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"En matière d'innovation, il y a un réel effet Macron en France", estime Bruno Lanvin, directeur des indices mondiaux à l’Insead

Christophe Bys , , , ,

Publié le

Entretien Directeur des indices mondiaux à l’Insead, Bruno Lanvin est à ce titre co-auteur de la 12e édition du rapport annuel sur les pays qui innovent (Creative global innovation index). On y observe la poussée de la Chine, le poids grandissant du secteur privé. Cette année, un éclairage particulier est mis sur l'innovation en matière de santé. Bruno Lanvin a répondu à nos questions.   

En matière d'innovation, il y a un réel effet Macron en France, pour Bruno Lanvin de l'Insead © PIXABAY

A la lecture du rapport sur l'innovation, la première chose qui frappe, c’est la croissance des dépenses consacrées à l’innovation année après année. Cela vous étonne-t-il aussi ?

Bruno Lanvin : Ce qui est le plus intéressant à mes yeux est d’étudier comment se déploient les efforts du secteur privé et du secteur public. Malgré la stagnation de l’engagement du secteur public, la dépense globale en faveur de l’innovation continue d’augmenter. C’est donc que le secteur privé a clairement pris le relais. Ce mouvement est encore amplifié si l'on ôte les dépenses pour le secteur de la défense, qui est celui où le secteur public investit traditionnellement le plus.

 

On y trouve un graphique qui montre que Samsung et Alphabet dépensent autant en R&D qu’un pays comme la Suède, que Huawei dépense autant que l’Autriche. C’est dire que la R&D est de plus en plus privée ?

Nous observons la montée en puissance des entreprises depuis longtemps. Les grands groupes se consolident. Les Gafa, pour ne citer qu’eux, acquièrent les licornes dès qu’ils le peuvent, à l’instar de Microsoft qui achète Skype. Et les efforts de R&D vont s’accentuer au sein de ces grands groupes qu’ils soient aux Etats-Unis ou en Chine. C’est d’autant plus vrai qu’à mon avis, les dépenses des entreprises sont en partie sous-estimées. Il y a quelques années, les groupes chinois étaient très fiers de montrer l’ampleur de leurs investissements en R&D. Or mettre de l’argent dans l’intelligence artificielle ou le génie génétique n’est pas toujours le meilleur moyen de faire parler de soi en bien. J’ai le sentiment que certaines dépenses sont sous-évaluées dans ces domaines depuis quelques années.

 

511 milliards de dollars sont dépensés par les Etats-Unis en R&D et 452 milliards en Chine. L’écart entre les deux pays se resserre année après année…  

Si je regarde l’ensemble du classement des pays innovants, ce qui frappe est que la Chine progresse du 17e au 14e rang. Elle devient un vrai poids lourd de l’innovation. Si on regarde sur des points particuliers, la Chine est classée numéro cinq devant les Etats-Unis sur le critère de "l’innovation qui se transforme en produit commercialisable". La Chine innove aujourd’hui en créant des produits et des services qui n’existent pas ailleurs. Par exemple, dans le domaine de l’informatique quantique, Thierry Breton avait sonné le tocsin voyant la puissance de la Chine et des Etats-Unis et l’absence des Européens. La Chine est en avance sur ce domaine.

 

Vous avez fait un éclairage particulier dans cette édition sur l’innovation en matière de santé. Y voit-on les mêmes évolutions ?

Là aussi, on voit la puissance chinoise qui a connu la plus forte croissance, qu’on s’intéresse aux molécules, aux techniques médicales ou encore aux brevets. C’est le cas pour la télémédecine, où la Chine innove beaucoup et se donne les moyens de devenir un exportateur dans ce secteur. Elle va exporter ces techniques en Afrique, et pas seulement.

Plus globalement, le secteur de la santé va évoluer sous l’influence de l’internet des objets et de l’intelligence artificielle. La Chine a un avantage incontestable avec sa population et la masse de données collectées. Qui possèdera les données, possèdera la clé de la décision médicale. L’intelligence artificielle va provoquer des changements fondamentaux dans la santé, dans les métiers de la santé, dont certains vont disparaître, par exemple les radiologues.

 

Comment se situe la France dans le domaine médical ?

Les grands groupes français et plus généralement européens, possèdent d’importants avantages. Elles bénéficient du retrait de certaines entreprises américaines, sur les vaccins notamment, pour des raisons juridiques. La géopolitique de l’innovation est aussi en mouvement avec l’importance croissance de la Chine et de l’Inde, qui ont pu développer des remèdes alternatifs, à base de plantes. Mais, si de nouveaux concurrents apparaissent, les entreprises françaises restent à l’abri pour un certain temps. La santé est un domaine où la mise au point d’innovation prend des années voire des décennies. Ceci dit, les entreprises françaises ont tout intérêt à se rapprocher des sociétés d’assurance et de tous les collecteurs de données pour les raisons que je viens d’exposer. Elles doivent être attentives à ce qui se passe en amont de leur activité.

 

Quel domaine d’innovation est actuellement le plus prometteur ?

On a tendance à raisonner par secteurs. Or, l’Histoire nous apprend que l’innovation la plus importante est horizontale, en ce sens qu’elle touche plusieurs secteurs à la fois. A cet égard, l’intelligence artificielle, le séquençage génétique vont changer en profondeur les industries.

 

Pour finir, comment jugez-vous l’écosystème français d’innovation ?

L’effet Macron est réel. Il y a eu un déclic en 2017. La France attire les talents. On sait que deux éléments sont importants pour l’innovation : le facteur humain, la capacité à former les innovateurs et la nécessité de ne pas leur mettre des bâtons dans les roues avec la fiscalité, le marché du travail. Depuis 2017 , des signaux positifs ont été donnés et ils ont été reçus. A titre personnel, j’ai été sceptique à l’annonce de la création de station F que je voyais comme un incubateur de plus. Or, je dois reconnaître que c’est en train de mordre. L’Insead s’y est installée mais aussi beaucoup d’acteurs mondiaux. Pour ces raisons, je suis optimiste sur l’innovation en France.

 

 

L'intégralité du rapport peut être téléchargé ICI

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