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L'Usine Auto

En Allemagne, la méthode Tavares braque Opel

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Analyse Alors que le patron de PSA demande aux salariés d'Opel des efforts sur la productivité et refuse les hausses tarifaires de la branche, le ton se durcit avec les syndicats. Sur le site le moins rentable, à Eisenach, quelque 800 emplois sont menacés.

En Allemagne, la méthode Tavares braque Opel
Sur le site le moins rentable d'Opel, à Eisenach, quelque 800 emplois sont menacés.
© Opel

Il y a un an, lors du rachat d’Opel par PSA, l’heure était à l’optimisme. Après 80 ans passés dans le giron de l’Américain GM sans grandes perspectives, la marque à l’Éclair allait enfin renouer avec les bénéfices et retrouver sa grandeur. Entre temps pourtant, l’ambiance outre-Rhin a radicalement changé. Depuis quelques jours, les méthodes du patron de PSA, Carlos Tavares, ne passent pas et salariés comme politiques déchantent. Certes, les Allemands s’attendaient à un redressement difficile. Comme le rappelle l’hebdomadaire économique Wirtschaftswoche, "le chef de PSA ne fait pas grand cas de la cogestion syndicale. C’est bien grâce à des accords d’efficacité et à la suppression de 30 000 emplois depuis 2011 qu’il a redressé son propre groupe en quelques années".

Rien pour les sites allemands

Mais c’est la publication du futur plan d’investissement et de production de PSA qui a mis le feu aux poudres. Si plusieurs sites européens en France et en Pologne sont cités, ceux situés en Allemagne sont absents. "L’objectif de la direction reste clairement d’investir dans les sites allemands et d’introduire de nouveaux modèles, a réagi un porte-parole d’Opel. Mais une condition préalable pour y parvenir est de créer une structure compétitive." Autrement dit, selon sa méthode de mise en concurrence des sites, PSA n’affectera de nouveaux investissements que si les conditions d’efficacité sont réunies. Parmi elles, le groupe français demande aux syndicats de renoncer à l’augmentation salariale de 4,3 % prévue dans les accords de branche. "Un chantage", selon les mots du négociateur d’IG Metall, Berthold Huber.

Pourtant, la comparaison entre la rentabilité des groupes ne plaide pas en faveur des Allemands. "Si l’on regarde les données de productivité, le problème d’Opel est net, analyse Ferdinand Dudenhöffer, expert automobile à l’université de Duisbourg. Les deux constructeurs ont des gammes et des structures assez similaires. Pourtant, un employé d’Opel assemble en moyenne 30 voitures par an, contre 35 chez PSA. Si Opel avait la même productivité que PSA, il faudrait 5 000 employés de moins." De son côté, le nouveau directeur général d’Opel, Michael Lohscheller, a lui aussi admis la situation : "Certains de nos sites coûtent deux fois plus chers que ceux de PSA." Le groupe français entend donc réduire drastiquement les coûts de production, de 700 euros par véhicule, en réorganisant la production et en coupant les coûts salariaux de 30 %.

L’usine d’Eisenach pas assez rentable

Sur les trois sites allemands d’Opel – Rüsselheim, Kaiserlautern et Eisenach – c’est ce dernier qui est le plus en danger. Situé en Thuringe, dans l’est du pays, le site produit les Corsa et les Adam, mais les lignes inaugurées dans les années 90 ne correspondent plus aux standards de productivité actuels. Il se murmure donc que PSA pourrait privilégier le site le plus moderne de Rüsselheim, qui produit l’Insignia et la Zafira, et celui de Kaiserlautern spécialisé dans les composants. L’usine d’Eisenach ne pourrait au contraire conserver qu’un seul modèle, le Grandland, tandis que la Corsa serait déplacée en Espagne. "Il ne resterait donc plus qu’une production de 70 000 SUV par an, contre 180 000 véhicules actuellement", s’insurge Berthold Huber. "Cela risque encore d’aggraver la rentabilité d’Eisenach", ajoute Ferdinand Dudenhöffer, qui redoute une fermeture totale du site dans le futur.

De son côté, le syndicat IG Metall estime que cette manœuvre pourrait entraîner la suppression directe de 800 postes, sur un totale de 1 800. Et ce n’est qu’un début. Au total, selon le président de conseil d’entreprise d’Opel, Wolfgang Schäfer-Klug, les plans de réduction des effectifs de PSA afin de renouer avec la rentabilité d’ici à 2020 porterait dans tout le pays sur 3 700 emplois. Un chiffre qualifié de "spéculation" par la maison-mère. Pour l’heure, pour éviter les licenciements secs, comme le prévoient les garanties données lors du rachat, la réduction des effectifs se base sur des départs volontaires. Or, signe de la grande tension qui règne chez les salariés, l’hémorragie a dépassé toutes les prévisions. Au point que le plan a dû être gelé la semaine dernière. D'après les estimations du comité d’entreprise, plus de 2 000 salariés déjà ont en effet déposé un dossier et près de 2 000 autres seraient sur le point de le faire. "C’est un véritable mouvement de fuite", s’alarme Wolfgang Schäfer-Klug.

Beaucoup de salariés ont un sentiment de déjà-vu et craignent de revivre les années d’errements qu’ils ont connues sous la direction GM, entre fermetures d’usine et efforts salariaux pour maintenir l’entreprise à flots.

A Berlin, Gwénaëlle Deboutte

 

 

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