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Encore un effort, monsieur le président…

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en couverture Les chefs d’entreprise rencontrés par L’Usine Nouvelle dans quatre bassins d’emploi décernent un "peut mieux faire" au gouvernement. Les réformes, si elles sont nécessaires, tardent à porter leurs fruits.

Encore un effort, monsieur le président…

On est loin du satisfecit ! Mais il n’est pas question, pour autant, d’un rejet franc et massif. Les industriels, les cadres et les ouvriers rencontrés ces derniers jours par les journalistes de "L’Usine Nouvelle" ne voient pas forcément d’un mauvais œil les réformes engagées par le chef de l’État et son gouvernement pour restaurer la compétitivité des entreprises. Accord national sur la sécurisation de l’emploi, crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi, choc de simplication… Les femmes et les hommes que nous avons interviewés à Valenciennes (Nord), à Chartres (Eure-et-Loir), à Toulouse (Haute-Garonne) et aux Herbiers (Vendée) refusent de céder au pessimisme. Habitués à se battre, ils espèrent que ces mesures produiront très rapidement leur plein effet.

À Valenciennes"l’accord flexi-sécurité ne va pas assez loin"

Valenciennes a beaucoup changé. Finie la grisaille, la ville retrouve des couleurs. Autour, de nouvelles zones d’activités se remplissent. "Mon principal problème, c’est la recherche de personnel", témoigne Frédéric Picard, le président de Picard Étanchéité, devant une table couverte des pièces spéciales en élastomère que fabrique sa PME. La haute technicité de sa production ne lui permet pas de faire appel à l’intérim. Picard recourt aux heures supplémentaires alors que son chiffre d’affaires a progressé de 30% en trois ans. Pour son patron, la remise en cause de la défiscalisation des heures supplémentaires est un coup dur.

Les patrons de PME du Hainaut souhaitent que le "choc de simplification" promis par François Hollande s’applique à l’administration. "J’adhère à cet objectif", affirme Antoinette Cousin, la présidente de Deprecq, une PME spécialisée dans la tôlerie pour les équipements ferroviaires. "Il faut aider les PME, car ce sont elles qui créent la richesse. Nous sommes confrontés à un véritable mille-feuille administratif", déplore-t-elle dans son bureau, simple et fonctionnel, à quelques mètres de l’atelier. L’usine Alstom de Petite-Forêt est à un jet de pierre, celle de Bombardier se trouve de l’autre côté de la ville, à Crespin.

Alstom, Bombardier, PSA, Toyota… Dans les usines de ces quatre gros donneurs d’ordres, l’accord sur l’emploi, qui prévoit une plus grande flexibilité, ne fait pas l’unanimité. "Si nous formons des gens, c’est bien pour les garder dans l’entreprise", se félicite Jérôme Wallut, le vice-président d’Alstom Transport France. Pour sa part, Alain van Vyve, le vice-président de Toyota Motor Manufacturing France, estime qu’une flexibilité supérieure aux 40 minutes par jour actuellement en vigueur serait "la bienvenue".

Jean-François Fabre, délégué FO chez PSA Sevelnord, à Lieu-Saint-Amand, est d’un avis contraire. "Je suis contre cet accord national. Il faut laisser la responsabilité aux syndicats locaux de discuter des accords d’entreprise." Il ne rejette pourtant pas une certaine flexibilité. "L’accord que nous avons signé ici a rassuré en préservant l’emploi. Sans lui, Toyota n’aurait pas passé commande de véhicules utilitaires."

Cet accord va dans le bon sens, "mais pas assez loin", regrette, quant à, lui Philippe Guckert, le directeur des opérations de Sirail. La PME, qui réalise du câblage pour le ferroviaire, occupe une usine tout en longueur du parc d’activités Trans-Avenir, dans lequel Bombardier a attiré ses fournisseurs. À l’intérieur, des milliers de câbles électriques en cours de montage montrent l’incroyable complexité qui se cache dans les wagons.

L’effort de rigueur peut aussi avoir des répercussions négatives. "L’État est un très grand donneur d’ordres", remarque Marc Duhem, le président de Metalnor. Dans son usine, des machines à cisailler transforment les grands rouleaux d’acier en éléments d’étagères, de chaudières, ou en portails. "Quand La Poste, l’armée ou la Gendarmerie nationale coupent dans leurs investissements, nous en subissons les conséquences…"

À Chartres "Jouer collectif"

Sous un ciel menaçant, les poids lourds défilent les uns derrière les autres sur la rocade de Chartres. Signe d’une activité industrielle qui semble ne pas faiblir. À Fontenay-sur-Eure, à quelques kilomètres à l’est du centre-ville, les lignes de production tournent à plein régime chez Nypro Healthcare France. En un an, l’effectif de cette grosse PME qui fabrique des inhalateurs et des stylos d’injection d’insuline, est passé de 100 à 115 salariés. "Nous comptons embaucher encore 40 personnes d’ici à mi-juillet", lance son directeur, Thierry Picquart, qui n’a rien perdu de son optimisme d’il y a un an lorsque nous l’avions rencontré pendant la campagne pour l’élection présidentielle.

Vice-Président du Medef d’Eure-et-Loir, ce quadra se réjouit de l’accord national interprofessionnel : "Une avancée extraordinaire dans l’environnement social français !" Hormis la fiscalisation des heures supplémentaires, "qui a fait un mal fou", les mesures instaurées par le gouvernement de François Hollande sont positives, juge-t-il. Mais elles restent insuffisantes. "Le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi [Cice] ? Il nous a remis au niveau de nos concurrents européens. C’était le minimum !" Le crédit d’impôt recherche ? "Beaucoup trop complexe comparé à nos voisins européens, comme l’Irlande !"

En plein centre-ville, le site de Philips Éclairage est implanté dans un quartier résidentiel. Il cessera son activité d’emballage le 30 juin. Un plan de départs volontaires pour 50 salariés sur 385 a été engagé. Un œil sur les chiffres des immatriculations, un autre sur les dernières annonces gouvernementales, le directeur du site, Thierry Jenouvrier, a fait le choix d’investir en pariant sur une reprise du marché automobile. "Le choc de simplification va dans le bon sens, car la plupart des PME n’ont pas les moyens d’avoir une personne à plein-temps pour surveiller et appliquer les normes", explique-t-il, depuis son bureau qui surplombe les deux lignes de fabrication.

Retour à l’est de Chartres, de l’autre côté de la rocade, chez l’équipementier automobile Maflow. À la différence de son confrère Kirchhoff, qui a mis la clé sous la porte en février, ce fabricant de tuyauterie tient bon. Automatisation, diversification dans l’aéronautique et le BTP, l’entreprise a réussi à maintenir son effectif (170 salariés). L’atelier est en pleine transformation. Objectif : passer au lean pour gagner encore en réactivité. Philippe Séné, le directeur du site, approuve certaines mesures comme le Cice. Mais regrette la réforme annoncée du statut d’auto-entrepreneur : "Ce sont les industriels de demain, il ne faut pas casser les vocations." Si le tissu industriel de la région de Chartres reste dynamique, c’est en grande partie grâce aux nombreuses initiatives des collectivités locales. Notamment au Portail des savoir-faire qui met en relations les industriels. "Tapez “savoir-faire” dans Google, Chartres arrive dès la deuxième page !", se réjouit l’industriel, penché sur son ordinateur.

Dernière étape, à l’ouest de la ville, dans le château du XVIIIe siècle abritant la mairie de Fontaine-la-Guyon. Une brochette d’élus s’y réunit cinq fois l’an pour parler développement économique. L’ambiance est studieuse. Pas question de se laisser aller à la sinistrose. Jacques Lemare, le vice-président du Conseil Général, incite chacun à "jouer collectif", notamment pour l’aménagement de nouvelles zones d’activités. Le département n’a-t-il pas un taux chômage légèrement inférieur à la moyenne nationale ? Les forums Boostemploi "ont permis à 435 personnes de trouver du travail en 2012".

À Toulouse "On vit dans une bulle"

L’usine sent encore le neuf. En septembre dernier, Marc Alaux, le directeur général de Cauquil, un sous-traitant de rang 2 de l’aéronautique spécialisé dans l’usinage, a inauguré une usine à Mondouzil, à une dizaine de kilomètres de Toulouse. La PME a investi 7 millions d’euros, l’équivalent d’un an de chiffre d’affaires, pour tripler la taille de son site de production et installer cinq machines d’usinage. "Ici, on vit dans une bulle, résume le directeur général. Je n’ai même pas eu à discuter avec mes banquiers pour obtenir le prêt." Cauquil dispose de contrats sur cinq ans avec ses grands donneurs d’ordre. De quoi voir venir et rendre le patron plutôt indulgent vis-à-vis du gouvernement. "Il faut regarder sur le long terme ce que cela va donner. Déjà, ils ont compris l’importance de l’industrie", glisse Marc Alaux, qui a un petit faible pour le patriotisme économique de Montebourg. "L’État joue son rôle. Mais la filière doit aussi changer sa mentalité. Il faut que les PME se fédèrent davantage, parce que les donneurs d’ordres de l’aéronautique sont en train de faire ce que l’automobile a fait avec ses sous-traitants", estime le patron, qui ahère à Aerotrade, une société commune d’achat de matières premières qui regroupe une dizaine de PME.

Dans son bureau surplombant la Garonne, le président de l’UIMM de Midi-Pyrénées, Jean Luminet, dresse le même constat. "Ici, nous avons des problèmes de riches", concède l’homme, dont le principal souci est de réussir à trouver les 4 000 ouvriers ou techniciens que l’industrie aéronautique doit recruter en 2013. Il y a des bémols pourtant. Le pacte de compétitivité "va dans le bon sens, mais pas assez vite", estime Jean Luminet. Et la mesure la plus importante à ses yeux, le choc de simplification, n’a pas encore été mise en place.

Pas à plaindre, les patrons toulousains restent patients. Les mesures prises par le gouvernement décollent très lentement. Seules cinq entreprises ont obtenu le préfinancement de leur crédit d’impôt compétitivité dans la région. Une vingtaine d’autres l’attendent. "Les entreprises ne se sont pas jetées dessus. Beaucoup ont d’autres priorités et il faut prendre le temps de comprendre le mécanisme", reconnaît Laurent de Calbiac, le directeur local d’Oséo.

En dehors de l’aéronautique, on préfère ne pas trop investir. La faute à la morosité encore. "Nous sommes attentistes, alors que nous avons du travail par-dessus la tête", admet Sophie Berdoues-Coudouy, à la tête des parfumeries Berdoues. Même si les volumes de son entreprise progressent de 30%, les marges ont fondu. Elle a préféré reporter d’un an l’achat d’une nouvelle machine de flaconnage. "Il faudrait baisser les charges pour investir mais le crédit d’impôt compétitivité, ça ne représente pas grand-chose, à peine 50 000 euros", estime la patronne de cette PME de 90 personnes, qui n’a pas pardonné la polémique sur les "pigeons".

Christian Nègre, lui, fait partie des déçus. Il est responsable du service qualité de Technal, un fabricant de fenêtres en aluminium dont l’activité va cahin-caha depuis juin. Dans l’usine, l’ambiance est maussade. "Avec le changement de gouvernement, il y a eu beaucoup d’espoirs. On attendait qu’il soit plus incisif, notamment avec la loi sur les licenciements boursiers", reconnaît ce cadre, qui milite à la CFDT, en montrant les bâtiments de Sanofi. À l’entrée, des drapeaux rappellent la mobilisation contre la fermeture du site. "On peut comprendre que François Hollande a des contraintes. Mais pourquoi ne vient-il pas l’expliquer et dire où l’on va ?", interroge Christian Nègre, qui ne digère pas l’affaire Cahuzac.

Aux Herbiers "aider à prendre des risques"

À la sortie de l’autoroute, l’immense bardage de la plate-forme Système U marque l’entrée des Herbiers, dans le bocage vendéen. La petite cité a tout d’un bourg monté en graine, avec sa rocade parsemée de grandes surfaces, de bâtiments logistiques et d’usines comme celle, toute neuve, du groupe Liébot. Le chef-lieu de canton a gardé une allure modeste. Le dynamisme économique se répartit sur les communes alentour : Mortagne, siège de Dascher France, Saint-Fulgent, commune du volailler Arrivé, La Gaubretière, avec Rautureau Apple shoes, Montaigu avec Sodebo et de nombreuses autres manufactures.

En cette veille de week-end, à midi, le centre-bourg est plutôt animé. "Ce n’est pas l’euphorie. On voit beaucoup moins d’embauches, nuance Bernard, un jeune et fringant retraité d’une société de mécanique de précision. On sait que certains secteurs ont encore du mal à recruter, dans l’agroalimentaire notamment. Mais celui qui a de vraies compétences en mécanique ou en électricité trouve sans problème." Le bassin d’emploi des Herbiers compte seulement 6% de chômeurs, bien que ce taux ait grimpé d’un point en un an. "Il était de 3% en 2008, rappelle le maire, Marcel Albert, lui-même ancien industriel dans la confection. On sent une fragilité du tissu industriel."

La remontée du chômage facilite la tâche de certains recruteurs. "Il y a quatre ans, trouver des salariés était une mission difficile. Certains venaient quelques heures ou une journée, puis repartaient car ils avaient trouvé une autre offre ailleurs. Aujourd’hui, l’entreprise est plus à l’aise et les candidats à l’emploi plus motivés", note un cadre du secteur volailler. La morosité est davantage palpable chez les cadres. "Inutile de prendre un risque quand il est si difficile de retrouver un emploi dans l’encadrement, commente un quadragénaire jovial, cadre chez le volailler Arrivé. C’est plus facile pour les ouvriers. Celui qui veut travailler le peut encore, mais pas forcément pour un salaire très élevé."

Le bassin d’emploi réussit car il y règne une culture de l’écoute et de l’échange avec les partenaires sociaux, plus réactifs et flexibles qu’ailleurs. "Cette particularité nous a permis de mieux résister à la crise, souligne David Soulard, le directeur général du fabricant de meubles Gautier France, au Boupère. Le marché est très volatil, la visibilité quasi nulle et il nous faut jouer le “time to market”, c’est-à-dire être en mesure de mettre très vite des produits sur le marché. Les mesures fiscales sur la taxe professionnelle, le taux de dividende et le crédit d’impôt ont eu des impacts positifs. Mais ce qu’il faut, c’est aider les entreprises au niveau de leur trésorerie pour qu’elles puissent prendre des risques, innover afin de passer un cap difficile."

L’inquiétude est palpable chez Liébot, le leader français de la fenêtre en aluminium. "Nous sommes davantage sur un maintien de l’activité que sur les croissances de 20 à 25% que nous avons connues dans les années 2000", explique Bruno Léger, le directeur général, qui regrette les conséquences du retrait de la fenêtre dans le crédit d’impôt en faveur du développement durable. "Dans le logement neuf, la dégringolade se poursuit. On ne voit pas ce qui peut l’arrêter, certainement pas les mesures du plan d’urgence qui n’auront pas d’impact sur le logement privé, renchérit Alain Marion, le directeur général de VM Matériaux, situé à L’Herbergement. On a compris que l’État ne pouvait plus subventionner le bâtiment, mais il faudrait qu’il réduise les contraintes." 

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