En images : Le terminal méthanier de Dunkerque, le chantier aux multiples exploits

Le terminal méthanier de Dunkerque (Nord), construit et opéré par Dunkerque LNG, devrait entrer en service fin 2015. D’ores et déjà, il est possible de voir quelques-uns des records du troisième chantier de France avec ses réservoirs géants, son puits immense, son tunnel creusé sous la mer du Nord... Reportage, en images.

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En France, les trois plus importants chantiers en cours, en matière d’investissements, concernent l’énergie. Le premier est le réacteur Iter à Saint-Paul-lez-Durance (Bouches-du-Rhône), un projet international de démonstrateur de fusion nucléaire. Le deuxième — Hexagone oblige — concerne aussi le nucléaire : le réacteur EPR en construction à Flamanville (Manche). Quant au troisième, il s’agit du terminal méthanier de Dunkerque. Etonnant ! Ce chantier met à l’honneur le gaz, qui est pourtant l’un des grands oubliés de la transition énergétique à la française.

Construit par Dunkerque LNG, coentreprise d’EDF (65%), du belge Fluxys (25%) et de Total (10%), sa fonction est d’accueillir les bateaux méthaniers remplis de gaz naturel liquéfié (GNL). Le terminal décharge le gaz, le stocke sous forme liquide et le gazéifie pour l’injecter sur les réseaux français et belge puis, par le jeu des interconnexions, dans toute l’Europe de l’Ouest. "Le terminal pourra fournir l’équivalent de 20 % de la consommation annuelle de la France et de la Belgique", explique Marc Girard, président de Dunkerque LNG.

Ce chantier accumule les premières et les records. Réussite la plus évidente : les trois immenses réservoirs de 50 mètres de haut, qui occupe 6 000 mètres carrés au sol et affiche un volume de 190 000 mètres cubes. Ce sont les plus grands d’Europe. Dans chacun d’entre eux, l’Arc de Triomphe tiendrait. L’enceinte compte quatre "couches" : un conteneur qui accueille le gaz liquéfié à -162°C, un mètre d’isolants dont la perlite, une chemise (ou "liner") de sécurité en cas de fuite et une enceinte de béton de 80 centimètres. Ensemble, elles assurent l’isolation thermique du réservoir. Elles peuvent aussi résister à des agressions extérieures comme le crash direct d’un avion léger.

Tout en haut, des dizaines d’ouvriers s’activent à monter les ultimes tubes et pompes dans un véritable labyrinthe d’acier. Les hommes de multiples corps de métiers (soudeurs, électrotechniciens, mécaniciens, etc.) ne sont qu’un échantillon des 1 800 travailleurs présents sur le site, issus de 80 sous-traitants environ.

Une autre partie du chantier se déroule à 40 mètres sous le niveau de la mer, en bas du plus profond puits d’Europe. Il s’enfonce à 50 mètres pour 16 mètres de diamètre. Tout au fond, deux voies de chemin de fer s’engagent dans un étroit tunnel. Il serpente sur cinq kilomètres sous la mer du Nord pour arriver sous la centrale nucléaire de Gravelines où tournent six réacteurs. Le tunnel permettra d’amener l’eau chauffée par les réacteurs jusqu’au terminal. A 20°C en myenne, elle permettra de gazéifier le GNL. Avantage : d’importantes économies d’énergies et l’absence de rejet d’eau chaude aux abords de Gravelines.

La marge d’erreur pour arriver sous la centrale était de 10 centimètres. Les ingénieurs et opérateurs ont parfaitement réussi leur coup. Mais ce ne fut pas sans difficulté. Le tunnelier, baptisé Joséphine la Peule (du nom d’une géante du Nord), a subi une grave avarie à mi-chemin. La roue de creusement a cassé, ce qui a immobilisé cette partie du chantier pendant près de huit mois. Inédit, il a été décidé de creuser une galerie secondaire pour remonter les 80 mètres du tunnelier et le réparer (une première au monde). Aujourd’hui Joséphine repose au bout du tunnel où elle a creusé sa propre sépulture.

L’ensemble du terminal méthanier recouvre 56 hectares… dont 20 hectares gagnés sur la mer (en haut de la photo ci-dessus), un autre chantier pharaonique mené, cette fois-ci, par le port de Dunkerque. Cette décision a été prise pour préserver des zones naturelles. Par ailleurs, Dunkerque LNG a accepté des travaux environnementaux compensatoires comme l’aménagement, sur 20 hectares à Gravelines, d’une vaste retenue d’eau artificielle pour permettre la nidification d’oiseaux migrateurs.

La jetée est désormais prête pour accueillir les plus grands méthaniers du monde, d’une capacité de 270 000 mètres cubes de capacité. Un seul d’entre eux peut remplir un réservoir et demi ! Deux navires seront déchargés par semaine. Chaque bateau demande un jour et demi d’opérations, dont une demi-journée uniquement dédiée à l’amarrage. Cinq bras articulés géants pompent le contenu des cales. "Le premier méthanier arrivera à l’automne. Un ou deux autres suivront pour tester les installations. Puis fin 2015, débuteront les opérations commerciales", assure Marc Girard.

Ludovic Dupin (texte) et Pascal Guittet (photos), à Dunkerque

1 Commentaire

En images : Le terminal méthanier de Dunkerque, le chantier aux multiples exploits

Docteur Oliv
18/04/2015 11h:01

Superbe article et photos démonstratives
Auriez-vous une carte (jusqu'à GRAVELINES) ou un plan pour qu'on se rende mieux compte de la taille du chantier

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