En Mayenne, la plus grande cimenterie de France sera bientôt alimentée à 80% par des déchets

La cimenterie de Saint-Pierre-la-Cour (Mayenne), exploitée par Lafarge, vient d’inaugurer un deuxième atelier de valorisation de déchets pour répondre à ses besoins énergétiques. Un investissement d'une dizaine de millions d'euros qui permettra au cimentier de s'approvisionner localement, en substitution de combustibes fossiles importés d'Amérique.

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Plus grande cimenterie de France (1,3 million de tonnes par an, 170 salariés directs), l’usine Lafarge de Saint-Pierre-la-Cour (Mayenne) se prépare un avenir toujours plus vert. Son taux de substitution de combustibles fossiles, actuellement de 60%, pourra être porté à 83% grâce à la construction d’un nouvel atelier de valorisation de déchets solides broyés (plastiques, cartons, papiers, textiles…) inauguré ce jeudi 17 mars. L’investissement, qui se chiffre à "une dizaine de millions d’euros" selon Nicolas Meyre, directeur écologie industrielle du groupe, a été soutenu par une contribution de l’Ademe à hauteur de 900 000 euros.

Ce nouvel équipement, d’une capacité de 3000 mètres cubes de déchets, "vise à réduire la dépendance aux combustibles fossiles importés, et à promouvoir une logique industrielle locale", explique Nicolas Meyre. 60% des déchets valorisés au sein de la cimenterie proviennent des Pays de la Loire et de Bretagne, dans un rayon de 200 kilomètres. Le petcoke (coke de pétrole), matériau de prédilection des cimentiers pour répondre à leurs besoins en énergie, provient quant à lui essentiellement des Etats-Unis et du Venezuela.

Une montée en puissance depuis 2013

D’après le Syndicat français de l’industrie cimentière, en 2015, le taux moyen de substitution énergétique était de 38% dans l’ensemble des usines françaises. A Saint-Pierre-la-Cour, cette démarche n’est pas nouvelle : l’emploi de combustibles alternatives y date de 1997. Des farines animales (un gisement qui se tarit compte tenu de l’assouplissement de la législation), des sciures de bois ou encore des gaines de câbles étaient alors utilisées. En 2006, un atelier dédié à la valorisation énergétique et matière des pneus est inauguré. En 2013, la cimenterie continue sa conversion avec la mise en service d’un premier atelier de valorisation des déchets solides broyés, qui lui permet d’atteindre un taux de substitution de 60%.

L’installation du deuxième atelier de valorisation a été l’occasion de revoir les process. Le nouvel outil est ainsi organisé sous forme "d’un stockage à plat des déchets, contre des silos au sein de l’unité ouverte en 2013. Les camions peuvent venir décharger directement leur cargaison, acheminée ensuite par un circuit. Le déchet solide broyé est plutôt léger, d’où l’emploi d’un circuit fermé pour réduire les risques liés à sa volatilité", précise le responsable maintenance de l’usine, Xavier Brulé.

Un équilibre à trouver

L’approvisionnement en déchets solides broyés n’est pas un problème, assure Nicolas Meyre : "nous sommes sollicités par des acteurs qui ne veulent plus enfouir ou incinérer, qu’il s’agisse de collectivités locales ou d’industriels. Nous sommes en face de donneurs d’ordre qui désirent effectuer de la valorisation de type R1 (valorisation énergétique) et R5 (valorisation minérale). C’est plus vertueux que la mise en décharge ou l’enfouissement. A terme, on peut imaginer que le gouvernement imposera des taux de recyclage".


Semences déclassées, coke, câble broyé, farines animales, caoutchouc... Autant de déchets pouvant être valorisés.

"Les choses commencent à bouger dans les objectifs assignés aux filières Rep (responsabilité élargie du producteur) : il a été demandé à ce que la valorisation énergétique des pneus ne dépasse pas 50%". Mais Lafarge ne fait pas que de la valorisation énergétique. "Dans un pneu, il y a environ 20% de fer, un matériau qui permet de fabriquer du ciment… et nous permet d’éviter d’acheter du minerai de fer". Il convient toutefois, rappelle Nicolas Meyre, de veiller à ce que les déchets solides broyés restent plus attractifs que le petcoke, malgré le surcoût d’exploitation qu’ils engendrent.

Lafarge n’en est pas à son coup d’essai : l’entreprise valorise de la cosse de café en Ouganda , ou bien encore des fientes d’élevages de volaille au Pakistan.

Franck Stassi

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