Economie

"En matière de RH, le Maroc a de l'avance sur le reste du Maghreb", selon Raouf Mhenni

Vincent Souchon , ,

Publié le

La société française HR Access, filiale de Sopra, a publié son enquête 2014 consacrée à la gestion des ressources humaines (RH) dans les entreprises d'Afrique du Nord et de l'Ouest, notamment au Maroc. Dans cet entretien exclusif, Raouf Mhenni, "managing director" des opérations internationales d'HR Access revient sur le rôle croissant de la fonction RH et ses mutations dans les entreprises maghrébines .

En matière de RH, le Maroc a de l'avance sur le reste du Maghreb, selon Raouf Mhenni
Le tunisien Raouf Mhenni, managing director des opérations internationales chez HR Access et responsable du rapport
© Tuniscope

Pour la deuxième année, HR Access Solutions - société spécialisée dans le service et les solutions relatives à la gestion des RH - a publié son "Baromètre RH" sur l'Afrique. Une enquête de trois mois réalisée auprès de 225 chefs d'entreprises, responsables RH et managers de 199 entreprises d'Afrique de Nord et de l'Ouest (Maroc, Tunisie, Algérie, Côte d'Ivoire et Sénégal).

Entre autres enseignements, ce rapport montre que la fonction RH est considérée avec de plus en plus d'importance au sein des équipes dirigeantes des entreprises africaines.

Pour comprendre cette évolution, le tunisien Raouf Mhenni, "managing director" des opérations internationales au sein d'HR Access et responsable de l'étude, a répondu aux questions de L'Usine Nouvelle.

 

L'Usine Nouvelle : Pourquoi avoir choisi de faire ces baromètres RH en Afrique du Nord ?

Raouf Mhenni : Les pays sur lesquels l'étude se penche (Maroc, Algérie et Tunisie notamment) présentent différentes caractéristiques intéressantes.

Ils sont tous représentatifs de la nouvelle dynamique de croissance des pays en transition et connaissent un certaine similitude économique dans leurs niveaux de développement. Ces éléments font que la problématique des ressources humaines répond globalement aux mêmes enjeux.

Quelles ont été les principales évolutions de la fonction RH en Afrique du Nord ces dernières années ?

Je dirais que trois points en particulier marquent un changement de mentalité. Tout d'abord, les attentes ont évolué. Les responsables des RH remplissaient auparavant une fonction purement administrative. Aujourd'hui, ils sont invités au comité de direction et participent souvent aux décisions patronales. Ils sont donc reconnus comme un élément déterminant dans l'organisation et l'efficacité de l'entreprise.

Deuxième point, les spécialistes RH bénéficient également d'une meilleure formation et sont recrutés sur la base de leurs compétences spécifiques dans ce domaine. Auparavant, le poste de RH revenait un peu  à n'importe qui, au gré des mutations internes.

Enfin, la nouvelle reconnaissance du poste de RH est caractérisée par d'avantage d'investissements dans ce domaine de la part des entreprises. Elles hésitent moins à faire des dépenses d'équipement par exmple pour des solutions informatiques ou des études statistiques, ceci afin de faciliter le travail des RH et de valoriser leur capital humain.

HR Access est une entreprise française spécialisée dans les solutions et services relatifs aux ressources humaines. Le groupe est implanté dans neuf pays européens ainsi qu'en Tunisie et au Maroc, à Casablanca.
En avril 2013, HR Access a rejoint le groupe Sopra, un éditeur français de solutions informatiques pour les entreprises qui compte 16 000 collaborateurs et affiche un chiffre d'affaires de 1,3 milliard d'euros en 2013.

 

Comment expliquez-vous cette évolution dans le cas du Maroc ?

Le Maroc a connu deux phases qui ont poussé les entreprises à revoir leurs organisations internes. La première a été l'ouverture à la mondialisation qui a incité de plus en plus d'entreprises marocaines à adopter le modèle des multinationales. A la suite de la crise économique, le marché est devenu plus compétitif et plus rude. La valorisation du capital humain évolue pour occuper une place plus cruciale.

C'est-à-dire ?

On assiste ces temps-ci à une guerre des talents. Les secteurs créateurs de valeurs se battent pour le même pool de "lauréats" du marché marocain, qui évoluent souvent dans les mêmes microcosmes. Conserver ces employés rares et issus des meilleures formations devient un enjeu de taille face au turnover, et la pression de la concurrence entraine une certaine inflation des salaires. Dans ce contexte, les entreprises marocaines ont bien saisi l'intérêt stratégique d'une démarche de RH efficace pour garder leurs talents.

L'aspect culturel de la société marocaine a-t-il des répercussions dans la gestion quotidienne du personnel ?

A dire vrai, 60% du tissu économique d'Afrique du Nord est familial, et sa croissance souffre de cette situation. Les PME notamment. La volonté de ne développer son affaire qu'au sein du cercle familial bride les ambitions des petites entreprises car ce modèle ne fonctionne pas à grande échelle.

En tant que partenaire économique privilégié, l'Europe a-t-elle influencé l'évolution de la fonction RH dans les pays d'Afrique du Nord ?

Les partenariats avec l'Europe ont clairement eu une influence. Mais je ne pense pas qu'il y ait un "style européen" particulier, les pays arabes sont plutôt en train de s'aligner sur la pratique occidentale de la gestion des RH. Par exemple, au Maroc, au Gabon et au Sénégal, la pratique de trois entretiens annuels avec chaque collaborateur est en train d'entrer dans les mœurs. Ce type de pratique est hérité de l'exemple des multinationales qui sont devenu le modèle à suivre, "la bonne pratique".

Comment voyez vous évoluer le rôle des responsables RH dans les années à venir ?

Il est difficile de prédire quelles seront les évolutions précises mais il est clair que la population des salariés évolue. La fonction RH devra donc s'adapter en conséquence. On perçoit déjà que les nouvelles générations ont des attentes et des attitudes différentes vis-à-vis de leur travail : ils sont très à l'aise avec les différents outils numériques, montrent une volonté d'auto-formation…

Le travail du responsable RH mais aussi ses méthodes d'évaluation devront évoluer pour s'adapter aux nouveaux besoins et compétences de ses collaborateurs.

Quelles sont les particularités de la situation marocaine dans le cadre des RH ?

Dans ce domaine, je dirais que le Maroc a deux ou trois ans d'avance sur le reste du Maghreb. Les politiques RH des entreprises sont de plus en plus innovantes et se rapprochent de ce qu'on peut trouver en Europe.

En revanche, on constate que la formation académique ne suit pas ! Il n'y pas assez d'études proposées pour former les responsables RH de demain.

D'une manière générale, le monde universitaire ne suit pas les évolutions de l'économie du pays et on perçoit une réelle carence en termes de formation. Il reste donc encore du progrès à faire du côté de l'enseignement.

Propos recueillis par Vincent Souchon

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1 commentaire

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22/08/2014 - 15h13 -

Ce n'est pas une fierté d'avoir un service RH bien développé. Il faudrait tout simplement supprimer ces fonctions administratives qui coupent tout élan d'initiative en entreprise. - La gestion des pairs peut être sous-traité - Le recrutement peut être sous-traité - Rendre le management et la discipline aux managers - Garder un consultant pour la partie légale
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