Abonnez-vous Identifiez-vous

Identifiez-vous

Vos codes d'accès sont erronés, Veuillez les saisir à nouveau. Mot de passe oublié ?

En tête de la course au large

Publié le

Parmi les voiliers qui s’élanceront du?Havre pour la Transat Jacques Vabre, plusieurs ont été construits en Bretagne, dans une sailing valley forte de 1 550 emplois.

En tête de la course au large
«?Gitana 17?», le maxi-trimaran d’Edmond de Rothschild construit par le morbihannais Multiplast.

Dans l’ancienne base sous-marine de Lorient (Morbihan), désormais nommée Lorient La Base, le spectacle laisse rêveurs les amoureux du grand large. Sont amarrés à quai des géants des mers, comme le dernier maxi-trimaran d’Edmond de Rothschild, « Gitana 17 », mais aussi « Prince-de-Bretagne », « Groupama », « Sodebo »… Leurs teams [les marins et l’équipe technique, ndlr] ont posé leur sac à terre dans ce port qui met les petits plats dans les grands pour faciliter leur entraînement et développer la filière des voiliers de compétition. Plusieurs d’entre eux, à l’image du maxi-trimaran d’Edmond de Rothschild, vont participer à la prochaine course Jacques Vabre, dont le départ sera donné au Havre (Seine-Maritime) le 5 novembre.

« Un douzième team vient de s’installer à Lorient. Il s’agit d’un équipage italien qui bénéficie du sponsoring d’Enel Green Power », se réjouit Norbert Métairie, le maire de la ville, soucieux de renforcer les compétences et les débouchés des entreprises du nautisme. Quelque 800 personnes travaillent dans ce secteur à Lorient, où 62,5 millions d’euros d’argent public ont été investis depuis une dizaine d’années pour aménager les infrastructures nécessaires. Dans l’ensemble de la Bretagne, la course à la voile occupe 1 550 salariés.

Des chantiers navals très techniques

La grande nouveauté technologique, dont tout le monde parle en Bretagne, est celle des foils, ces appendices qui permettent à un voilier de surfer sur l’eau et de naviguer beaucoup plus vite. « C’est une chance pour l’industrie, les chantiers navals et les bureaux d’études, qui bénéficient de la relance de la voile moderne », assure Thierry Verneuil, le président de Bic Sport, à Vannes (Morbihan), et président de l’École nationale de voile et des sports nautiques, à Quiberon (Morbihan). Absolute Dreamer (Lorient, 15 collaborateurs), dirigé par le skipper Jean-Pierre Dick, vient de mettre au point le premier foil en carbone fabriqué par un robot grâce aux apports technologiques du plateau technique Compositic de l’université de Bretagne-Sud et de l’entreprise Coriolis Composites. « Le délai de fabrication de ces foils est trois fois moins important que celui des produits traditionnels. Ce qui ouvre beaucoup de possibilités dans le nautisme », estime Luc Talbourdet, le directeur d’Absolute Dreamer.

Dans la construction des géants des mers, une poignée de chantiers font toujours la course en tête, notamment CDK Composites à Port-La-Forêt (Finistère) et Multiplast à Vannes, qui a construit et mis à l’eau, le 17 juillet, « Gitana 17 », long de 32 mètres. « Il s’agit du premier bateau océanique spécialement conçu pour naviguer intégralement sur foils, safrans et dérives », a précisé le jour de cet événement Yann Penfornis, le directeur général de Multiplast. Ce type de voilier nécessite des méthodes de construction de plus en plus techniques. Les bras du maxi-multicoque ont été cuits dans l’autoclave du groupe Airbus à Nantes (Loire-Atlantique). Près de 170 000 heures de travail ont été nécessaires pour réaliser ce voilier, qui a mobilisé 70 salariés de Multiplast pendant vingt mois.

Les avancées technologiques déployées dans la course au large ouvrent aux industriels de la filière des possibilités de diversification qui leur évitent de dépendre uniquement du nautisme, un secteur toujours incertain. Quand se présente une crise, les sponsors se font rares et les chantiers souffrent. Pour éviter cet écueil, Multiplast (11 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel) agrandit son chantier vannetais pour ses activités dans l’industrie. C’est dans ce cadre que l’entreprise a conçu les dômes en composite de la nouvelle église orthodoxe du quai Branly, à Paris.

Arrivée de groupes internationaux

Les compétences bretonnes dans le nautisme de compétition ne sont plus seulement françaises. Elles commencent à attirer dans leur sillage des groupes de portée internationale. Le nord-américain North Sails (1 500 salariés dans le monde), qui conçoit et fabrique des voiles, vient de décider d’installer à Vannes sa R & D mondiale. « Il s’agit d’une réelle reconnaissance de nos compétences, indique Grégoire Évrard, directeur de North Sails en France. Nous conservons et fabriquons dans notre atelier vannetais les voiles de la plupart des monocoques de la catégorie Imoca. » Il s’agit de bateaux de 60 pieds qui participent aux courses offshore. « Baptisées 3DI, les technologies de réalisation de ces voiles en polyester, dans un moule, ont été validées dans les conditions très difficiles de la course au large, ce qui nous permet désormais de les envisager pour la plaisance », précise Grégoire Évrard.

À Lorient, le groupe d’accastillage Plastimo (100 salariés, 21 millions d’euros de chiffre d’affaires) équipe en moyens de sécurité la plupart des skippers en haute mer. L’entreprise a conçu des radeaux à double chambre très sécurisés, que les marins du dernier Vendée Globe ont quasiment tous mis en soute… Au cas où ! En situation financière difficile il y a sept ans, Plastimo a réussi à se relever « en misant sur la R & D, qui a été renforcée », indique Cathy Millien, la responsable communication de Plastimo.

Cerise sur le gâteau, les militaires prennent aussi le vent de la compétition. « Nous travaillons avec l’École navale à Brest (Finistère) pour le développement de capteurs dynamiques sur les gréements », insiste Gautier Sergent, le directeur de la R & D de North Sails. 

« Améliorer l’ergonomie pour les marins »

Carole Bourlon, directrice d’Eurolarge Innovation, cluster régional chargé du renforcement de la filière course au large

  • Quelle est la situation de l’emploi dans la filière de la course au large ?

Nous venons de boucler une étude réalisée auprès des 160 entreprises impliquées dans cette filière. 1 550 salariés y travaillent, au travers de 28 métiers, des architectes aux concepteurs et fabricants de voiles et de coques, en passant par les bureaux techniques et les équipes de maintenance. Cette filière génère en Bretagne un chiffre d’affaires annuel de 205 millions d’euros. Mais la taille des entreprises reste modeste, avec 8 salariés en moyenne.

  • Quels sont les principaux travaux de R & D en cours ?

Le foil fait désormais partie du quotidien des teams. Le travail de R & D porte sur la forme de ces appendices, les réglages, mais aussi sur leur structure et leurs matériaux. La gestion des data et du numérique à bord fait également partie de la R & D engagée. Vient la question cruciale des équipages. Fabriquer des bateaux très rapides c’est très bien, mais l’amélioration de l’ergonomie pour les marins reste un sujet de premier plan.

  • Les acteurs français de la voile de compétition peuvent-ils se développer à l’international ?

Cela fait partie de notre mission. La région Bretagne nous demande d’accompagner les entreprises à l’étranger pour les aider à diversifier leurs marchés. Nous devons nous rapprocher des compétitions à l’international. Les 27 et 28 novembre, nous accompagnerons cinq sociétés à Aarhus, au Danemark, pour participer au Yacht Racing Forum, le « Davos » de la course à la voile. 

 

Réagir à cet article

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte
Suivez-nous Suivre Usine Nouvelle sur Facebook Suivre Usine Nouvelle sur Twitter RSS Usine Nouvelle