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L'Usine de l'Energie

En France, General Electric mal armé pour survivre à la transition énergétique

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Enquête Sur ses marchés de l’énergie, General Electric doit s’adapter. Même dans les renouvelables, il doit faire preuve de souplesse.

En France, General Electric mal armé pour survivre à la transition énergétique

Début octobre, l’intersyndicale française de GE Power attendait toujours un rendez-vous avec le Premier ministre, Édouard Philippe. En juin, John Flannery, le PDG de General Electric, a annoncé que son groupe ne créerait pas les 1 000 emplois nets promis en France. Et Alstom va quitter les trois coentreprises développées avec GE en 2015 pour sécuriser en France les activités nucléaires, les renouvelables et les réseaux électriques.

Les syndicats veulent donc un nouvel accord entre GE et le gouvernement. Ils craignent que la France, protégée jusqu’à la fin 2018 contre le plan de suppression de 12 000 postes dans le monde annoncé en ­novembre 2017, ne soit à son tour touchée dès 2019. L’analyse des marchés mondiaux de l’énergie ne leur donne pas tort. Le recentrage de GE sur l’aviation, les énergies thermiques et réseaux ("Power" chez GE) et les renouvelables n’est pas très rassurant. Il n’est pas sûr que la France en tire parti.

Dans l’activité Power, aucun marché n’est réellement en croissance. Si les grandes centrales à gaz continueront à jouer un rôle dans la transition énergétique, les investissements de nouvelles capacités de production dans le monde vont majoritairement (plus de 70 %) aux renouvelables. Et la transition des centrales à charbon vers d’autres à gaz met beaucoup de temps à s’opérer. Résultat, le marché s’est effondré à une centaine de turbines à gaz par an, pour des capacités de production de 400 machines. GE a réduit massivement la voilure industrielle. Et mise sur sa turbine haut de gamme 9HA, dans laquelle il a investi 100 millions d’euros. Développée en partie en France, à Belfort (Territoire de Belfort), elle affiche une efficacité record de 62,22 %. Encore faut-il la vendre…

Un carnet de commandes dans le nucléaire rempli

Côté charbon, malgré la transition énergétique et l’arrêt annoncé des financements des grandes banques et fonds d’investissement, il existe un marché mondial pour de nouvelles centrales, notamment en Inde. Depuis la France, GE n’est pas le mieux placé pour en profiter. En consortium, Alstom Power et GE Power ont néanmoins décroché un ultime contrat européen de 1,43 milliard d’euros, celui de la méga-centrale à charbon de 1 gigawatt (GW) à Ostroleka, en Pologne. Mais les commanditaires, les entreprises publiques polonaises Enea et Energa, rencontreraient des problèmes pour la financer.

Le salut de l’activité de production de grosses turbines à vapeur de GE en France, héritage de l’acquisition d’Alstom en 2015, viendrait désormais quasiment exclusivement du nucléaire. "C’est un marché stable sur dix ans, avec 12 GW de commandes par an dans le monde", observe Corinne de Bilbao, la PDG de GE France. Le carnet de commandes de GE s’est rempli avec la signature de deux turbines Arabelle de 1 950 mégawatts pour les EPR d’EDF à Hinkley Point C, au Royaume-Uni, et de sept tranches nucléaires avec la coentreprise russe d’Alstom. Reste que le nucléaire se contracte au profit des énergies renouvelables. L’Agence internationale de l’énergie atomique envisage même un recul de 10 % d’ici à 2030. Heureusement, les activités de services et les contrats de maintenance à vingt ou trente ans liés à la vente de ces grandes centrales thermiques assurent l’essentiel du revenu de GE dans l’énergie et la rentabilité de son activité Power.

En acquérant Alstom, GE a aussi mis la main sur une activité d’équipements et de services pour le réseau électrique. Cette activité pèse 5,1 milliards de dollars pour le groupe "dans un marché stable", assure Corinne de Bilbao. C’est la France qui accueille le siège mondial de GE pour cette activité. Pourtant, Alstom se désengageant de la coentreprise Grid Solutions, GE reste seul maître à bord. "Cela ne change pas la gestion opérationnelle, déjà assurée par GE", prévient la PDG de GE France. Mais la transition énergétique change la donne. "La demande d’électricité est en forte croissance dans le monde, mais on y répond de plus en plus avec des capacités de production décentralisée", observe Emmanuel Fages, analyste énergie chez Roland Berger. GE n’est pas positionné sur ce marché des smart grids et de la distribution. "C’est une granulométrie de projets qui est un peu trop fine pour le groupe", confie Jérôme Pécresse, le PDG de GE Renewable Energy.

Fragilité dans les renouvelables en France

Les renouvelables constituent le levier de croissance de GE dans l’énergie. Si le siège mondial de cette activité se trouve à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), rien ne dit que la France sera favorisée. L’éolien terrestre, implanté industriellement aux États-Unis, tire l’activité au niveau mondial. L’éolien offshore [lire ci-dessus] reste un marché où GE doit faire ses preuves. Pour l’hydro, dont le siège mondial se situe à Paris et celui de l’ingénierie à Grenoble (Isère), le centre de gravité industriel s’est déporté en Chine, dans l’usine de Tianjin. GE a lancé un plan de 293 suppressions de postes à Grenoble cette année. Dans ces conditions, même si le gouvernement français voulait engager des pourparlers avec GE, ses moyens de pression seraient ténus. Pour Patrice Pujol, délégué CFDT, l’État pourrait s’appuyer sur des contrats de maintenance et de fourniture d’équipements nucléaires à EDF pour négocier un nouvel accord. En pleine discussion avec EDF sur la réduction de la part du nucléaire dans le mix électrique, c’est un levier plus que délicat à manœuvrer.

La "belle histoire" de l’éolien en mer

Ne pas s’y tromper. Si Nantes (Loire-Atlantique) est bien le centre mondial de GE Offshore Wind, "sur l’éolien en mer, nous sommes challenger ", reconnaît Jérôme Pécresse, le PDG de GE Renewable Energy. Mais il s’imagine "en acteur significatif, lors de l’installation éventuelle des champs d’EDF en France et lorsque l’on commencera à installer notre éolienne de 12?MW, dont un prototype sera installé début 2019 pour une certification fin 2019". Héritage de l’acquisition d’Alstom en 2015, l’éolien en mer n’est encore qu’un pari risqué. GE n’a installé que 74 éoliennes Haliade 150-6 MW d’Alstom, dont les nacelles et les alternateurs sont fabriqués à Saint-Nazaire : 5 aux États-Unis, 3 en Chine et 66 dans le projet Merkur de 396?MW en mer du Nord. L’usine de Saint-Nazaire, qui a livré les dernières turbines de Merkur en août, est dans l’attente des projets français, qui portent sur 238 unités, et n’a plus que les deux prototypes Haliade-X de 12?MW en construction. Elle a compté jusqu’à 420 personnes, mais "n’a pu reconduire 300 intérimaires à cause de ce creux de charge". Afin de respecter l’engagement d’Alstom de créer 1 000 emplois en France dans l’éolien en mer, GE a choisi d’implanter une usine à Cherbourg (Manche), où sa filiale LM Wind Power fabriquera les pales de son éolienne géante. "La 6 MW est devenue un peu petite pour le marché européen, qui demande du 8 et du 9 MW. Nous passons directement à 12 MW", explique Jérôme Pécresse. C’est "un signe d’engagement massif de GE sur l’éolien en mer".

 

 

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