En petite croissance, l’industrie chimique française reste solide

Sa croissance en volume a été modeste l’an dernier, et ses prix ont chuté dans la foulée des matières premières. Mais la chimie française continue de tirer son épingle du jeu à l’échelle mondiale.

En 2015, l'industrie chimique française a connu une petite croissance (0,9% en volume) comparé au marché mondial en hausse de 3% (contre 3,5% l'année précédente). Rien d'étonnant pour l'Union des industries chimiques (UIC), après deux années de "progression soutenue" avec 2,8% en 2013 et 2014. Mais l'optimisme est de mise. Baisse du prix des matières premières et notamment du pétrole, parité euro-dollar avantageuse, reprise historique de l'industrie manufacturière en France : les fondamentaux sont là aux yeux de Philippe Goebel, le président de l'UIC. De quoi faire espérer une croissance des volumes de 1% en 2016.

Les grands chimistes comme Arkema et Solvay se recentrent depuis plusieurs années sur la chimie de spécialités, qui a progressé de 10% l'an dernier. A l'inverse, les chimies minérale et organique chutaient respectivement de 2,7% et 1,6%, et les savons et produits d'entretien de 2,7%.

le deuxième exportateur de l'industrie française

Les prix ont subi une baisse de 4,8%, pénalisant surtout la chimie organique fortement liée au cours du pétrole... Conséquence, le chiffre d'affaires de l'industrie chimique en France s’est limité à 75 milliards en 2015, contre 79,1 milliards l'année précédente.

Pas de quoi inquiéter Philippe Goebel. Le secteur reste capable d'enregistrer une hausse de ses exportations (+1,6%), en particulier hors zone euro, grâce notamment à des taux de change favorables. Faisant de la chimie le deuxième exportateur de l'industrie française après l'aéronautique, et le troisième en terme d'excédent commercial, avec 7,3 milliards d'euros enregistrés l'an dernier. Un signe de bonne santé !

La chimie hexagonale se débrouille même mieux que ses concurrentes européennes en terme de croissance depuis trois ans, figurant toujours en deuxième place sur le Vieux Continent, derrière l'Allemagne. Sa recette, selon le président de l'UIC ? Une tradition historique d’exportation, mais aussi une innovation en pointe, avec 1,8 milliard d’euros dédiés à la R&D l’an dernier, tournés en particulier vers l’industrie du futur et la lutte contre le réchauffement climatique (matériaux innovants pour l’allègement des véhicules, des batteries plus performantes, l’isolation des bâtiments, soutien aux énergies renouvelables, chimie verte…).

Resister aux mouvements de concentration mondiaux

A l’échelle mondiale, la France se classe désormais sixième, ex-aequo avec le Brésil. Mais saura-t-elle résister aux spectaculaires mouvements de consolidation en cours dans le secteur, comme le rapprochement entre les géants américains Dow et Dupont pour donner naissance au numéro un mondial du secteur (même s’il sera ensuite redivisé en trois entités cotées), ou le rachat de l’agrochimiste suisse Syngenta par le groupe chinois ChemChina ?

"Même le leader actuel BASF, avec environ 80 milliards d’euros de ventes, ne représente que 3% du marché mondial : notre industrie est extrêmement atomisée, au contraire de l’automobile, relativise Philippe Goebel, interrogé par L’Usine Nouvelle. En France, elle recouvre 3 200 entreprises, à 90% des TPE et PME. Ce qui est vrai aussi dans les autres pays." Ces consolidations notamment sur le marché de l’agrochimie, devraient se poursuivre. Mais "l’important pour notre industrie n’est pas forcément d’être énorme sur le marché mondial, mais d’être bons dans ce qu’on fait, (…) d’être leaders avec un avantage compétitif dans un segment", insiste le dirigeant. L’année 2016 sera l’occasion de vérifier cette analyse.

Gaëlle Fleitour

Des investissements industriels en hausse dans la chimie
C’est un bon signe : le taux d'utilisation des capacités de production de la chimie a atteint 80% en 2015, contre un taux moyen de 78% sur la période 2008-2014. Surtout, après un recul en 2014, les dépenses d'investissement ont progressé de 5,6% l’an dernier à 3,4 milliards d'euros. Mais elles ne sont plus dédiées que pour un quart à des investissements de croissance (hausse des capacités, activité nouvelle…), contre un tiers avant la crise de 2009. Enfin, suite aux attaques survenues sur des sites chimiques l’an dernier, les dépenses pour assurer leur sureté ont progressé.

 

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