"En France, nous ne sommes pas à l’abri d’un moratoire type gaz de schiste sur les ressources sous-marines"

 Rémi Galin, chef du bureau de la gestion et de la législation des ressources minérales non-énergétiques, ministère du Développement durable, recense pour L'Usine Nouvelle les projets d'exploration des ressources minières sous-marines dans lesquels la France est présente, et rappelle les freins technologiques, environnementaux et financiers qui séparent encore les industriels de la phase d'exploitation.

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L'Usine Nouvelle - Les recherches s’accélèrent, dans de nombreux pays, sur la faisabilité d’une exploitation des fonds marins. Où en est la France dans ce domaine ?

Rémi Galin - Il y a aujourd’hui trois chantiers sur lesquels la France est engagée : deux dans les eaux internationales, et un troisième dans la zone économique exclusive de Wallis-et-Futuna.

Sur le premier permis accordé par l’Autorité internationale des fonds marins (AIFM) pour l’exploration de nodules polymétalliques, il faut reconnaître que personne n’est prêt à envisager l’exploitation. D’ailleurs, aucun Etat, même pionnier, n’est en mesure aujourd’hui de proposer une mise en exploitation de ce type de champ. Selon nous, les technologies nécessaires ne sont pas disponibles, tant en ce qui concerne le ramassage que la remontée. Et les conditions économiques ne sont pas non plus réunies. Sans parler de l’obstacle environnemental, car l’impact n’est pas encore suffisamment bien connu. Pour la France, le permis d’exploration arrive à échéance, et la question du renouvellement va se poser.

Le second permis, dans l’Atlantique (entre les Açores et l’Amérique), a été délivré à la France par l’AIFM en 2014. Les recherches, pilotées par l’Ifremer, vont se dérouler en trois phases de cinq ans. Nous n’en sommes là qu’à l’identification du milieu, qui est assez proche de celui que nous étudions à Wallis et Futuna.

Ce qui nous amène au troisième permis, dans la zone économique exclusive française, à Wallis et Futuna. Plusieurs campagnes ont été menées, dont l’Ifremer est opérateur en consortium avec Eramet et Technip. Le résultat des investigations est qu’il y a un intérêt à poursuivre l’exploration.

Quelles sont les étapes qui restent à franchir avant d’envisager une exploitation ?

J’en vois encore quatre :

  1. L’obstacle technologique. Personne n’est réellement prêt à précéder à l’abattage de roches massives comme les amas sulfurés, il y a un problème de matériel. Mais cela ne durera pas. Le concours mondial d’innovation lancé par Mme Lauvergeon comprend un volet richesses marines, dont plusieurs projets présentés portent sur les ressources minérales des grands fonds. Il faut régler l’abattage, la remontée des débris, ainsi que tous les instruments de mesure des effets environnementaux.
  2. L’obstacle environnemental. Quel serait l’impact d’une exploitation ? Est-il acceptable ? Comment le suit-on ? Avec quelles mesures ? Même une entrée en exploitation passera forcément par une phase pilote en grandeur réelle, mais pas à taille économique.
  3. L’obstacle financier. Les dépenses de recherche de nouveaux gisements suivent la pente des cours des matières premières. La situation de baisse actuelle repousse sans doute l’intérêt d’exploiter ces ressources. On continue à trouver des gisements à terre, même si les plus faciles à exploiter et les plus rentables sont en train de s’épuiser. Mais ce n’est qu’un frein, pas un coup d’arrêt, car c’est un sujet de très long terme, où il faut investir au bon moment pour être prêt le jour où l’exploitation démarrera. Ce qui ne sera certainement pas avant 2025. Sur le projet Wallis et Futuna, heureusement que les acteurs privés du consortium ont financé les campagnes.
  4. L’acceptabilité sociétale. Tous les ministères travaillent actuellement sur ce programme national d’accès aux grands fonds marins. Quelles opportunités cela représente pour la France ? Quelles sont nos ambitions ? Sur ce point, nous espérons être en mesure d’annoncer des décisions dans trois à quatre mois. Sans doute lors du prochain comité interministériel de la mer. Pour ce qui est du contexte franco-français, je ne garantis pas que nous ne nous passerons pas de ça, comme dans le gaz de schiste. Il faut évaluer les retombées pour le territoire, y compris une éventuelle fiscalité de l’exploration. Il y a les fruits de l’exploitation elle-même, mais aussi l’aspect industriel : qui développera des solutions adaptées ? Qui aura en catalogue la foreuse du fond des mers nécessaire pour aller chercher ces ressources ? Notre démarche doit tenir compte de tous ces sujets.

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