"En France, BKW souhaite devenir un opérateur hydraulique significatif"

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Entretien En janvier 2011, l'électricien suisse BKW remportait l'appel d'offres pour acquérir quatre centrales hydroélectriques du groupe sidérurgique Ascometal, près de Chambéry. Au cours de l'été, l'État a posé son veto au transfert de concessions. Bien que motivée techniquement, la décision du gouvernement a été jugée patriotique par de nombreux observateurs. Samuel Leupold, directeur international de BKW, ne renonce pas pour autant à l'Hexagone. Son groupe participera au renouvellement des concessions de 5 000 MW hydrauliques en France.

En France, BKW souhaite devenir un opérateur hydraulique significatif © D.R.

L'Usine Nouvelle - Comment réagissez-vous au veto du gouvernement français qui vous empêche de bénéficier de l'appel d'offres remporté par BKW en janvier 2010 ?
Samuel Leupold - Nous n'avons pas été échaudés par cette histoire, qui n'est pas encore totalement terminée. Cet appel d'offres remporté est avant tout encourageant. Il y a eu un véritable processus compétitif et notre offre sociale a été considérée comme la meilleure. Le veto de l'État nous montre qu'il nous reste du travail à faire. Mais comme l'appel d'offres pour le renouvellement des concessions hydrauliques n'est pas pour tout de suite, nous allons avoir le temps de bien comprendre le contexte et le processus français. Au moins, cet épisode a permis de nous rendre visible et crédible en France.

Quelles sont vos ambitions sur le marché français ?
Nous n'allons pas conquérir tout le marché français, mais nous souhaitons être un opérateur hydraulique significatif. Nous ambitionnons une puissance de 300 MW et de bénéficier de la mise en place du marché de capacité en France dans le cadre de la loi NOME (Ndlr : l'obligation pour les opérateurs de posséder des capacités production pour répondre aux pics de consommation). Pour cela, nous allons suivre de près la mise en place du marché de capacité et l'ouverture des concessions hydrauliques. C'est dans les détails de cette organisation que se dessinera la rentabilité de notre modèle économique.

BKW est un acteur de taille modeste. Êtes-vous vraiment en mesure d'être compétitif face aux géants EDF, GDF Suez, Eon et Vattenfall ?
En ce qui concerne le savoir-faire, je ne m'inquiète pas. Notre expérience est ancienne. L'un de nos atouts est notre état financier. Beaucoup de nos grands concurrents ont un endettement important et ont annoncé des plans de restructuration. Ceci va limiter leur capacité d'investissement. De notre côté, notre ration d'endettement est seulement de 16 %, ce qui nous laisse une importante liberté d'action.

De plus, nous croyons en notre ADN suisse qui consiste à avoir un fort ancrage local, à mener nos projets auprès des élus locaux et non seulement dans les salons parisiens. C'est ainsi que l'on a une véritable conscience des enjeux économiques, sociaux et environnementaux.

En suisse, BKW opère la centrale nucléaire de Mühleberg (789 MW). Le gouvernement Suisse a annoncé sa volonté de sortir du nucléaire d'ici 2034. Quelles seront les conséquences pour votre groupe ?
Nous sommes toujours très favorables au nucléaire. Le gouvernement a fait une annonce mais, en Suisse, ce que dit le gouvernement n'est qu'une opinion. Au final, c'est la population qui prendra la décision définitive. Or, nous avons confiance dans les Suisses pour prendre une décision sage. Trois ans après Tchernobyl, un référendum avait été organisé dans le pays. Les habitants s'étaient prononcés en faveur de l'atome.

Propos recueillis par Ludovic Dupin

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1 commentaire

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07/09/2011 - 22h00 -

Tout d’abord il ne s’agissait pas d’un renouvellement de concession au sens des concessions que l’Etat annonce vouloir soumettre à la concurrence lors de leur renouvellement mais d'un transfert de concessionnaire. A ma connaissance le patrimoine d'Ascométal comprend deux chutes concédées :
- Haut Veyton / Le Carre (encore appelé Pinsot Veyton) sur le Veyton (affluent rive droite du Breda)
- Les Moulins (sur le Breda)
Mais également une chute au fil de l'eau dite Pinsot Breda qui est une chute autorisée antérieurement à la loi de 1919 ... mais que l'administration a oublié de dénoncer avant le 16 octobre 1984 (75 ans après la loi de 1919) ce qui fait que son autorisation cours jusqu'au 16 octobre 2024 aux conditions antérieures ... + 30 ans de rab ! .... C’est sûr que nos amis Suisses ne sont pas habitués à un tel laxisme !

Cette dernière chute aurait pu être vendue à BKW ... mais d'une part ce n'est pas la plus « juteuse » et, d'autre part, elle a le grave défaut de partager le même bâtiment avec la Chute Pinsot-Veyton.
Dans la procédure suivi BKW a du d’abord convaincre Ascometal de valider sa proposition financière en vue du transfert de la concession : il n’a alors était question ni de la redevance à donner à l’Etat, ni encore moins d’environnement, ces problèmes ne se posant qu’au renouvellement de ces deux concessions dans quelques dizaines d’années.
En ce qui concerne les concessions et d’après un expert « Ascométal étant concessionnaire intégralement autoconsommateur dispose de concessions dont l'unique objet est l'auto consommation par le concessionnaire.
BKW sollicite ces concessions uniquement pour revendre l'énergie.
BKW ne peut donc être envoyé en concession pour des titres réservés à l'autoconsommation.
La mise en concurrence pour un tel transfert n'a donc pas lieu d'être puisqu'un tel transfert est impossible.
Il eut fallu que BKW obtienne d'abord qu'Ascométal transforme par avenant (lequel exclut toute idée de mise en concurrence) l'objet de sa concession (revente d'énergie), toujours au profit d'Ascométal et qu'ensuite Ascométal offre ses concessions à BKW, moyennant mise en concurrence »
En ce qui concerne les renouvellements de concession en cours et l’appel à la concurrence qui les accompagne, la prise en compte de l'environnement est effectivement annoncée comme un critère parmi d'autres présidant au choix du futur concessionnaire. Cependant quand il faudra choisir entre un peu plus de production ou un peu plus de débit réservé, ou un peu moins d'éclusées et une perturbation un peu moins grande d'un milieu naturel ... là le choix se fera dans le secret des cabinets ministériels avec les pressions que l'on peut imaginer vu les rentes que représentent ces aménagements. Que ceux qui trouveraient ces propos exagérés regardent ce qui s'est passé lors de l'attribution de la première concession soumise à concurrence : la concession de la Séveraisse (05) où l'on ne peut pas dire que l'environnement sorte gagnant ! A ma connaissance l'Etat n'a même pas daigné expliquer publiquement son choix ... un peu comme s'il en avait honte...c'est tout dire et cela ne présage rien de bon pour la suite... au moins en ce qui concerne le milieu naturel. C'est vrai que l'on est habitué à voir l'environnement naturel jouer le rôle de variable d'ajustement ... c'est comme cela que 50% des masses d'eau en France risquent de ne pas atteindre le bon état voulu par la Directive cadre Européenne dans le domaine de l'eau par suite de perturbations hydromorphologiques i.e. touchant aux débits et aux transports solides ... deux paramètres directement impactés par l'hydroélectricité grande ou petite.
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