En France, le commerce équitable veut se restreindre à l'agriculture biologique

La Plateforme pour le commerce équitable rappelle les vertus de ce mode d’échanges, connu pour son flux Sud-Nord mais qui peut également fonctionner entre acteurs du Nord. Mais les actions engagées envers la filière agricole française sont réservées aux exploitations converties au bio. Un choix discutable.

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En France, le commerce équitable veut se restreindre à l'agriculture biologique

A l’occasion de la quinzaine du commerce équitable, la Plateforme pour le commerce équitable a engagé des recherches sur l’impact d’une meilleure rémunération des producteurs au Nord. "Pour la première fois, nous intégrons le commerce équitable Nord-Nord dans nos études. Des démarches existent en France, par exemple par l’intermédiaire des magasins spécialisés Biocoop qui souhaitent soutenir le travail des producteurs locaux", indique sa déléguée générale Julie Stoll.

Baptisée "Ensemble, solidaires du producteur au consommateur", cette initiative vise à répondre à des critères de transparence (origine des matières premières, conditions de fabrication), de qualité (selon un cahier des charges fixé par l’enseigne) et de solidarité (d’après les principes du commerce équitable).

Le commerce équitable Nord-Nord sera bio ou ne sera pas

"Le commerce équitable est une vraie réponse aux problèmes de rémunération des producteurs français", explique Julie Stoll à L’Usine Nouvelle. Visiblement, pas pour tous les producteurs. Car si la plateforme, qui regroupe une trentaine d’organisations, souhaite résolument développer son activité sur les échanges Nord-Nord, elle n’envisage de le faire que dans une démarche orientée vers l’agriculture biologique."Travailler avec des acteurs de l’agriculture conventionnelle rendrait difficile à justifier le surcoût induit par le commerce équitable", justifie Julie Stoll.

En 2015, sur les 663,8 millions d’euros de ventes de produits issus du commerce équitable en France (+17,5%), la part du commerce équitable Nord-Nord s’est élevée à 106 millions d’euros, soit un sixième.

Mais seulement 75,9% des produits issus du commerce équitable commercialisés en France sont biologiques, et les magasins bio représentent 22,6% des ventes. Cette démarche ne constitue donc pas un passage obligé pour les entreprises, rappelle l’un des pionniers du commerce équitable, le label Max Havelaar. "Même si la conversion au bio n’est pas obligatoire dès la certification, les producteurs du commerce équitable sont incités à introduire progressivement ces méthodes", explique l’association sur son site internet.

Pourquoi ne pas envisager une agriculture vertueuse hors label biologique ? Un étiquetage différencié indiquant clairement chaque vertu du produit – circuit court, équitable, biologique, etc - laisserait au consommateur la capacité de choisir ses mobilisations, et leur éventuel surcoût.

Les organisations environnementales en première ligne

"Bien que nos efforts soient très orientés vers le Sud, nous avons engagé des discussions avec des organisations environnementales et avec le réseau InPact pour les agricultures alternatives", précise pour sa part Julie Stoll, qui revendique le fait de privilégier ces acteurs. La fédération des filières agricoles et agroalimentaires Coop de France a néanmoins été associée à la démarche, "mais elle suit le dossier de loin".

Fin 2015, 4,9% de la surface agricole utile française était engagée en agriculture biologique (+17% sur un an). Les exploitations bovines de grandes cultures et de maraîchage figurent parmi celles qui sont le plus engagées dans ce mouvement de conversion.

Or, des initiatives en faveur de la protection de l’environnement et du bien-être animal existent aussi en agriculture conventionnelle. Ces acteurs ne mériteraient-ils pas, eux aussi, de voir leur travail mieux rémunéré ?

Franck Stassi

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