin, leur permettant de vendre leurs produits à des tarifs inférieurs aux coûts de production. « Nous espérons qu'à la fin de son enquête, la Commission appliquera des mesures afin de stopper la vente de produits chinois à prix cassés », explique Milan Nitzschke, le président d'EU ProSun et vice-président de l'allemand SolarWorld. Ces mesures pourraient prendre la forme de taxes douanières sur les panneaux chinois, comme celles que le département du Commerce américain applique depuis mars. EU ProSun pousse aussi les autorités publiques à instaurer des systèmes de bonification des tarifs de rachat de l'électricité solaire conditionnée au recours à des panneaux made in Europe.

 

Redoutable concurrence

Dans le bras de fer qui oppose les fabricants de panneaux photovoltaïques, ceux du Vieux Continent (ils sont environ 130) semblent en bien mauvaise posture. Une vingtaine d'entre eux, dont le géant allemand Q-Cells, a mis la clé sous la porte en 2012. La concurrence est redoutable. Les Chinois, qui dominent très largement (ils sont six dans le top 10 mondial et détiennent 80% du marché européen), ont sorti le rouleau compresseur. Leur stratégie ? Continuer à investir massivement dans des capacités de production en Chine, tout en s'installant en Europe via le rachat de fabricants moribonds. Derniers exemples en date, les reprises de l'allemand Sunways par LDK Solar ou de Solibro, une filiale de Q-Cells spécialisée dans les panneaux à couche mince, par Hanergy. Usines, technologies... Leur ambition ? Aller sur le terrain des Européens. « Nous avons une approche locale à travers nos filiales, car chaque marché a sa spécificité. Nous avons aussi un centre de R et D près de Madrid et nous embauchons tous les jours », justifie Arnaud Catrice, le directeur général de Yingli Green Energy France, troisième fabricant mondial.

La déclaration de guerre lancée par les fabricants de panneaux européens contre la Chine est pourtant loin d'être au goût du reste de la filière solaire. Les acteurs situés en amont (fournisseurs de matières premières, équipementiers) et en aval (développeurs de projets, bureaux d'études, prestataires logistiques, entreprises de construction, installateurs...) s'inquiètent en effet des conséquences d'éventuelles barrières commerciales contre la Chine. Ainsi, 120 d'entre eux se sont rassemblés au sein de l'Alliance pour une énergie solaire accessible (Afase) afin de défendre leurs intérêts et contrer EU ProSun. Selon eux, le développement des panneaux chinois représente une chance. D'abord parce que les fabricants chinois s'approvisionnent en silicium, qui provient pour moitié des entreprises européennes. Ensuite parce qu'ils font vivre les fabricants de machines d'assemblage de modules, l'allemand Bosch en tête. « Les fabricants européens de machines détiennent un tiers du marché chinois », assure Céline Alléaume, senior manager chez Kurt Salmon.

 

Miser sur l'installation et la maintenance

À l'autre extrémité de la filière, le faible coût des panneaux chinois (de 20 à 30% moins chers en moyenne) aide aussi à développer le marché dans un contexte de réduction des subventions publiques. « On a du mal à jeter la pierre aux fabricants chinois. Leurs efforts ont permis d'avoir un coût de l'électricité solaire trois fois moins chère et donc de créer le marché », explique David Guinard, le directeur général et fondateur de l'installateur Photosol. D'autant que le panneau en lui-même ne représente que 20% de la valeur d'une centrale solaire, contre 80% pour son installation et sa maintenance. Les entreprises de l'Afase pointent les enjeux en termes d'emplois. En France, selon le Syndicat des énergies renouvelables (SER), l'installation et l'ingénierie représentaient, fin 2010, 69% des emplois de la filière, contre 27 % dans l'industrie et 4% dans la recherche.

Sauf à taxer les produits chinois, le combat des fabricants européens de panneaux semble impossible à mener sur le terrain des coûts, même s'ils ont réussi à faire chuter de 60% le prix de leurs produits en cinq ans. Leur survie semble désormais liée à l'amélioration des rendements des modules. Ainsi qu'au développement des technologies de nouvelle génération (couches minces et photovoltaïque organique), un domaine dans lequel l'Europe conserve une longueur d'avance. Une autre piste serait de se positionner sur le marché du recyclage des panneaux en fin de vie. Pour ne pas mourir, les fabricants européens doivent innover.

Comment se déroule une enquête antidumping ?

L'enquête antidumping lancée par la Commission européenne devrait durer quinze mois. Des questionnaires sont envoyés aux producteurs chinois et européens, ainsi qu'aux importateurs de panneaux solaires. Pour vérifier ensuite les informations recueillies, des représentants de la Commission se déplacent à l'improviste dans les entreprises et interrogent les administrations. Selon la procédure, des droits antidumping provisoires peuvent être instaurés au bout de neuf mois s'il y a suffisamment d'éléments de preuves à charge. Durant l'enquête, les différents acteurs ont la possibilité d'être reçus à Bruxelles pour faire entendre leur voix.

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