En se recentrant, Sanofi perd son statut d’ovni de la pharmacie

Avec plusieurs mois de retard sur ses concurrents mondiaux, le groupe pharmaceutique français Sanofi renonce en partie à sa diversification. Quel sera l'impact de la feuille de route annoncée par son nouveau patron ?

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Site R&D de Sanofi - Crédits : Sanofi-Aventis

Dans le monde des big pharmas, le champion français Sanofi faisait figure d’ovni. Nouveaux médicaments, maladies rares et sclérose en plaques, diabète, vaccins, médicaments vendus sans prescription, produits vétérinaires, marchés émergents… Une diversification quasi unique, imposée depuis 2010 par le précédent patron, Chris Viehbacher. Cette stratégie lui a permis de renouer cette année avec la croissance et de franchir la "falaise des brevets", durant laquelle plusieurs de ses médicaments phares avaient vu leur protection intellectuelle expirer et leurs ventes s’écrouler…

ATTEINDRE UNE TAILLE CRITIQUE SUR DES MARCHÉS CONCURRENTIELS

Mais trop de diversification comportait des risques. Sans surprise, Olivier Brandicourt, le nouveau directeur général de Sanofi, a présenté vendredi 6 novembre sa feuille de route impliquant un recentrage des activités. Merial, la filiale en santé animale, une pépite jugée pas assez riche en synergies avec le reste du groupe pharmaceutique, et l’activité génériques de Sanofi en Europe sont désormais sur la sellette. Cession, joint-venture, introduction en Bourse voire réintégration : toutes les options sont sur la table, insiste Olivier Brandicourt, qui espère y voir plus clair d’ici trois mois.

Sanofi suit ainsi le chemin emprunté par ses principaux concurrents depuis plusieurs mois. L’année 2014 avait été rythmée par de spectaculaires échanges d’activités entre les laboratoires GSK, Novartis et Lilly, l’abandon par l’allemand Bayer de sa division chimie pour se recentrer sur la pharmacie et l’agrochimie… Avec un même objectif : atteindre une taille critique en se focalisant sur quelques spécialités, pour être capables de concurrencer les grandes sociétés de biotechnologies et autres laboratoires spécialisés, aux taux de croissance bien supérieurs.

FINANCER L’OPEN INNOVATION ET DE NOUVELLES ACQUISITIONS

La recherche de nouveaux médicaments est capitalistique, risquée et longue. Pour gagner du temps en tentant de s’emparer – en vain – du laboratoire anglais AstraZeneca aux prometteurs médicaments anticancéreux, le géant Pfizer avait dû, lui aussi, se résoudre à se désengager de plusieurs divisions (vétérinaire, nutrition).

Olivier Brandicourt ne le cache pas : le montant dépensé en R&D sera augmenté pour atteindre les 6 milliards d’euros d'ici 2020, via des collaborations externes en particulier. Et de nouvelles acquisitions sont prévues pour se renforcer dans les aires thérapeutiques qu’il juge stratégiques. A l’instar de l’opération réussie avec Genzyme, cette biotech américaine spécialisée dans les maladies rares croquée pour 15 milliards d’euros par Sanofi en 2011.

L’industriel, partie prenante de la cure d’amaigrissement

La cure d’amaigrissement de Sanofi lui impose aussi de revoir ses coûts, avec un plan mondial d’économies de 1,5 milliard d’euros d’ici à 2018. Les 102 usines à travers le monde devraient probablement être moins nombreuses d’ici quelque temps. Mais le groupe français, désireux de rassurer l’opinion publique et ses actionnaires hexagonaux, s’y est engagé : aucun site de production ne sera fermé en France. Pas question de reproduire la stratégie du bulldozer employée par Chris Viehbacher, à coups de plans sociaux et de cessions de sites.

Il y aura forcément un impact pour les sites produisant jusqu’alors en partie des génériques. Un accord est déjà en cours de négociation pour rendre les usines plus compétitives. En se réorganisant, Sanofi prévoit aussi de supprimer dans l’Hexagone "quelques centaines de postes par an sur trois ans", essentiellement des départs en retraite de commerciaux. Le prix à payer pour que la première capitalisation boursière du CAC 40 maintienne son rang dans le top cinq mondial de la pharmacie ?

Gaëlle Fleitour

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