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L'Usine Agro

En Europe, la vie (presque) sans OGM

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L’Europe, qui a inventé la transgénèse, est vent debout contre la culture d’OGM, suscitant l’exil de ses industriels. Mais continue à en importer.

En Europe, la vie (presque) sans OGM
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© La fronde anti-OGM et de nouvelles interdictions de culture poussent les industriels à s’installer hors de l’Europe.

Elle serait née à mi-chemin entre la France et la Belgique. Au début des années 1980, des chercheurs inventent la transgénèse, qui consiste à introduire dans le génome d’une espèce végétale un gène étranger provenant d’un autre organisme. Et à lui offrir des propriétés rêvées : se protéger d’un insecte, résister à la sécheresse… Avec la manipulation génétique, une révolution s’amorce. Première puissance agricole d’Europe et exportatrice mondiale de semences, la France espère démultiplier les rendements de ses plants et répondre aux défis du siècle : nourrir une planète à la population toujours plus nombreuse. Trente ans plus tard, le « miracle OGM » a bien eu lieu… mais pas chez nous. Un seul OGM est actuellement cultivé en Europe : le maïs MON810 de Monsanto, résistant aux principaux insectes nuisibles.

19 pays réfractaires

La culture et la commercialisation des OGM sont encadrées par une directive européenne. Dès qu’ils contiennent plus de 0,9 % d’OGM, les aliments doivent être étiquetés comme tels. Les États membres peuvent désormais interdire la culture d’un nouveau produit sur leur territoire avant même qu’il ne soit évalué par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa), puis autorisé ou non par la Commission européenne. En octobre, la France et 18 pays représentant les deux tiers de la population de l’Union européenne et de ses terres arables ont demandé à exclure de leur territoire les neuf maïs transgéniques (conçus par Monsanto, Pioneer et Syngenta) en attente d’autorisation. Si l’Angleterre ne cache pas sa volonté d’adopter cette culture, cinq États (Espagne, Portugal, République tchèque, Slovaquie et Roumanie) détonnent en cultivant des OGM, même si leurs parcelles ont diminué de 18 % l’an dernier.

Pourquoi une telle fronde, alors que les scientifiques de l’Efsa soutiennent que « les OGM ne présentent pas de risque pour l’environnement et la santé » ? Les citoyens européens n’ont jamais été assez informés sur cette technologie. « Les techniques de modification des génomes par addition de séquence d’ADN ne présentent en elles-mêmes aucun risque ! », assure Alain Deshayes, ancien directeur de recherche de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) et président de l’Association française des biotechnologies végétales. Les industriels dénoncent, eux, « le poison de l’amalgame ». Pour le chimiste américain Dow, « certains mouvements ont greffé leurs idéologies sur les craintes » de risques sanitaires dans la foulée de crises médiatisées, comme la vache folle ou le lait chinois enrichi à la mélamine.

Le refus des OGM « n’est pas dogmatique, réplique Anaïs Fourest, de Greenpeace. Nous ne sommes pas opposés à ce que les chercheurs et semenciers fassent des tests, mais en milieu confiné. Et en dehors des garanties réglementaires, il y a la réalité des marchés et les considérations politiques. Il y a plusieurs années, une pomme de terre de BASF a été autorisée, mais jamais cultivée car personne n’en voulait ». Faute de débouchés, trois OGM ont été abandonnés en Europe par leurs fabricants. « L’Union est la seule zone à avoir résisté aux grands semenciers qui avaient pourtant dépensé beaucoup d’argent et d’énergie en lobbying depuis une quinzaine d’années, estime Mathieu Dublanchy, responsable de missions du cabinet de stratégie Alcimed. Ils préfèrent désormais capitaliser sur d’autres zones et les sécuriser, car il existe un risque de contagion de la vision européenne à d’autres pays. » En 2012, le géant de la chimie BASF a carrément déplacé le siège de son activité transgénique d’Allemagne vers la Caroline du Nord. Tandis que Monsanto retirait les sept dossiers de maïs, soja et betterave transgéniques qu’il avait en cours sur le Vieux Continent, où il ne vend quasiment plus que des semences conventionnelles.

Même les français ont pris la route de l’exil ! Premier semencier hexagonal et quatrième mondial, Limagrain avait pourtant démarré dès 1985 son activité OGM, jugée stratégique. Il investit toujours, notamment dans une coentreprise avec l’allemand KWS. Il vend aux États-Unis, où il affirme être numéro?trois du marché, mais aussi en Amérique du Sud, en Asie et en Afrique. « Nous conservons en France des structures de recherche, mais nous avons déplacé en Amérique nos essais en champ, reconnaît Alain Toppan, le directeur du développement des OGM du groupe coopératif. C’était la seule solution pour pouvoir avancer. » Bien que François Hollande estime stratégique de maintenir une recherche dans ce domaine, les principaux organismes scientifiques publics (CNRS, Inserm…) dénoncent la difficulté de travailler depuis le traumatisme de Colmar. En 2010, des « faucheurs volontaires » avaient détruit des vignes OGM expérimentales de l’Inra.

Pas de mesure de l’impact environnemental

Les industriels ont aussi eu leur lot de plants d’expérimentation mis à sac, « alors qu’ils avaient donné de très bons résultats et qu’il y avait une demande », assure Yann Fichet, le directeur France des affaires institutionnelles et industrielles de Monsanto. Depuis 1996 qu’elles sont cultivées et commercialisées, les plantes OGM « n’ont provoqué aucune des catastrophes annoncées par certains, tant pour l’environnement que pour la santé humaine ou animale », jure Alain Deshayes. « Comment le savoir, répond Anaïs Fourest, alors qu’on ne s’est jamais donné les moyens de mesurer les effets à long terme des OGM via des études indépendantes ? Dans les quelques régions du monde où ils sont consommés, il n’y a ni étiquetage ni traçabilité ! » Certains ont même atterri dans des champs non OGM, voire dans des cultures biologiques, aux États-Unis et au Mexique. Ces semences sont essentielles pour aider l’Europe à réduire sa consommation de pesticides, assure l’industrie, notamment les toxiques insecticides. Pourtant, les mêmes agrochimistes ont créé en parallèle des produits transgéniques tolérants aux herbicides, comme le Roundup Ready de Monsanto. Faisant ainsi exploser les ventes de leurs propres herbicides, même s’ils sont utilisés à moindres doses…

Un cheptel élevé aux OGM

Paradoxalement, ces produits dont le Vieux Continent dit ne pas vouloir… il les importe ! Chaque année, 30?millions de tonnes de maïs et soja transgéniques franchiraient nos frontières pour alimenter nos animaux d’élevage, nourris à 80 % aux OGM, moins chers et palliant un manque d’autosuffisance en protéines végétales. Soixante-huit OGM disposent ainsi d’une autorisation pour être importés en Europe, que les États membres ne peuvent pas bloquer en amont. Et l’étiquetage des aliments issus de ces animaux n’est toujours pas obligatoire. Mais le vent tourne. La demande pour des produits sans OGM grimpe, observe-t-on à Coop de France nutrition animale. Dès lors, on comprend mieux pourquoi les agrochimistes et les semenciers se ruent vers une nouvelle génération de techniques génétiques de sélection variétale, comme ­Crispr-Cas9 [lire page 36]. Officiellement non OGM… 

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