Abonnez-vous Identifiez-vous

Identifiez-vous

Vos codes d'accès sont erronés, Veuillez les saisir à nouveau. Mot de passe oublié ?

L'Usine de l'Energie

En Normandie, c'est la course d'obstacles pour l'éolien en mer

, ,

Publié le

Recours, aléas industriels, l’installation de trois parcs éoliens au large des côtes normandes prend du retard. Les premiers kilowattheures sont attendus pour 2021.

En Normandie, c'est la course d'obstacles pour l'éolien en mer
The Anholt ferry shuttles between the Danish city of Grenå in the Kattegat Strait and the island of Anholt, sailing past Denmark's biggest offshore wind power plant, which takes its name from the island. The project lies off the east coast of Denmark, about 20 kilometers north-east of the Jutland peninsula. Over an area of 88 square kilometers, Siemens has installed all 111 wind turbines in waters up to 19 meters deep in just about ten months.
© Siemens AG Siemens AG

Courseulles-sur-Mer (Calvados), Fécamp (Seine-Maritime), Dieppe-Le Tréport (Seine-Maritime). Trois des six premiers champs éoliens offshore français se trouvent au large des côtes normandes. Au terme de 6 milliards d’euros d’investissements, la puissance installée atteindra près de 1,5 GW. Mais des recours juridiques [lire l’encadré] retardent la décision finale d’investissement du consortium EDF Énergies Nouvelles, Enbridge et WPD Offshore, qui doit construire et exploiter les champs de Courseulles (75 éoliennes, 450 MW), de Fécamp (83 éoliennes, 498 MW) et de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique). Elle pourrait être prise fin 2017, pour un début de construction en 2018 et une mise en service en 2021 ou 2022. Dix ans après l’appel d’offres.

Le consortium Engie, EDP Renewable et Caisse des dépôts, qui s’est vu attribuer les champs éoliens de Dieppe-Le Tréport (62 éoliennes, 496 MW) et d’Yeu-Noirmoutier (Vendée), table sur une décision finale d’investissement fin 2018 ou début 2019, « sauf recours », et une mise en service en 2021. Pour ce parc situé à 15,5 km du Tréport et à 17 km de Dieppe, les recours ne sont pas à l’ordre du jour car les demandes d’autorisation préfectorale viennent d’être déposées. Il est cependant confronté à une vive opposition des pêcheurs, pour qui le parc se trouve dans « le secteur le plus riche en poissons de la Manche ». Cette contestation a amené la société qui porte le projet à modifier le schéma d’implantation de ses éoliennes pour épargner des zones de pêche.

S’ils essuient les plâtres de cette nouvelle filière, les deux consortiums ont aussi dû composer avec des aléas industriels. Initialement, la filière s’appuyait sur deux industriels français, Alstom et Areva. Le premier avait opté pour une double base industrielle pour fabriquer son éolienne de 6 MW : une usine à Cherbourg pour les pales et une autre à Saint-Nazaire pour les rotors et les nacelles. De son côté, Areva faisait le choix du Havre pour son éolienne de 8 MW. Mais exit Alstom et exit Areva ! La branche énergie d’Alstom a été rachetée par l’américain General Electric (GE), qui a tardé avant de confirmer son ancrage à Cherbourg.

Le suspense a été levé le 23 mars. En présence de Bernard Cazeneuve, alors Premier ministre et élu de Cherbourg, Jérôme Pécresse, le PDG de GE Renewable Energy, a posé la première pierre d’une usine de pales, les plus longues du marché (88 mètres), sur le port de Cherbourg avec son partenaire danois LM Wind Power. L’usine aura vocation à équiper des projets européens, dont les champs de Saint-Nazaire, Fécamp et Courseulles (550 salariés à terme). D’autres activités (assemblage d’éoliennes, fabrication de mâts…) sont attendues dans la ville, qui a investi 40 millions d’euros pour aménager des terre-pleins et construire un quai lourd spécifique.

Au Havre, la ville dirigée par Édouard Philippe, ancien d’Areva devenu Premier ministre, on a suivi de près la cession par Areva de ses activités dans l’éolien offshore à l’espagnol Gamesa, ce qui a abouti à la coentreprise Adwen, qui, outre celles de Dieppe-Le Tréport et d’Yeu-Noirmoutier, fournit aussi les éoliennes du parc de Saint-Brieuc. Après un an de négociations et le feu vert de Bruxelles, l’allemand Siemens a repris Gamesa. Cette fusion-acquisition, qui permet à Siemens d’entrer en force sur le marché français de l’éolien offshore, est une source de préoccupations pour Le Havre. Siemens ayant mis au point sa propre turbine de 8 MW, quel va être son intérêt à fabriquer au Havre l’éolienne de 8 MW qu’Adwen vient de développer ?

Le Havre suspendu à la décision de Siemens

Au salon Seanergy du Havre, en mars 2017, Luis Alvarez, le directeur général d’Adwen, avait annoncé avoir déposé une demande de permis de construire pour une usine d’assemblage de nacelles et une autre pour une usine de fabrication de pales. Ce qui avait rassuré la ville, même si dépôt de permis de construire n’est pas synonyme de construction d’usine. Mais on a appris en juin le départ de Luis Alvarez, un remaniement imminent de l’état-major et la scission entre une branche maintenance pour les éoliennes en service en Allemagne et une branche chargée des activités françaises. En cas de vente, analyse un spécialiste, « Siemens pourrait se désolidariser des engagements pris par Areva (puis Adwen) concernant la fabrication des éoliennes en France ».

Ce scénario n’est pas celui de Christophe Leblanc, le directeur du développement du parc du Tréport. « Nous avons reçu encore très récemment l’engagement de Siemens sur le maintien du plan industriel d’Adwen au Havre, explique-t-il. Ce plan comprend la fabrication d’une éolienne de 8 MW avec un cluster pour la fabrication des composants principaux (génératrices, boîtes de vitesses et roulements), soit 750 emplois directs. » La Normandie peut-elle accueillir deux usines de pales d’éoliennes ? « Le marché français ne le justifie pas. C’est pourquoi il avait initialement été trouvé un compromis pour une usine de pales à Cherbourg devant abriter une ligne pour GE et une ligne pour Adwen, explique Marc Rapin, le responsable recherche, développement et innovation d’Énergies Normandie. On imagine mal Siemens faisant fabriquer ses pales chez GE, son concurrent direct. » 

Recours après recours, ils disent défendre les paysages

Les parcs éoliens de Fécamp-Étretat et de Courseulles sont attaqués par des associations qui dénoncent la modification du paysage et l’atteinte à l’environnement. En vertu du décret du 8 janvier 2016, les recours sont examinés par la cour administrative d’appel de Nantes. Les recours visent deux arrêtés préfectoraux d’autorisation, l’un pour la construction et l’exploitation du parc, l’autre pour l’utilisation du domaine public maritime. Sept associations ont déposé un recours contre le projet de Fécamp-Étretat, situé à 13 km de la côte, mais le rapporteur public ayant estimé valides les arguments du promoteur, ce recours devrait être rejeté. Selon Cécile Dutreil, la vice-présidente de l’association de protection du site des Petites-Dalles, proche de Fécamp, les associations préparent un deuxième recours pour attaquer l’utilisation du domaine public maritime. En ce qui concerne le champ de Courseulles, situé à 10 km de la côte, qui est attaqué par huit associations, un deuxième recours va être déposé sans attendre le résultat du premier, indique Elsa Malhomme, la présidente de l’association Libre Horizon. « Les éoliennes seront bien visibles de la côte. Or nous sommes en plein cœur du secteur des plages du Débarquement qui visent un classement au patrimoine mondial de l’Unesco. » Visibles oui, mais comme des têtes d’allumettes à l’horizon… 

 

Réagir à cet article

Les entreprises qui font l'actu

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte
Suivez-nous Suivre Usine Nouvelle sur Facebook Suivre Usine Nouvelle sur Twitter RSS Usine Nouvelle

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services.
En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

En savoir plus