"En Allemagne, le dialogue social est un facteur de compétitivité"

En plein débat sur la compétitivité française et la comparaison avec l’Allemagne, Jörg Hofmann, le dirigeant du syndicat de la métallurgie IG Metall du Bade-Wurtemberg, fait le point sur la situation sociale outre-Rhin, les préoccupations du monde syndical à un an des législatives et remet aussi à la juste place quelques idées reçues sur un modèle social souvent encensé. Autant de sujets qui seront développés lors d’une conférence-débat sur le thème du dialogue social et de la compétitivité des deux cotés du Rhin organisée par la Chambre de commerce franco-allemande AHK en partenariat avec L’Usine Nouvelle le 12 novembre à Paris. Avec la présence notamment de Laurence Parisot du Medef, de Dieter Hundt le patron des patrons allemande et de syndicalistes français et allemands,

Partager

L’Usine Nouvelle - Le Bade-Wurtemberg est un des Länder les plus prospères d’Allemagne. Quelle y est la préoccupation principale des salariés aujourd’hui : l’emploi ou les salaires ?
Jörg Hofmann - Plutôt les salaires car dans notre Land, l’emploi n’est aujourd’hui plus un souci majeur. Le taux de chômage dans le Bade-Wurtemberg est redescendu à 3,9% et même autour de 2% chez les jeunes. Après la Bavière, ce sont les meilleurs chiffres du pays. Ceci étant, on voit fléchir les offres d’emplois depuis peu de temps.

En France, beaucoup pensent que le regain de compétitivité de l’Allemagne est lié aux réformes Schröder-Hartz prises voilà dix ans. C’est votre avis ?
Non les lois Hartz n’ont joué que pour une petite part, surtout à vrai dire en réintégrant dans le marché du travail tous ceux qui reçoivent des allocations sociales. Et par ailleurs cela a eu l’inconvénient de réduire beaucoup les avantages sociaux des salariés!

VOS INDICES

source

logo indice & contations

Le contenu des indices est réservé aux abonnés à L’Usine Nouvelle

Je me connecte Je m'abonne

Selon moi, la bonne situation actuelle de l’emploi, par exemple dans le Bade Wurtemberg résulte non des réformes Hartz mais de l’innovation et de la productivité de l´industrie qui sont secondées efficacement par notre modèle de relations sociales. Ce modèle fait que le patronat et les syndicats partagent le même objectif : le développement de l’entreprise… sans pour autant être d’accord sur tout ! Dans ce cadre, la négociation sociale proche du terrain au niveau de l’entreprise, voire des branches, est essentielle. Par exemple, les mesures sur la flexibilité, sur le travail partiel ou sur la formation qui ont été négociées dans les entreprises pendant la crise de 2009 n’avaient rien à voir avec les lois Hartz ! Mais elles s’appuyaient sur nos principes de dialogue social. Avec le soutien financier aussi du gouvernement fédéral, cela a permis de passer un cap très difficile.

L’Allemagne fait figure de modèle économique et social, vous le comprenez ?
J’ai du mal à percevoir les choses ainsi. Tous les pays ont leur culture et c’est difficile de reproduire ailleurs un modèle qui a ses racines dans notre propre histoire. On ne peut pas faire de "copier coller" ! Mais je pense que certaines de nos pratiques peuvent présenter un intérêt pour d’autres pays comme la co-gestion et surtout l’importance des accords collectifs dans l’entreprise et les branches. C’est possible car nos syndicats comptent des millions d’adhérents. C’est pour cela qu’en Allemagne, le dialogue social est, selon moi, un facteur de compétitivité. Il faut rappeler aussi que chez nous, l’augmentation de productivité s’est accompagnée d’une hausse des salaires.

Avec le rapport Gallois notamment, le débat en France sur la compétitivité est fort , rencontre-t-il un écho en Allemagne ?
Oui car nos deux économie sont très liées. Mais cela s’arrête là car nos systèmes économiques sont différents et la France mène une politique industrielle très centralisée, ce qui n’est pas le cas de l’Allemagne.

Quelle est aujourd’hui la situation de l’emploi et de l’industrie en Allemagne?
Depuis deux ans, l’industrie allemande a connu une forte reprise de l’activité et de l’emploi, notamment dans la métallurgie. Beaucoup d’entreprises se portent bien encore, même si on sent que la croissance n’est plus aussi forte.

Pourtant on reparle de réintroduire le temps partiel dans certaines entreprises…
En fait, certains secteurs souffrent de crises structurelles liées à des surcapacités comme dans l’automobile. Il y a aussi les difficultés des pays du sud de la zone euro comme l’Espagne, l’Italie ou même la France qui pèsent sur nos exportations. De ce fait, dans des entreprises en situation délicate comme MAN ou Opel, on commence effectivement à reparler d’un recours au travail partiel ("kurzarbeit") comme lors de la grande crise de 2009, mais cela reste limité.

Enfin à cela s’ajoute un regrettable manque de décision politique au niveau fédéral qui retarde les investissements dans les entreprises. C’est vrai en Allemagne sur la transition énergétique après la décision de sortie du nucléaire. Et aussi au niveau de l’Union européenne sur les conditions du retour à la croissance dans la zone euro.

Comment la structure du marché du travail a-t-elle évolué ces dernières années ?
Depuis dix ans, et cela s’est accéléré durant la crise, on déplore une hausse des emplois précaires, à temps partiel par exemple. C’est vrai surtout dans les services mais aussi un peu dans l’industrie. Le pari qui fut pris lors de l’adoption de l’Agenda 2010 était que cette classe de salariés précaires et les "minijobs" diminueraient peu à peu grâce à la croissance économique et l’évolution démographique. Mais, en fait, cela n’est pas arrivé. Pour les syndicats, c’est une situation préoccupante.

L’an prochain se tiennent les élections législatives en Allemagne cette question de l’emploi sera-t-elle un des sujets de débats ?
Oui évidemment. Les syndicats défendront des mesures pour améliorer l’accès à l’emploi en contrat à durée indéterminée pour tous. C’est un sujet important de politique économique car l’augmentation du travail précaire pèse sur le financement des assurances sociales. Nous voulons aussi négocier de nouvelles règles concernant les contrats à durée déterminée. Ainsi aujourd’hui, les intérimaires gagnent beaucoup moins que les salariés permanents. C’est injuste et cela incite certaines entreprises à faire de la sous-traitance auprès d’entreprises employant des intérimaires.

Dans l’industrie, il y a une question particulière : celle des pénuries d’emplois qualifiés liée notamment au choc démographique ?
Il y a des solutions connues comme le recours à l’immigration ou à l’automatisation. IG Metall propose d’agir aussi sur d’autres leviers. Il faut surtout pousser les qualifications et la formation professionnelle. On doit aussi encourager le travail des femmes en garantissant une place de crèche pour chaque enfant et aussi trouver les conditions adéquates pour assurer l’emploi des salariés au-delà de 60 ans dans l’industrie.

Vous voulez améliorer aussi le système d’apprentissage ?
L’apprentissage est une des bases de notre système de formation professionnelle et aussi du succès de l’industrie allemande. Avec les partenaires sociaux, nous tomberons d´accord cette année je pense pour que les apprentis bénéficient de contrats à durée indéterminée à l’issue de leur apprentissage.

Autre sujet, il faut rendre plus facile l’accès à l’apprentissage par des programmes permettant aux jeunes de trouver des postes. Nous voudrions aussi qu’il soit plus aisé de reprendre des études supérieures après l’apprentissage, cela permettra à la fois accompagner les besoins en personnel très qualifiés de l’industrie et faciliter le développement de carrière des salariés.

En théorie c’est possible, mais il faut améliorer nos accords collectifs sur ce point et mieux y intégrer les universités dans le système d’alternance. Cela passe par une négociation entre les syndicats, le patronat, l’enseignement supérieur, les Länder et dans une certaine mesure l’Etat fédéral.

S'inscrire à la conférence-débat sur « Le dialogue social : un facteur de compétitivité ?"

Cette manifestation est organisée par la Chambre franco-allemande de commerce et d’industrie (AHK), en partenariat avec L’Usine Nouvelle, avec :

- Dieter Hundt, Président de la confédération du patronat allemand, BDA

- Jörg Hofmann, Délégué général d’IG Metall - Baden-Württemberg

- Laurence Parisot, Présidente du Medef

- Jean-François Pilliard , Délégué Général de l’UIMM

- Marcel Grignard, Secrétaire National de la CFDT

Ce débat se déroulera à Paris, le lundi 12 novembre à la Sorbonne (Grand Salon) à 19h00.

Inscription obligatoire (les lecteurs de L'Usine Nouvelle bénéficient d'un tarif réduit)

Partager

SUJETS ASSOCIÉS
NEWSLETTER Economie Social et management
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.

Recevez directement leurs décryptages et analyses dans votre boîte mail:

Votre demande d’inscription a bien été prise en compte.

L'inscription aux newsletters vaut acceptation des Conditions Générales d'Utilisation. Lire la suite

Votre email est traité par notre titre de presse qui selon le titre appartient, à une des sociétés suivantes du : Groupe Moniteur Nanterre B 403 080 823, IPD Nanterre 490 727 633, Groupe Industrie Service Info (GISI) Nanterre 442 233 417. Cette société ou toutes sociétés du Groupe Infopro Digital pourront l'utiliser afin de vous proposer pour leur compte ou celui de leurs clients, des produits et/ou services utiles à vos activités professionnelles. Pour exercer vos droits, vous y opposer ou pour en savoir plus : Charte des données personnelles.

Fermer
LES ÉVÉNEMENTS L'USINE NOUVELLE

Trophée

TROPHÉES DES USINES 2021

100% digital , live et replay - 27 mai 2021

Gestion industrielle et Production

Déposez votre dossier avant le 26 février pour concourir aux trophées des usines 2021

Conférence

MATINÉE INDUSTRIE DU FUTUR

100% digital , live et replay - 27 mai 2021

Gestion industrielle et Production

Comment rebondir après la crise 2020 et créer des opportunités pour vos usines

Formation

Espace de travail et bien-être des salariés

Classe virtuelle - 01 juin 2021

Services Généraux

Optimiser l’aménagement du bureau

LES SERVICES DE L'USINE NOUVELLE

ARTICLES LES PLUS LUS