En discussionLE CASSE-TÊTE BUDGÉTAIRE D'ALAIN JUPPÉLe Premier ministre doit financer son plan emploi sans faire déraper les déficits publics. Les marges de manoeuvre sont étroites.

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LE CASSE-TÊTE BUDGÉTAIRE D'ALAIN JUPPÉ

Le Premier ministre doit financer son plan emploi sans faire déraper les déficits publics. Les marges de manoeuvre sont étroites.



Difficile équation que le gouvernement d'Alain Juppé doit résoudre: d'un côté, il doit donner suite aux promesses de l'ex-candidat Jacques Chirac à l'élection présidentielle et financer les diverses mesures d'allègements de charges prévues dans le cadre des mesures pour l'emploi (CIE, CAE); de l'autre, il entend bien revenir dans les "étiages" de déficit public fixés par le traité de Maastricht: à savoir 3 % du PIB attendu fin 1998. C'est en tout cas ce que soulignent les lettres de cadrage budgétaire que le Premier ministre a envoyées la semaine dernière aux membres de son gouvernement: les dépenses de fonctionnement courant, hors rémunération du personnel, devront baisser de 8% en 1996 par rapport à cette année, et les dépenses d'interventions publiques (emplois, logements, concours aux entreprises nationales, RMI...) régresser de 15%. Sur ce premier poste, qui représente un peu plus de 660milliards de francs pour 1995, les économies à réaliser sont évaluées à 16milliards. Mais, sur le second (417milliards), les prévisions d'économies, compte tenu de la diversité des dépenses, sont plus difficiles à évaluer. Les experts de l'Hôtel Matignon découvrent que les marges de manoeuvre ne sont pas si larges que prévues. Ils révisent déjà à la baisse les prévisions de recettes issues des opérations de privatisation (40milliards de francs, contre 55milliards initialement). Celles-ci serviront à éponger la dette de l'Etat (2900milliards de francs) et à recapitaliser les entreprises publiques. Et les recettes fiscales pourraient rentrer plus difficilement. Résultat: le déficit 1995 pourrait avoisiner 340 à 350milliards de francs, contre 275milliards prévus dans la loi de finance initiale. Le critère de Maastricht est bien loin! Cet objectif européen est maintenu, mais ne doit pas venir contaminer la croissance par une dose de "prélèvements massifs obligatoires", fait-on observer à Matignon. Mais, en plus de la hausse de la TVA, un relèvement de l'impôt sur les grandes fortunes est envisagé. Enfin, côté dépenses, l'allègement de charges à destination des PME ne sera sans doute pas aussi massif que prévu, mais concentré sur les petites entreprises de main-d'oeuvre. Ce qui ne réjouit pas les industriels, qui craignent une distorsion de concurrence et s'inquiètent de mesures - en particulier dans le textile - qui compenseraient à peine la hausse du Smic. Le CNPF tente d'ailleurs de renverser la vapeur en faisant montre de sa bonne volonté: 120000embauches pourraient être réalisées en échange de nouvelles aides. Sera-t-il entendu par le gouvernement? Réponse le 28 juin au plus tard à l'occasion de la présentation du collectif budgétaire en Conseil des ministres. P. A.

USINE NOUVELLE N°2507

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