L'Usine Auto

"En 2013, PSA sera toujours dans un état critique"

Pauline Ducamp , , ,

Publié le

Entretien Le groupe français continue de perdre beaucoup d’argent. Emmanuel Bulle, senior director, chez Fitch Ratings, prévoit une année 2013 vermillon.

En 2013, PSA sera toujours dans un état critique © D.R. - PSA

L’Usine Nouvelle - PSA a-t-il résolu les problèmes de cash qui minent le groupe depuis 2011 ?
Emmanuel Bulle - En 2012, grâce à la cession de différents actifs (immobiliers, Gefco), le constructeur a réussi à combler sa consommation de cash opérationnel de l’année. Il devrait présenter un free cash-flow stable. Mais en 2013, la question se reposera, PSA enregistrera encore de grosses consommations de cash, supérieures à un milliard d’euros. Et s’il ne vend rien, la situation va devenir très délicate.

Combien de temps PSA peut-il tenir dans cette situation ?
Le problème du cash est compliqué car il s’accélère chaque année. A la fin 2012,  PSA devrait disposer de près de 7 milliards d’euros de cash brut au bilan pour la partie industrielle et près d’un milliard d’euros pour ses activités financières, soit près de 8 milliards d’euros pour le groupe.

Mais les marges de trésorerie baissent car il faut continuer à payer les employés, les matières premières. En consommant un milliard à un milliard et demi d’euros par an, au bout de 2 à 3 ans, ça ne tiendra plus, sachant que le free cash-flow après dividendes était déjà négatif de près de 2 milliards d’euros en 2011. A court terme, PSA pourrait vendre le solde de Gefco ou céder des parts dans Faurecia. L’année prochaine, PSA sera dans un état critique.

Pourquoi 2013 s’annonce si compliquée ?
Le gros du plan social et de la réorganisation industrielle aura lieu en 2013. PSA va donc devoir sortir beaucoup de cash, pour payer les départs. Or le marché européen va rester atone et le groupe ne va pas gagner d’argent (ou très peu) au Brésil ou en Russie.

Quand on perd 200 millions d’euros de cash par mois, comme l’annonce PSA, c’est que les revenus sont insuffisants pour couvrir les charges. D’une part, les ventes de voitures baissent, et d’autre part, la marge moyenne par véhicule diminue (primes, rabais divers, etc.) Cette combinaison fatale se retrouve particulièrement en Europe qui reste le principal marché de PSA.

Le plan social et l’Alliance avec General Motors peuvent-ils tout de même aider PSA ?
Les 8 000 suppressions de postes règlent des problèmes à long terme. A court terme, ce sont des coûts. On les jugera positives si le groupe passe l’orage de 2013/2014, une fois payé le plan de restructuration. Quant à l’Alliance, mettre deux malades dans le même lit n’a jamais donné une personne saine.

General Motors réalise des volumes de ventes élevés mais n’a pas récupéré les marges d’avant la crise. Ils avaient besoin de s’allier à d’autres. Idem pour PSA : le groupe ne peut s’en sortir sans un partenaire. A ce rythme-là, soit c’était la faillite d’ici deux à trois ans, soit les dirigeants essayaient quelque chose pour s’en sortir. Ils n’avaient rien à perdre.

Combien de temps donnez-vous à PSA avant de dégrader une nouvelle fois sa note ?
Nous attendons de voir comment se développe la situation en 2013 et les perspectives pour 2014. La note de PSA est sous perspective négative pour les 12 prochains mois. Si le plan de restructuration se met bien en place, que le groupe avance, il n’y aura pas de nouvelle dégradation. En revanche, si nous prévoyons que 2014 ne sera pas la dernière année de cash-flow négatif, ce sera plus compliqué.

Réagir à cet article

Testez L'Usine Nouvelle en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Les entreprises qui font l'actu

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte