"En termes de compétitivité, l’enjeu n’est pas le coût du travail"

Olivier James ,

Publié le

Entretien Pour le secteur des matières plastiques, l'activité est en constante décroissance depuis août 2011. Elle devrait reculer cette année encore. Interview de Michel Loubry, à la tête de PlasticsEurope, la fédération européenne du secteur.

En termes de compétitivité, l’enjeu n’est pas le coût du travail © APPE

La production européenne de matières plastiques peine à se relever de la crise de 2008. En cause, une demande à la traîne, qui n’a progressé que de 1,1% en moyenne en 2011. Seuls les plastiques techniques (polyamides, PMMA…) et quelques autres familles (comme le polystyrène expansé utilisé dans l’isolation des bâtiments) tirent leur épingle du jeu. De quoi, selon Michel Loubry, à la tête de PlasticsEurope, la fédération européenne du secteur, inciter les producteurs à miser sur l’innovation et le haut de gamme. Modernes et performantes, les usines françaises ont un rôle de premier plan dans cette évolution. D’autant que le pays est le troisième consommateur de matières plastiques en Europe.

L'Usine Nouvelle - Comment expliquer les chiffres contrastés de la production européenne de matières plastiques ?
Michel Loubry - Après la crise de 2008, nous avons assisté à une remontée en 2009 et en 2010. Mais depuis la mi-2011, toutes les courbes sont à la baisse. En 2011, le niveau de production est resté de 8% inférieur à celui de 2005, et les perspectives pour 2012 et 2013 ne sont guère encourageantes. C’est un problème lié avant tout à la consommation des ménages.

Il est vrai que le Moyen-Orient ouvre de nouvelles capacités de production, mais elles sont essentiellement dédiées à la consommation locale et à celle de l’Asie. L’autre phénomène majeur, c’est l’exploitation des gaz de schiste aux Etats-Unis. On assiste dans ce pays à un énorme essor de la pétrochimie. Les Américains construisent des crackers, des usines de transformation des polymères et de production de matières plastiques. Et ils ont la volonté de les exporter…

L’Europe et la France peuvent-elles se défendre dans un tel environnement ?
Il est probable que la compétitivité des industriels de la production de matières plastiques connaisse des jours difficiles. Mais nous avons toujours un rôle à jouer ! Nous possédons en France des usines performantes et modernes, et des produits de qualité. Concernant le gaz de schiste, je pense que c’est une erreur, du point de vue de la compétitivité, de ne pas s’y intéresser alors qu’il représente une matière première peu chère. Mais on ne peut pas être compétitif avec une unique stratégie à bas coût. Lutter sur les produits bas de gamme, ce n’est pas notre rôle. Nous devons nous tourner vers les hautes technologies.

Comment décliner cette stratégie visant le haut de gamme ?
Nous devons miser sur la recherche et l’innovation. La R&D devrait être plus appliquée et moins fondamentale. Des groupes comme Solvay et Arkema, fortement implantés en France, sont moteurs en matière de R&D, avec des produits comme les polyamides. En termes de compétitivité, le coût du travail, ce n’est pas le sujet. On ne peut plus se défendre sur la production de sacs de caisse en plastique !

Nous devons miser sur des produits à haute valeur ajoutée, qui peuvent être basés sur des produits connus. Nous devons redonner leurs lettres de noblesse à des produits comme le polypropylène, en augmentant ses performances. Je crois également beaucoup aux bioraffineries, qui apportent justement de l’innovation et de la compétitivité. L’avenir est aux plastiques techniques !

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