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L'Usine Auto

En cas d’accident, qui du piéton ou du passager la voiture autonome doit-elle sacrifier?

Julie Thoin-Bousquié , , , ,

Publié le

Une étude publiée dans Nature liste les choix moraux de millions de citoyens en cas d’accident impliquant un véhicule autonome. Une manière d’inciter Etats et industriels à s’emparer des questions éthiques pour améliorer l’acceptation de cette technologie.

En cas d’accident, qui du piéton ou du passager la voiture autonome doit-elle sacrifier?
La plupart des personnes ayant répondu aux scénarios d'accidents impliquant des véhicules autonomes établis par des chercheurs privilégient les situations dans lesquelles le plus grand nombre de personnes sont sauvées.
© U.S. DOT

Les véhicules autonomes circulent désormais sur nos routes. Mais soudain, tout dérape. L’un d’eux ne parvient plus à contrôler sa trajectoire. A l’intérieur, deux couples âgés et un chien. Sur le passage piéton, une femme enceinte et son enfant, ainsi qu’un homme, un criminel et un sans-abri. Qui de ces deux groupes le véhicule doit-il percuter ? Ce curieux scénario est l’un des nombreux présentés sur le site Moral Machine, mis au point par des chercheurs du Massachusetts Institute of Technology (MIT) et de l’université de Harvard aux Etats-Unis, de l’université de la Colombie-Britannique à Vancouver (Canada) et de l’Ecole d’économie de Toulouse (TSE).

Cette initiative fait suite à une première étude initiée par ces chercheurs en 2016 autour du véhicule autonome, qui remet au goût du jour le fameux dilemme du tramway. En cas d’accident, qui faut-il privilégier, les personnes à bord ou à l’extérieur ? A l’époque, la recherche avait conclu que les personnes sondées privilégiaient le scénario permettant de sauver le plus grand nombre d’individus.

Sauver le plus de monde possible

Un résultat que les scientifiques ont souhaité creuser en lançant leur site internet. "Nous voulions vérifier si ce résultat tenait toujours dans le cas où les potentielles victimes étaient mieux décrites", explique Jean-François Bonnefon, docteur en psychologie cognitive et co-auteur de cette étude.

Grâce à leur site Moral Machine, les chercheurs ont pu compiler en un peu moins de deux ans la bagatelle de 40 millions de décisions, prises par 2,3 millions d’internautes de 233 pays et territoires, en fonction des cas de figure – les territoires français d’Outre-Mer n’étant, par exemple, pas regroupés sous la bannière de la France. 

Les résultats de cette initiative ont été compilés dans une étude publiée mercredi 24 octobre dans la prestigieuse revue Nature. Au total, trois éléments se distinguent nettement, selon Jean-François Bonnefon: "Partout dans le monde, les participants préfèrent sauver le plus grand nombre d’individus, les humains plutôt que les animaux, et les jeunes plutôt que les personnes âgées".

Certains résultats interpellent aussi. Les personnes ne respectant pas les feux-rouges ont par exemple tendance à être plus facilement sacrifiés. Même chose pour les sans-abris au détriment des personnes ayant un plus haut statut social, et les personnes en bonne santé au détriment de celles en surpoids.

"Lancer la discussion"

Une démarche volontaire de la part des chercheurs: "Ces exemples qui permettent de montrer qu’il ne faut pas prendre aveuglément les préférences des gens pour programmer les véhicules, d’autant que le véhicule n’est pas capable de savoir si vous êtes riche ou sans-abri !", explique Jean-François Bonnefon. "C’est au contraire un moyen de lancer la discussion pour les gouvernements souhaitant anticiper les points de friction à venir sur le véhicule autonome".

Pour le chercheur, la promesse du zéro accident brandie par les promoteurs du véhicule autonome apparaît comme intenable. "Je crois vraiment que les véhicules autonomes auront un impact sur la réduction du nombre d’accidents. Mais il y continuera hélas toujours à y en avoir. L’accident d’Uber l’a déjà montré", estime Jean-François Bonnefon. 

Il importe donc, pour ce dernier comme pour ses collègues, de s’investir dès maintenant dans ces questions d’éthique du véhicule autonome… en prenant notamment en compte les préférences de ceux qui monteront à bord de ce nouveau mode de transport. Une manière d’améliorer l’acceptabilité des citoyens pour les industriels qui développent ces solutions et les gouvernements qui les réguleront.

En Allemagne, une commission d'éthique

Certains Etats ont déjà pris à bras-le-corps de ces questions. L’Allemagne fait figure de pionnière en la matière, via la mise en place d’une commission éthique. En 2017, celle-ci a émis une série de recommandations, parmi lesquelles le fait que les systèmes autonomes sont considérés comme un impératif s’ils génèrent moins d’accidents que les conducteurs humains.

Le rapport stipule également que la vie humaine doit être privilégiée sur celle animale, un écho aux résultats de l’étude publiée dans Nature. Mais il y est aussi indiqué que toute discrimination liée par exemple à l’âge doit, en revanche, être exclue en cas d’accident.

"On comprend parfaitement que l’idée de la commission allemande est de couper court à toute dérive possible", rebondit Jean-François Bonnefon. "Mais si les gouvernements vont dans ce sens, ils auront besoin de faire preuve de pédagogie s’ils doivent un jour expliquer pourquoi un enfant a péri dans un accident impliquant une voiture autonome".

Autant de questions qui devraient occuper une place croissante dans les années à venir : pour de nombreux spécialistes, la décennie 2020 risque d’apparaître comme un tournant. Des premiers véhicules permettant de déléguer la conduite (niveau 4) devraient être disponibles à cet horizon, même s’ils ne pourront opérer que dans des zones définies, comme les autoroutes et périphériques.

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