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L'usine Agro

En Israël, comment "l’AgriTech" veut séduire les Français

Gaëlle Fleitour , , , ,

Publié le

Reportage Soixante-dix ans après sa création, Israël exporte à travers le monde ses technologies agricoles. Et déploie une opération de séduction pour convaincre les puissantes entreprises françaises du secteur d’investir dans ses innovations et ses start-up. Reportage.

En Israël, comment l’AgriTech veut séduire les Français © Gaelle Fleitour

Dans la ferme aux 1 000 vaches du kibboutz Shefayim, l’élevage le plus moderne du pays, capteurs et logiciels de gestion mesurent en temps réel le contenu en matières grasses et en protéines du lait, le débit de la traite... Avec 1,5 milliard de litres de lait collectés chaque année auprès de 124 000 vaches laitières, Israël dispose du plus haut taux de productivité au monde en la matière. De quoi assurer sa quasi autosuffisance en lait.

Chaque jour, shabbat inclus, pas moins de trois traites sont réalisées et analysées via des outils informatiques pour détecter d’éventuelles maladies et miser sur une gestion préventive du troupeau. Une technologie développée par Afimilk, leader mondial pour le développement de systèmes informatisés pour les élevages laitiers, qui a déjà traversé la mer Méditerranée, puisque l’entreprise israélienne concurrence déjà en France notre champion local, Alfa Laval. Et planche avec Volcani Center, équivalent israélien de l’Inra, sur des caméras high tech capables d’observer et délivrer en temps réel des informations sur le bien-être de l’élevage.

Innover face à des ressources limitées…

Ce n’est qu’une des nombreuses technologies agricoles qu’Israël entend mettre au service de la France. Comment ce jeune et petit pays de huit millions d’habitants (au PIB de 299 milliards de dollars en 2015, contre 2 400 milliards pour la France) entend-il aider notre puissance agricole ? En misant sur les innovations nées d’une culture du risque sans égal, se targuent les Israéliens, car il leur a fallu depuis 1948 apprendre à cultiver un sol dans un climat aride, en grande partie désertique, avec une population juive venue d’Europe sans connaissance du travail de la terre…

"Nous avons toujours essayé de transformer les obstacles en avantages", assure Dan Catarivas, le directeur international du patronat israélien. D’où la naissance du goutte à goutte, un système d’irrigation économe en eau qui a fait le succès de l’entreprise israélienne Nétafim. Ou de sa concurrente Naan, croquée depuis par le conglomérat industriel indien Jain pour en faire un champion mondial de l’irrigation aux 800 millions de dollars de ventes. "Si les Israéliens possèdent 50% du marché total de l’irrigation dans le monde, c’est grâce à leurs méthodes de coopération dans le secteur de l’agriculture, un secteur très compliqué et totalement différent de l’industrie !", assène le patron de Naan Dan Jain en Israël. L’entreprise conçoit, teste dans ses propres champs et fabrique, avec l’aide de Jain, tous ses produits, puis charge ses agronomes de former et d’accompagner les agriculteurs de tous types de climats et cultures, notamment en Afrique.

Mais ses technologies sont encore loin d’être majoritaires en France, où les champs de grandes cultures privilégient toujours l’irrigation en surface. Naan Dan Jain n’y réalise encore qu’environ 6 millions d’euros, tandis que Nétafim, présente depuis une quinzaine d’années, espère surfer sur l’essor de notre marché bio.

Faire oublier les tensions dans la région

Investissements dans des usines de désalinisation (un savoir-faire qu’Israël exporte également), stations d’épuration dédiées à l’usage agricole, recours à la "fertigation" : mélange d’eau et d’engrais pour augmenter les rendements… Grâce à une stratégie d’économie d’eau déployée depuis sa création, Israël est parvenu à irriguer son agriculture à 86% par des eaux usées, un record mondial.

Mais la gestion de l’eau n’en reste pas moins un sujet de tension. Car à quelques kilomètres de là, elle manque cruellement pour les Palestiniens. Dont les ressources en eau restent largement propriété et tributaires du bon vouloir d’Israël, et la situation dramatique aggravée par les propres luttes internes entre le Hamas et l’Autorité Palestinienne.

Ce contexte géopolitique complexe et le conflit persistant dans la région avaient jusqu’alors dissuadé un certain nombre d’entreprises françaises d’investir en Israël. Il y a deux ans, Veolia Environnement avait même bouclé la vente de toutes ses activités en Israël, et notamment celles de gestion de l’eau, des déchets et de l’énergie, après avoir fait l’objet de campagnes hostiles lancées par des groupes de pression pro-palestiniens en Europe.

Faciliter les partenariats, voire les rachats par des Français

Mais ces dernières années, les Français font néanmoins preuve d’un nouvel intérêt pour ce pays dont le taux de croissance reste élevé (à hauteur de 4% cette année), tout comme le nombre de sociétés dans le secteur de l’AgriTech : 280, dont 200 exportent à hauteur de 4 milliards de dollars. Limagrain, quatrième semencier mondial et premier français, ne s’y est pas trompé. Il s’est emparé dès 2007 de l’israélien Hazera pour mettre au point, dans ses laboratoires de Kyriat Gat faisant appel aux nouvelles technologies du génome et à la robotisation, des légumes meilleurs et plus résistants, sans passer par les OGM.

Business France, l’agence française pour les investissements internationaux, a pour sa part recruté il y a trois ans une responsable de l’AgroTech basée à Tel Aviv. Sa mission ? Valoriser en Israël notre French Tech de l’agroalimentaire, de l’agriculture et du vin. Mais aussi convaincre les industriels français de nouer des partenariats avec les multiples start-up israéliennes qui émergent dans le secteur.

Se rêver en "start-up nation"

Spin-off d’institutions prestigieuses comme Volcani Center - dont les laboratoires et champs d’expérimentation grouillent de robots destinés à faciliter les pratiques agricoles -, de l’Université hébraïque de Jérusalem, ou encore issues des travaux de recherche effectuées pour la puissante armée israélienne, Tsahal, dans un pays dont la défense constitue encore 25% du budget. Ces pépites, Israël les fait ensuite grandir au sein d’incubateurs comme The Kitchen, dont les locaux modernes à l’américaine abritent sept petites structures. Telles que Flying Spark, qui produit des protéines végétales et de l’huile riche en oméga 7 à partir de mouches à fruits. Ou My Favoreats, une application prochainement vendue aux sites internet de recettes, pour proposer des alternatives à tous types d’ingrédients. Fondé il y a trois ans et dédié à l’agroalimentaire, The Kitchen est soutenu financièrement par Strauss, un des plus grands acteurs israéliens du secteur, champion des fromages et des laitages, détenu à 50% par… Danone.

Dans le pays où coulent le lait et le miel, ce sont 5500 start-up qui sont désormais recensées, tous secteurs confondues. Elles suscitent déjà l’appétit de géants de la high, comme l’a démontré le rachat en mars de Mobileye pour 15,3 milliards de dollars par Intel, dans la conduite automobile assistée. Pour tirer parti de l’expertise locale, 350 centres de R&D ont émergé entre Tel Aviv et Jérusalem, dont ceux de Dassault System, Alcatel, Schneider Electric… Et demain peut-être de leaders français de l’agri ou l’agro ? Après Unigrains le mois dernier, c’est une délégation de représentants de Tereos, Agrial, InVivo ou encore Soufflet qui foulera dans quelques jours le sol israélien, en compagnie de Business France.

Gaëlle Fleitour, à Tel Aviv et Jérusalem

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