Economie

"En matière de RSE, les entreprises du Maroc sont les plus avancées de la région MENA", selon Fouad Benseddik de Vigeo

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Fouad Benseddik, directeur des méthodes et des relations institutionnelles chez Vigeo au Maroc qui vient d'attribuer à 8 entreprises marocaines le label "Top performers" en matière de RSE (Responsabilité sociale des entreprises). Il livre en excluvité à L'Usine Nouvelle son expertise sur la prise en compte de la RSE au Maroc. Et aussi l'activité du groupe présidé par Nicole Notat dans le royaume d'où Vigeo évalue au plan mondial toutes les entreprises de services et des telecom. 

En matière de RSE, les entreprises du Maroc sont les plus avancées de la région MENA, selon Fouad Benseddik de Vigeo
Basé à Paris, chargé du développement de la succursale de Casablanca, Fouad Benseddik est directeur des méthodes et des relations institutionnelles de Vigeo
© vigeo

L'Usine Nouvelle : Comment présenter Vigeo ?

Fouad Benseddik : Notre métier est de noter en matière de RSE les entreprises, soit à la demande des investisseurs pour leurs besoins de choix de placement, soit à la demande des entreprises elles-mêmes, pour elles-mêmes et les besoins de leur gestion. Vigeo est présent au Maroc depuis 10 ans.

Créé en 2002 en France, Vigeo a ouvert son bureau au Maroc en 2004. Nous avons deux métiers. Un métier de notation destiné aux opérateurs financiers et aux gérants professionnels qui consiste à analyser environ 2 500 entreprises cotées dans le monde.  Notre deuxième métier est celui de l'audit et du conseil.

Vigeo Maroc note les entreprises marocaines, et nos collaborateurs au Maroc notent aussi, à partir de Casablanca, plusieurs centaines d’entreprises cotées en Europe, en Asie et en Amérique du Nord. D'ici mars, nous aurons noté 800 entreprises cotées sur les marchés émergents parmi lesquelles 42 marocaines à savoir les 40 premières capitalisations et deux entreprises non cotées mais qui émettent des emprunts obligataires dont l'OCP (l'Office chérifien des phosphates). 

Vigeo a décerné à Casablanca le 6 Janvier le prix de "Top Performers en responsabilité sociale" à 8 entreprises cotées à la bourse de Casablanca. Pourquoi ces distinctions ?

Elles sont réalisées à l'intention des investisseurs. Vigeo les organise tous les dix-huit mois. Il s'agit de sensibiliser les entreprises cotées à ce que signifie pour elles la RSE et de les inciter, par l’exemple de leurs homologues les plus performantes, à s’y engager, dans leur intérêt et dans celui de leurs parties prenantes.

Mais quel est l'état de la RSE au Maroc ?

Lorsque Vigeo Maroc a été créé en 2002, l'expression même de RSE était méconnue. Depuis les choses ont évolué. Le Maroc présente un tableau contrasté. Une minorité d'entreprises leaders ont sérieusement intégré les principes du développement durable et de la responsabilité sociale à leur stratégie. Elles creusent  même l'écart par rapport aux autres. Ces entreprises, ce sont en particulier les 8 à qui nous avons décerné le titre de Top Performer : BMCE Bank, Cosumar, Lafarge Maroc, Lesieur-Cristal, Lydec, Maroc Telecom et Société métallurgique d'Imiter (SMI).

UN RATING MONDIAL EFFECTUE A CASABLANCA

Et les entreprises marocaines qui ne sont pas cotées ?

Presque 80 entreprises marocaines non cotées ont été évaluées par Vigeo à leur demande. Ce sont des missions de diagnostic et de conseil. Ces entreprises peuvent obtenir au terme de cet audit un label de responsabilité sociale qui leur est décerné par la CGEM (Confédération générale des entreprises du Maroc). C’est un dispositif reconnu, une référence, qui est respectée pour sa rigueur et qui fait honneur en matière de responsabilité sociale, à la confédération des employeurs marocains. Il est internationalement salué.

Vigeo est une agence de notation de la responsabilité sociale et environnementale et de la gouvernance des entreprises. Basée à Bagnolet (Seine-Saint Denis), elle a été créé en 2002 et est présidée depuis par Nicole Notat, ancienne secrétaire générale du syndicat CFDT. Le capital de Vigeo est détenu par des gestionnaires financiers (47%) dont BPCE, des syndicats français et européens (27%‎) et des entreprises (26%), comme Total, Danone ou Airbus. Vigeo dispose de bureaux à Bagnolet, Milan, Londres, Bruxelles, Tokyo et Casablanca et emploie environ 100 personnes.

Êtes-vous aidé par l’État ?

Vigeo ne bénéficie d'aucune aide de l'État ni de subventions. Nous sommes 42 personnes à Casablanca en majorité des analystes et auditeurs, de plusieurs nationalités, en contrats locaux. Vigeo-Maroc couvre 30 secteurs d'activité. Ainsi, toutes les entreprises mondiales des services ainsi que celles liées à la technologie des média et des télécommunications sont notées à Casablanca. À Bagnolet, Vigeo note les secteurs de la chimie, de l'alimentation, de l'industrie et de l'énergie. À Milan, nous notons la finance et à Bruxelles les industries extractives et les matières premières. Tokyo et Londres sont des bureaux de représentation.

Qu'est-ce qui détermine la sensibilité des entreprises marocaines à la RSE ?

Trois facteurs principaux. Le premier est l'influence de l'actionnaire. C'est le cas de SNI (Société nationale d'investissement une holding appartenant à la famille royale du Maroc, NDLR), et qui demande à certaines filiales ou participation de formaliser et rendre compte de leur engagement sur le plan social, sociétal, et environnemental. Le deuxième facteur est l'action des maison-mères mondiales dont certaines sont particulièrement exigeantes vis-à-vis de leurs filiales comme Lydec, filiale de Suez Environnement.

Le troisième facteur, nous l’observons aussi bien au Maroc qu'ailleurs, c'est l'engagement managérial des dirigeants, il est décisif.

D'autres facteurs jouent un rôle dans la RSE comme la réglementation, le contexte sectoriel, la concurrence, parfois même l’effet de mode ou le mimétisme, mais la variable décisive, celle qui ne trompe pas en matière de RSE, c’est l'engagement des équipes de direction.

L’acquis normatif issu du droit public international

Comment se situe la performance du Maroc en matière de RSE par rapport aux autres pays ?

Les entreprises marocaines sont aujourd'hui les plus avancées en termes de RSE au niveau de la région MENA (Middle East, North Africa). Il existe ailleurs des engagements en faveur de la RSE, notamment du côté des pays du Golfe, mais il s’agit souvent d’engagements de type compassionnels, limités, par rapport aux performances des entreprises marocaines.

Souvent, en effet, dans la région du Moyen Orient, les entreprises vont créer des fondations et remettre des dons, qui peuvent être importants, mais sans vraiment intégrer les principes et les objectifs de responsabilité sociale à leur gouvernance et à leur gestion. On ne trouvera pas dans les référentiels qu’elles utilisent de mention aux droits de l'homme, à la non-discrimination entre les femmes et les hommes, à la liberté syndicale, à la négociation collective, au dialogue social, ou à l'indépendance des conseils d'administration. Tout cet acquis normatif issu du droit public international, de la démocratie actionnariale ou de la création de valeur pour les parties prenantes, qui irrigue la conception de la RSE que nous utilisons au Maroc et en Europe, n’a pas encore émergé au Moyen-Orient .

Voyez-vous au Maroc un terrain particulièrement à surveiller au Maroc ?

La faible articulation des liens entre la QSE (Qualité, service environnement) et les RH (Ressources humaines). Le manque de coordination entre directions QSE et DRH sur la gestion, le pilotage et l'évaluation des politiques de santé et sécurité au travail est souvent une faiblesse. La qualité et la sécurité des équipements est importante, mais pas au détriment de la sécurité et de la santé des hommes au travail. C'est une évolution alarmante que l'on retrouve également dans les entreprises des pays industrialisés. La RSE permet de recréer les liens de transversalité entre les directions.

La RSE a-t-elle un coût ?

C'est un investissement. Un coût est une dépense sans contrepartie. Beaucoup disent que la RSE consiste à gérer les risques extra-financiers. Cette une expression inadaptée car tous les risques liés à la responsabilité sociale se répercutent tôt ou tard sur les comptes de l'entreprise. L'absence de dialogue social expose à des conflits qui coûteront cher. Une mauvaise politique de formation expose à des pertes de compétences qui se répercutent sur les résultats financiers. Sans politique environnementale, il y a des risques sur la compétitivité et des risques de sanctions juridiques. La responsabilité sociale est un investissement de caractère stratégique. Le coût de la négligence est supérieur aux dépenses nécessaires à la mise en place d'une démarche de Responsabilité Sociale.

Quel est votre prochain chantier ?

Nous complétons notre gamme d'indices en rajoutant un 7e indice sur les pays émergents pour élaborer avec Euronext le Top 120 des pays émergents.  

Propos recueillis par Nasser Djama

 

Biographie express
Né en 1958 à Meknès, Fouad Benseddik est docteur d’État en sciences politiques (Paris X). Il a rejoint Vigeo en décembre 2002 après avoir été notamment inspecteur général de la Sécurité sociale du Maroc et responsable des relations internationales à l’Union Marocaine du Travail. Il assure depuis le développement des activités de Vigeo au Maroc, celui des méthodologies du groupe, anime l’expertise des équipes internes sur les référentiels de rating et d’audit, pilote les partenariats du groupe et coordonne ses contributions aux recherches et débats sur la RSE auprès des milieux institutionnels et académiques européens et internationaux.

 

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