En vert et contre eux tous

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Au même titre que fumer une cigarette était considéré dans les années 50 comme un signe de virilité ou de maturité, rouler dans une grosse voiture était jusqu'à il y a peu un signal statutaire et symbolique fort. Avec l'irruption de la conscience écologique, le statut de la voiture à brusquement basculé. Rouler en 4X4 ou en Ferrari, plutôt que de l'admiration pour l'objet et son propriétaire, vaut à ce dernier d'être voué aux gémonies et d'être considéré comme un « écolo traître » qui met en péril l'avenir de la planète avec son engin d'un autre temps. En termes de statut, il y a mieux.

En corollaire de son impact statutaire, la voiture était aussi considéré comme une extension de soi-même, une sorte d'ambassade du conducteur et, à ce titre tout aussi protégé et tout aussi inviolable qu'un bâtiment consulaire
.
Le passage au vert balaye d'un coup ces vieux repères. Pour le bon et le moins bon. Pour le moins bon, une visite au Mondial peut très vite avoir un côté déprimant. Le design des voitures vertes se caractérise encore, pour nombre d'entre elles, par un affichage de son « écologitude ». Outre le fait que ce ne soit pas toujours du meilleur effet esthétique, sauf dans l'univers des télétubbies, ces design spécifiques agissent fortement sur la ségrégation des automobilistes. En amplifiant le design vers le vert, le conducteur est positionné dans le politiquement correct et donc du côté du bien et par extension met l'autre automobiliste en grosse voiture à essence au rang de mauvais citoyen. Lequel ne peut que culpabiliser au volant de son monstre rejetant 230 g/km de CO2.

Pour le bon, la voiture passe aussi d'une position de signe extérieur à celui de richesse intérieure. Là où les chevaux bruyants démontraient la qualité du conducteur, la disparition annoncée de la puissance oblige les conducteurs à déplacer l'extension de leur personnalité vers l'intérieur. Confort, silence, vert... la voiture est signe de paix pour la planète et pour soi. De masculine, la voiture dévient le véhicule de valeurs féminines, de préservation. Ce tournant est symbolique des enjeux pour les années à venir. Pour les constructeurs, le défi est de concilier ces deux pôles pour ne pas perdre leur clientèle et garder à la voiture son rôle d'objet de désir et statutaire. Audi l'a bien compris dans sa nouvelle publicité. Deux hommes font la course en Audi. Vieux cliché de puissance phallique. Au bout de la route on découvre l'enjeu de cette course : qui a consommé le moins ? Une belle réconciliation.

Fabrice Frossard

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