En France, le géant Monsanto veut tourner la page OGM

Désireux d’améliorer son image, le géant des semences a organisé une conférence de presse pour afficher ses ambitions dans l’Hexagone. Et tenter de faire oublier le sujet des OGM. Qu’il dit avoir abandonné en Europe. A contrecœur.

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En France, le géant Monsanto veut tourner la page OGM

Ne lui parlez plus de chimie. Monsanto est une entreprise aujourd'hui focalisée à 100% sur "l’agriculture durable". Qui ne vise plus à poursuivre coûte que coûte le développement d’OGM en France. C’est le message délivré en substance, le mardi 17 juin, par les dirigeants français du semencier américain (14,86 milliards de dollars de chiffre d'affaires en 2013, en hausse de 10%), dont la France constitue la principale filiale européenne. Un pays incontournable, car premier producteur de semences sur le Vieux Continent.

Présent sur 25% des terres cultivables françaises

La France accueille 11 sites de R&D et de production de Monsanto, et bénéficie actuellement de 137 millions d’euros d’investissements industriels (dont plusieurs dizaines de millions annoncés récemment à Peyrehorade, dans les Landes et à Trèbes, dans l’Aude, dans le cadre d’un plan européen décennal d’environ 500 millions d’euros.

Monsanto a de hautes ambitions en France, insiste Catherine Lamboley, présidente de Monsanto France : "Nous sommes présents sur 25% des terres cultivables françaises." Cette présence repose sur ses trois activités : les semences de grandes cultures (maïs, colza), qui représentent 60% de son chiffre d'affaires ; la protection des cultures avec des désherbants et des fongicides (30% de l’activité) ; les semences potagères (tomates, salades…) pour le marché frais ou l’industrie.

Les péripéties de son maïs transgénique dans l’Hexagone

Le sujet des OGM noircit toujours le tableau pour le premier producteur mondial en la matière. Monsanto veut se débarrasser de la mauvaise réputation qui lui colle à la peau dans l’Hexagone, où le sujet ne passe toujours pas.

D’où les péripéties rencontrées par son maïs transgénique MON810, suspendu puis autorisé, avant qu’une proposition de loi n’ait été adoptée par les députés le 15 avril pour interdire la culture d’OGM. "C’est une perte de compétitivité pour l’agriculture française", déplore Catherine Lamboley.

Une décision européenne qui passe mal

Résultat, Monsanto a dû revoir sa stratégie. "Nous n’avons pas l’intention de fournir des semences OGM aux agriculteurs français et européens dans les années à venir, annonce Yann Fichet, directeur des affaires institutionnelles. Nous ne nous désinvestissons pas de cette technologie (…) Nous continuerons de la proposer dans les régions du monde où le contexte politique et réglementaire est neutre ou favorable, et où la réglementation s’appuie sur la science." Yann Fichet épingle la récente décision européenne de laisser la possibilité aux Etats membres de refuser à leur guise la culture d’OGM sur leur territoire . Elle intervient alors que "les OGM sont cultivés sur 175 millions d’hectares dans le monde, évalués par toutes les agences sanitaires, sans qu’il n’y ait jamais eu aucun problème scientifiquement documenté".

Mais il tempère son impact pour Monsanto : "Cela ne change pas grand-chose pour nous dans l’immédiat, car nous avions pris la décision de retirer tous les dossiers de demande de culture que nous avions dans l’Union européenne." Ses semences OGM continueront d’être vendues dans une trentaine d’autres pays - Argentine, Brésil, Etats-Unis… Pour ne pas se fermer de portes en France, le groupe rappelle que la moitié de sa R&D est dirigée vers des technologies non OGM. Monsanto travaille sur les biotechnologies et les outils génétiques, mais aussi sur les produits de biocontrôle, qui utilisent des micro-organismes naturels, sur l’agriculture de précision, avec des semoirs intelligents s’adaptant à la cartographie du champ. Ou encore sur les big data, afin de mettre au point des outils d’aide à la décision pour les agriculteurs, en tirant parti de l’analyse des données climatiques et des informations liées à leurs parcelles.

Gaëlle Fleitour

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