L'Usine Maroc

"En matière d’échanges commerciaux, le Maroc est honnête et prend des claques à cause de cela", selon Moulay Hafid Elalamy

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Entretien L’Usine Nouvelle a rencontré le ministre marocain de l’Industrie Moulay Hafid Elalamy à l’occasion du colloque  "Afrique-France, pour un nouveau modèle économique"  organisé à Bercy ce mercredi 4 décembre . Interview sur le vif.

En matière d’échanges commerciaux, le Maroc est honnête et prend des claques à cause de cela, selon Moulay Hafid Elalamy
Moulay Hafid Elalamy, ministre de l'industrie du Maroc
© saham

Vous êtes un des représentants du Maroc à ce colloque franco-africain. Quel est votre sentiment sur le partenariat France-Afrique ? Quel rôle que peut y jouer le Maroc ?

Je pense que c'est porteur de réalités si cela est revu et corrigé en fonction des impératifs des uns et des autres et de la réalité de nos économies. Du fait de notre géographie et notre histoire, nous avons une situation particulière dans la relation France-Afrique, mais je ne prône pas la Françafrique à travers notre pays !  Pour se développer en Afrique sub saharienne, le Maroc est une carte additionnelle dans la main de nos partenaires occidentaux, d'abord la France. À elle de la jouer.

De grandes sociétés françaises comme Renault ou Société Générale sont implantées au Maroc. Ne regardent-elles pas le marché africain à travers le Maroc ?

Oui, à majorité. Ceux qui ont compris l’intérêt l'ont déjà fait. Les autres vont bientôt comprendre.

Revenons à l’économie marocaine, le taux de croissance économique prévu par votre gouvernement en 2014 est supérieur à 4%, pensez-vous pouvoir tenir ce rythme ?

Nous y croyons fortement. Tous les indicateurs sont aujourd'hui au vert et positifs. La dynamique est là. L’économie a l'air de démarrer. Nous sommes plutôt confiants dans une année 2014, voire 2015.

Pourtant, il y a au Maroc actuellement deux économies qui divergent. L'une est tournée vers l'extérieur avec des entreprises à majorité étrangères qui fonctionnent bien au vu des chiffres à l'export de l’automobile ou l’aéronautique. L''autre, celle de l'économie intérieure a plus de mal à se développer. Le BTP, par exemple patine et les PME marocaines n'arrivent pas à s'insérer dans l’économie mondiale. Est-ce pour vous un motif d’inquiétude ?

C'est plutôt un motif d'action car la réflexion autour de ce fait a été menée il y a déjà un moment. Chacune de ces économies a des spécificités, des avantages et des handicaps. Aujourd'hui, ce qui compte, c'est que l'énergie totale soit orientée vers le développement du pays.

En cette période d’adoption du budget 2014, il y a eu une critique forte du patronat marocain sur l'action de l'Etat, sur le soutien à l'industrie ou même la désindustrialisation, ce sont des mots très forts. Cela vous soucie-t-il ?

Entre les critiques et leur médiatisation, il y a une distinction à faire. S'il y a quelqu'un qui connait le patronat, c'est bien moi. J'ai été le président du patronat au Maroc. Je sais que chacun joue son rôle. Le patronat a des choses à demander. Il en a le droit et il a raison de le faire. Il a aussi des devoirs à accomplir.  C'est le challenge que le Maroc et tous les pays engagés dans le développement doivent affronter. J'ai parlé à mes amis du MEDEF en France et ils ont exactement le même type de réclamation.

Alors que vous venez d’arriver aux commandes de votre ministère, cela veut-il dire qu'il faut réévaluer le plan Emergence industrielle, voire le remettre à plat ?

Pas du tout ! Surtout pas ! On ne change pas des chevaux qui gagnent. Les sept métiers mondiaux fonctionnent très bien. L'aéronautique pour nous n’était qu’une idée, un concept, or  aujourd'hui, il y a plus de 100 entreprises aéronautiques au Maroc. Dans l'automobile, nous avons nos amis de Renault qui sont là, d'autres regardent et nous avons accueillis une myriade d'entreprises de sous-traitance. Je ne remettrai certainement pas en cause le plan Emergence étant moi-même l'un des fondateurs et l'un des promoteurs de ce plan. Le patronat y a fortement contribué.

Dans le domaine de l'acier, une question commerciale d’antidumping se pose en ce moment notamment avec ArcelorMittal accusé par votre gouvernement d’exporter au Maroc de l’acier à prix cassé. Quelle est votre position sur ce dossier ? Avez-vous un souci d'apaisement vis-à-vis des sidérurgistes qui exportent au Maroc?

Il faut traiter ce dossier d'une façon très technique. Quand il y a dumping, il faut le traiter en tant que tel. Quand il n'y a pas de dumping, il faut l’admettre. Le Maroc continue à s'industrialiser. Il faut que ce soit fait dans un cadre de sérénité et d'éthique de tous les acteurs industriels. On ne peut pas demander à une économie d'être à la fois ouverte, transparente et permissive.

Mais le dumping sur les aciers plats importés au Maroc est-il selon vous une réalité ?

Oui, c'est ce qui m'est remonté par mes services. Certes, on peut aller plus loin dans l’analyse. Mais notre pays se doit d'être vigilant. Encore une fois, s'il y a dumping, on arrêtera le dumping. Sinon nous n’interviendrons pas. Mais pour l’instant le dumping est constaté.

Allez-vous recevoir des représentants d'ArcelorMittal ?

S'ils le demandent, avec plaisir. Mais être à la fois rigoureux et à géométrie variable, je ne sais pas faire. J’ajoute que le Maroc est un piètre joueur en matière de barrières non-tarifaires. Nous n’utilisons jamais les barrières non-tarifaires au contraire de bien des pays.

C’est-à-dire ?

J'étais opérateur économique et je peux vous dire que  j'ai souffert des barrières aux exportations…  en tant que président du patronat aussi. Oui, j'ai souffert que mon pays n'utilise pas les mêmes armes que certains pays. Même si comme ministre, je comprends que le Maroc souhaite respecter ses engagements vis-à-vis de l’OMC par exemple.  

C'est un vrai sujet car le Maroc doit faire face à un très lourd déficit commercial et est en train d'élargir l'accord de libre-échange avec l'Europe. Est-ce un choix assumé ?

C'est un choix clair et le Maroc a pour habitude d'assumer ses choix. Et pour cet accord de libre-échange, on assumera les conséquences. Mais d’une manière générale, on ne peut conclure des accords de libre-échange qui cachent des armes sous le manteau, normes ou autres. Ce n'est pas sérieux. Je déplore au niveau de l'économie mondiale que trop de pays utilisent des manœuvres dilatoires. Ça biaise le jeu.

Pour vous, en matière commerciale le Maroc est-il un partenaire honnête et sérieux ?

Oui. Il prend même des claques parfois à cause de cela. Et il les assume. Mais il n'est pas tenable de jouer le jeu et d'avoir des partenaires qui ne le jouent pas. Si ça continue, nous le dirons haut et fort en mettant sur la place publique les démarches de barrières non-tarifaires et en quoi cela n’est pas éthique pour les exportateurs marocains. Chez nous, nous avons zéro barrière non-tarifaire.

Visez-vous l'Europe dans ce propos ?

J'ai des pays en tête en particulier que je ne citerai pas. C'est un jeu aujourd'hui que l'OMC devrait regarder de plus près. Si on veut avoir des relations commerciales saines, il faut arrêter ces manigances. Quand un pays économiquement petit comme le Maroc joue le jeu, le minimum est que les pays partenaires avec lesquels il fait des affaires soient dignes de cette confiance.  

Autres sujet, quel bilan tirez-vous de votre récent passage aux Etats-Unis à l’occasion de la visite du roi ?

Excellent.

Il y a eu peu de retombées économiques directes pourtant

C'est vous qui le dites. Des opérateurs américains sont déjà sur le terrain suite à cette visite.  

Des chefs d'entreprises et des industriels ?

Absolument. Et ils sont actuellement à Casablanca. Certains sont déjà installés et d’autres sont nouveaux. Le partenariat français est important, prioritaire, affectif même mais évidemment il n'est pas exclusif. Nous avons l’obligation de faire tourner notre économie. Et pour cela, nous avons besoin de tous ceux qui veulent investir dans notre pays.

 

Propos recueillis par Pierre Olivier Rouaud

 

 

 

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