En crise, le monde laitier est passé des quotas au chaos

Les instruments de régulation des marchés, parmi lesquels les quotas laitiers, ont été peu à peu démantelés ces dernières années.

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Le 1er avril dernier, l’Europe agricole célébrait la fin des quotas laitiers. Institués en 1984 à l’initiative de Michel Rocard, l’instrument – des quotas de production par pays – visait alors à lutter contre l’effet pervers des prix garantis mis en place par Bruxelles, qui avaient mené à de vastes surproductions dans l’Union européenne.

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En 2014, le lait était cher

Trente ans plus tard, plus besoin de ces outils : la demande mondiale, portée par une insolente croissance chinoise, est au beau fixe, et les prix du lait grimpent en 2014 à des niveaux jamais atteints. L’Europe laitière a le moral, les entreprises et les producteurs investissent en masse : les tours de séchage fleurissent dans les campagnes pour produire des poudres de lait en direction de la Chine. Nos voisins européens - notamment irlandais - ont fait de même, certains allant jusqu’à dépasser allègrement leur quotas de production, quitte à payer des amendes, tellement les prix rémunérateurs incitaient à produire !

Les quelques voix qui se sont alors élevées, en France et en Europe, pour s’inquiéter de la disparition des quotas laitiers, ont été noyées dans cette vague d’optimisme.

la morosité de la demande mondiale

Et voilà que cinq mois plus tard, le contexte a changé du tout au tout : la production mondiale a continué d’augmenter (en Europe, aux Etats-Unis et surtout en Nouvelle-Zélande, qui fait la pluie et le beau temps sur les marchés laitiers) alors que la demande chinoise a marqué un sérieux coup d’arrêt (les achats de poudre de lait ont été divisées par deux !). Sans compter que les tensions diplomatiques avec Vladimir Poutine ont fermé à de nombreux produits alimentaires européens – et notamment les produits laitiers - le débouché russe.

Certes ce retour de bâton est assez exceptionnel. Mais tous les experts des marchés mondiaux des produits laitiers (poudre, beurre, cheddar) le savent : ces marchés ont été de tous temps cycliques, avec des variations de cours importantes créant des "effets ciseaux" difficiles à encaisser pour les producteurs (le prix des aliments étant souvent déconnecté). Ils savent aussi que ces évolutions internationales impactent généralement en ricochet les marchés intérieurs des produits dits de consommations (lait, fromage, produits frais …), et qu’elles touchent tous les producteurs.

Seulement cinq mois après la fin des quotas, on se retrouve avec une situation de surproduction et le monde agricole qui réclame le soutien de Bruxelles. Sauf que voilà, une bonne partie des instruments de régulation de la Politique Agricole Commune (PAC) à destination de ces marchés ont été peu à peu démantelés sous la pression d’une grande vague libérale ces dix dernières années.

Patrick Déniel

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