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L'Usine de l'Energie

[En vidéo] Au Cap Sicié, la vie sous-marine reprend ses droits

Olivier Cognasse , ,

Publié le , mis à jour le 28/05/2018 À 10H27

Images Dans le Var, le projet Remora a permis de faire revivre la faune sous-marine au Cap Sicié en implantant des récifs artificiels. L'ultime étape d’un combat de quarante ans contre la pollution des eaux usées, qui s'est traduit vingt ans plus tard par une station d’épuration intégrée au site.

[En vidéo] Au Cap Sicié, la vie sous-marine reprend ses droits
La biodiversité renaît au large du Cap Sicié.
© Veolia

"La première plongée pour l’immersion des récifs artificiels a eu lieu en 2015 au Cap Sicié (Var). A l’époque, il y avait du sable et une eau claire", se rappelle Emmanuel Plessis, directeur du développement de Veolia Provence-Méditerranée. Le projet Remora, destiné à recréer de la biodiversité là où elle a été détruite par la négligences de l'homme, a été lancé en 2011 à l’initiative de la fondation Veolia, de l’Agence de l’eau Rhône-Méditerranée-Corse et de l’institut océanographique Paul Ricard. "C’est un mélange de béton, fibres plastiques et ferraille", explique Pierre Boissery, expert en eaux côtières et littoral méditerranéen à l’Agence de l’eau Rhône-Méditerranée-Corse.


Passer à la phase industrielle

Un an après la mise en place des récifs pour recoloniser les fonds marins à 15 mètres de fond, en "2016, on a constaté lors d’une plongée un début de colonisation avec le retour de filtreurs et algues, raconte Emmanuel Plessis. La plongée de cette année est extrêmement réconfortante. Nous avons vu une chaîne trophique complète avec des espèces témoins du bon équilibre, que ce soient des anémones, des étoiles de mer, des oursins, des bans de sardines juvéniles... Maintenant, nous allons passer en mode industriel, c’est-à-dire à grande échelle: de 360 m² à 3 000 m². Chez Veolia, nous menons des recherches pour accélérer la reconquête de la biodiversité." Un investissement qui devrait atteindre 1 million d’euros dans sa phase industrielle.

L’eau des égouts était jetée directement à la mer

Mais il y a quarante ans, ce n’était pas le même paysage sous-marin qui attendait les plongeurs. Nardo Vicente, biologiste marin français, responsable scientifique de l'Institut océanographique Paul Ricard depuis 1973, lançait un cri d’alarme après avoir plongé dans les eaux nauséabondes du Cap Sicié, près de Toulon en 1978. "Une plaque de plusieurs hectares et d’une profondeur d’un demi-mètre flottait sous ce paysage idyllique", raconte le plongeur aujourd’hui âgé de 82 ans.

La cause : les eaux des égouts des sept communes de l’agglomération de Toulon ouest, dont la Seyne-sur-Mer, étaient rejetées directement en mer. A l’époque, le cri de Nardo Vicente n’était pas entendu par les élus, à commencer par le maire de Toulon de l’époque, Maurice Arreckx (1959-1985) qui le prenait pour un illuminé, mais avait refusé l'invitation à plonger pour vérifier les dégats sur place.

Après un tunnel 007

L’usine de traitement des eaux usées, exploitée par Veolia depuis son origine, est posée sur la roche dans une crique. De la mer, elle est à peine visible. Pour respecter les contraintes environnementales, il a fallu penser un projet architectural qui rende le bâtiment très discret, et qui utilise les matériaux naturels locaux tout en préservant la végétation environnante. Pourtant, il s’agit d’une station d’épuration qui traite 50 000 m3 d’eaux usées par jour et elle peut même en absorber le double. Pour l’atteindre depuis la côte très accidentée, il faut emprunter un tunnel de 1,1 kilomètre sur une seule voie qui débouche sur cette structure imposante posée contre les roches. Un air de James Bond déboulant chez le docteur No.

Trente-huit personnes travaillent sur ce site dirigé par Véronique Hocquet, responsable des usines pour la Provence-Méditerranée Ouest. "L’usine a été construite en deux étapes, avec en 1997 la mise en service de la première tranche pour le traitement physico-chimique. Une unité de traitement biologique a été ouverte en 2002, avec des filtres à base de matériaux volcaniques qui fixent les bactéries qui se nourrissent de la pollution." Elle élimine par exemple 95% du paracétamol.

Une eau pure rejetée en mer

Dans l’usine, une odeur pestilentielle envahit par moment nos narines. Les eaux usées, à leur arrivée, traversent des dégrilleurs qui arrêtent les corps flottants et les déchets. Ensuite, quatre bassins permettent de déposer au fond les sables et graviers qui sont évacués, tandis que les graisses sont émulsionnées avec une injection d’air, puis collectées en surface de traitement.

Etape suivante : les particules fines en suspension dans l’eau sont rassemblées en flocons grâce à l’action d’un coagulant. Ces flocons sont entrainés par leur poids au fond d’un bassin décanteur. Les boues sont alors évacuées vers des centrifugeuses, puis vers le four Pyrofluid, technologie brevetée qui assure la combustion de 2,2 tonnes de boues sèches par heure. Les fumées sont enfin filtrées pour éliminer les gaz acides (Hcl et SO2) et les oxydes d’azote (NOx). L’eau continue, quant à elle, son parcours par une filtration biologique, avant de rejoindre la mer.

Un projet pour la transition énergétique

Veolia a un projet pour récupérer l’énergie du four qui brûle les boues, dont 30 % proviennent d’autres sites non équipés. Cette usine est très gourmande en électricité et ce projet permettrait de réduire la consommation de 30 à 40%. "C’est un démonstrateur de transition énergétique. Aujourd’hui, en France, 98% des chauffages urbains, du traitement des déchets et des stations d’épuration sont conçus sans efficience énergétique. En Allemagne, la moitié des stations d’épuration produisent du biogaz", précise-t-on chez Veolia. Prévu initialement pour le prochain appel d’offres en 2023, ce projet pourrait voir le jour un peu plus tôt.

de gauche à droite : Véronique Hoquet, Emmanuel Plessis et Nardo Vicente.

 

Olivier Cognasse, au cap Sicié (Var)

 

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