EMPLOIBIEN UTILISER L'INTÉRIMAvec les commandes, l'intérim repart. Sous la pression de leurs clients, les professionnels offrent de nouveaux services. Aux clients de bien les utiliser et d'éviter les pièges d'une formule qui s'est sophistiquée.

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EMPLOI

BIEN UTILISER L'INTÉRIM

Avec les commandes, l'intérim repart. Sous la pression de leurs clients, les professionnels offrent de nouveaux services. Aux clients de bien les utiliser et d'éviter les pièges d'une formule qui s'est sophistiquée.



Avec une progression de +40% du nombre de contrats conclus entre octobre 1993 et octobre 1994, et une augmentation record de 56% du nombre d'heures sous-traitées sur la même période, l'intérim redémarre. Il s'agit d'une reprise conjoncturelle, qu'on pourrait presque qualifier de "naturelle" tant les cycles de l'intérim "collent" aux reprises d'activité, voire les anticipent. Mais elle masque aussi une transformation structurelle de ce marché. D'abord parce que l'intérim, s'il contribue banalement à soutenir les coups de feu de la production, devient un véritable outil de flexibilité dans la gestion des ressources humaines et la répartition des tâches de l'entreprise. Ensuite, parce qu'il se mue pour partie en un sas à l'embauche. Près de 30% des recours à la formule préfigurent un contrat définitif. Durant l'année écoulée, un quart des 175000 emplois créés l'ont été grâce à lui. Enfin sorti de sa pesante image de "négrier" parce qu'il est bien installé dans la grande entreprise - parfois trop, car cela comporte des risques -, mieux connu des PMI, l'intérim vient encore de franchir un pas dans la conquête de sa légitimité. L'accord de partenariat conclu tout récemment avec l'ANPE par les deux syndicats de la profession, le Promatt et l'Unett, lui permet en effet d'enrichir ses fichiers. A charge, pour les entreprises de travail temporaire, de faciliter les parcours d'insertion des chômeurs.

Les nouvelles missions

Répondre aux aléas de la production

Quand les Laboratoires Roche Nicholas, près d'Annemasse, souscrivent à une commande massive de comprimés effervescents à destination des pays de l'ex-Union soviétique, ou quand ils remplacent au pied levé le "pharmacien" de l'entreprise, seul garant du respect des procédures pharmaceutiques au regard de la loi, ils font appel à l'intérim. Certes, les exigences en termes de qualification ou de délais d'intervention ne sont pas les mêmes. Pour soutenir le surcroît de production, Jean-Paul Morisset, directeur des ressources humaines, demandera des opérateurs du jour au lendemain. Et, si possible, des intérimaires qu'il connaît déjà. En revanche, il acceptera de patienter plusieurs jours pour accueillir un pharmacien diplômé. Confrontée à de tels à-coups d'activité, ou aux imprévus de l'absentéisme, préocccupée de maintenir ses efforts de productivité et de satisfaire son client "juste-à-temps", l'entreprise ne dédaigne plus de s'adresser régulièrement aux entreprises de travail temporaire, qu'elle charge dorénavant du volant flexible de sa main-d'oeuvre. "C'est notre métier de base que de recruter et de gérer du personnel que nous déléguons auprès des entreprises utilisatrices", souligne François Vassard, directeur du marketing chez le leader français Ecco. La liste des recours aux entreprises d'intérim ne cesse de s'étoffer. En gros, pour 60% d'entre eux, ils concernent des ajustements saisonniers classiques, comme la fabrication de chocolats pour les fêtes de fin d'année ou les campagnes pour les crèmes solaires d'avant l'été, les surcroîts de production, comme ceux imposés aux équipementier automobiles l'an passé, le bouclage anticipé de projets innovants qui nécessite le renfort de techniciens ou d'ingénieurs dans les bureaux d'études, les déménagements de sites, ou les simples remplacements. Pour 20%, ils s'appliquent à la gestion du personnel non permanent, comme les jobs d'été ou les travaux de récolte des betteraves... Les 20% restants, enfin, s'apparentent à de véritables périodes d'essai, pour des postes où l'intérim précède de plus en plus souvent la formule du contrat à durée déterminée, avant l'intégration définitive. Car, en manque de visibilité sur ses marchés, l'entreprise embauche peu afin d'éviter d'imposer, par la suite, un chômage technique aux effets traumatisants pour les salariés dans les ateliers. C'est du moins l'avis de Lirio Cubas, le directeur des ressources humaines de Solectron (700salariés), fabricant de composants électroniques près de Bordeaux, qui utilise l'intérim comme un outil d'ajustement. "Quand nous devons doubler notre production en deux mois, jouer sur la modulation horaire entre les creux et les pics de production ne suffit plus". Face à la "noblesse" des recours aux CDD, au temps partiel ou à la flexibilité horaire, l'intérim trouve donc maintenant une place de choix. Au point que, à Annecy-le-Vieux, le fabricant de fixations de ski Salomon, pourtant engagé, pour plus de souplesse, dans une procédure d'annualisation du temps de travail, se réserve toujours un volant d'une trentaine d'intérimaires pour les contrats courts de trois mois. Sélectionner pour les postes complexes

Aucun doute, la société d'intérim est jugée sur pièces. L'excellence de ses recrutements reste "le" critère déterminant de son efficacité. Car ce que l'entreprise veut, c'est qu'on lui facilite la vie! D'autant plus que son environnement s'est profondément modifié. Le terme même de personnel "non qualifié" - la moitié du personnel intérimaire - a changé de sens face à l'évolution des postes de travail sur les lignes de montage ou de conditionnement. Aujourd'hui, il implique des connaissances techniques, même basiques, une aisance dans le comportement, une réelle capacité d'adaptation, l'aptitude à la polyvalence, le gôut du travail bien fait... Toutes choses mille fois dites et écrites, mais qui se vérifient pourtant sur le terrain.

Des logiciels adaptés

Ce souci, doublé d'une exigence en termes de facilité de gestion du personnel temporaire, oblige les ETT (entreprises de travail temporaires) à connaître, à balayer et à déceler les réelles connaissances, théoriques et pratiques, des candidats à l'intérim. Et qu'ils soient diplômés bac+5, chimistes de haute volée scientifique ou ouvriers P1 ou P2 ne change rien à l'affaire. D'ailleurs, "plutôt que d'avoir quelqu'un à renvoyer", l'entreprise utilisatrice se donne le droit de vérifier les CV. Comme le pratique Tech Atlan, parfois en mal de techniciens dessinateurs-projeteurs pour les bâtiments clés en main qu'elle conçoit dans ses bureaux de Saint-Nazaire. Du coup, en plus des vérifications indispensables sur le sérieux des intérimaires, les utilisateurs réclament des profils affinés, enrichis de toutes les informations possibles. Grâce à son logiciel maison, Référence, Ecco est capable de croiser toutes sortes de paramètres: de la détention d'un permis de conduire à la capacité à câbler des fils électriques. Et Manpower a développé un outil, Ultradex, capable de mesurer la dextérité des futurs opérateurs.Autre prestation devenue incontournable, la formation des intérimaires, que l'ETT assume seule (auquel cas ce service devient un argument commercial), ou qu'elle partage avec ses clients. Certes, elle y est tenue par la loi, qui impose un minimum légal de 2,2% de la masse salariale. Mais c'est grâce à elle que les Chantiers de l'Atlantique dénichent facilement leurs soudeurs intérimaires agréés, capables de travailler sur des canalisations aux pressions spécifiques. Que le spécialiste de la VPC Quelle emploie des conseillères téléphoniques sensibilisées aux relations avec la clientèle. Ou bien encore que Waterman accueille des intérimaires habiles et astucieux, alors que, selon les bons mots de son responsable emploi-formation, "il n'existe pas de CAP de fabrication de stylos".

Epauler l'entreprise dans des opérations d'insertion

De la formation à l'insertion, il n'y a qu'un pas. Et les ETT, qui connaissent de mieux en mieux les publics en difficulté pour en avoir côtoyé beaucoup, n'hésitent plus à répondre aux appels des industriels pour des opérations d'insertion de jeunes non qualifiés ou de chômeurs de longue durée, dans le cadre d'un établissement ou d'un bassin d'emploi. Afin de les soulager d'une gestion administrative complexe ou d'une sélection, toujours délicate à mener.

Quand les ETT montent des contrats de qualification

En témoignent les actions menées pour Renault, en partenariat avec les missions locales et les antennes de l'ANPE, par les sociétés d'interim Intertra à Flins ou Elboeuf Intérim à Cléon. Pour former des jeunes au tout nouveau CAP d'"exploitation d'installations industrielles" dont le constructeur d'automobiles a besoin, les ETT, jouant pleinement leur rôle d'employeurs, montent et financent des contrats de qualification. Les usines, elles, accueillent les stagiaires les deux tiers du temps pour la partie pratique. Restant prêtes, le cas échéant, à embaucher. Dans le même esprit, Ecco propose aux entreprises de bâtiment qui concourent à la réalisation du Grand Stade de La Plaine-Saint-Denis de gérer avec elle son obligation sociale d'insérer une personne en situation précaire pour chaque million de francs de travaux réalisés. Via Emploi 93, qui associe les foyers de jeunes travailleurs du département, elle espère ainsi accompagner le parcours professionnel d'une trentaine de contrats de qualification en 1995.



les chiffres-clÉs

1006 entreprises de travail temporaires (ETT), 3950agences, 14000 salariés permanents.

Un marché de 40milliards de francs.

Une activité répartie pour 52% dans l'industrie, 22% dans le B-TP, 9,5% dans le commerce et le transport, et 16,5% dans les autres services.

Près de 6millions de contrats. Soit 40% des contrats de travail recensés en France.

Une durée moyenne de contrat de deux semaines (mais il peut être renouvelé ou prolongé), en légère

augmentation sur 1988.

130000 établissements utilisateurs.

1,2million de personnes effectuant au moins une mission par an.

Une population d'intérimaires masculine à 70%, qualifiée à 50%, jeune - moins de 25ans - à 45%, et pour les deux tiers en recherche d'insertion.

Entre 20 et 25% d'intérimaires embauchés en fin de mission (s) tous les ans.



C'est la province qui tire le marché. Pénalisée par la stagnation des contrats dans le secteur tertiaire, l'Ile-de-France reste en effet en queue du peloton: +11,8% entre les dix premiers mois de 1993 et les dix premiers de 1994. En revanche, les régions Champagne-Ardenne (+38,2%), peuplée de sous-traitants de l'automobile, et Pays de la Loire (+37,2%), dynamisée par son industrie agro-alimentaire, bénéficient pleinement de la reprise. A noter aussi la remontée de Rhône-Alpes, qui était en fort recul en 1993.



Le premier outil de flexibilité

C'est net! Le recours à l'intérim demeure un réflexe dominant dans l'industrie et le B-TP. Selon la dernière enquête emploi de l'Insee, sur la base de100salariés permanents, le taux de recours des industriels en faveur de l'intérim s'élève à 3,6%, contre 3,3% pour la formule du CDD et 2,2% pour celle du temps partiel. Pour le B-TP, ces chiffres se montent respectivement à 5,4%, 3,9% et 1,5%. De son côté, le ministère du Travail recense régulièrement les effectifs non permanents. Il apparaît que, à la fin de 1993, avec 235000 personnes (équivalents permanents), l'intérim, une fois encore, et malgré une crise sévère, devance largement le CDD, dont les 625000adeptes sont pourtant en accroissement sensible par rapport à l'année

précédente. En revanche, le temps partiel poursuit sa progression régulière, jusqu'à atteindre 1,3million d'équivalents permanents, qui répondent, eux, davantage à des problèmes structurels que conjoncturels.



TRAVAILLER EN VRAI PARTENAIRES



Le marché de l'intérim est avant tout un marché de proximité. Souvent laissé à l'appréciation des directeurs d'usine, qui rythment les cadences, mais en accord avec les chefs d'atelier et les directeurs du personnel, garants de la législation, l'intérim laisse une large place à des relations personnalisées et à la confiance. Ce qui n'empêche pas l'utilisateur de faire jouer la concurrence.

Préparer son acte d'achat en planifiant ses besoins

Depuis quatre ans, les établissements des grands groupes en font l'expérience. L'apparition des acheteurs dans les négociations bouleversent bien des habitudes. A commencer par la multiplicité des appels à l'intérim. Dans un souci de rationalisation, mieux vaut donc planifier ses besoins en amont. C'est possible pour des participations à de grands chantiers, du type Météor (voie souterraine expresse en Ile-de-France), le tunnel sous la Manche ou le Conseil de l'Europe à Strasbourg. Ou pour de grosses commandes, comme les paquebots ou méthaniers actuellement en construction aux Chantiers de l'Atlantique. "Nous savons par exemple que, à un moment donné, nous aurons besoin de cinquante électriciens à la fois pour tirer les câbles sur un paquebot. Et, en dehors des sous-traitants à qui nous confions la réalisation de travaux spécifiques hors de nos métiers (agencement des salons, revêtements de sols, peinture), nous utilisons aussi des intérimaires", explique Guy Sallenave, le directeur des chantiers. Mais on peut aussi planifier les activités saisonnières, ou travailler à l'avance les hypothèses de surcroît de production. Dès lors, l'entreprise peut décider d'une véritable stratégie. D'abord en déterminant son nombre de fournisseurs. Une PMI comme Waterman préfère les services privélégiés d'un seul prestataire pour mieux maîtriser le processus de recrutement et la fidélisation des intérimaires. Mais sous l'influence des services centraux des achats, et de la même manière qu'elles contrôlent leurs sous-traitants, les grandes entreprises réduisent le nombre de leurs fournisseurs. Automobiles Peugeot n'en compte plus aujourd'hui que quatre, contre treize il y a quatre ans. Alors que, avec une dépense annuelle de 50millions de francs pour l'intérim, les Chantiers de l'Atlantique, via leur maison mère GEC-Alsthom, dépendent des accords signés par leur groupe, Alcatel, à un niveau supérieur. Autre évolution notable: les entreprises signent des accords cadres avec les sociétés d'intérim. Pour deux ou trois ans, ceux-ci prévoient les prix, dûment négociés en termes de coefficent multiplicateur, avec le montant des ristournes selon les volumes d'intérimaires employés et la qualité de services attendue. D'autres, comme L'Oréal, se contentent d'indiquer les tarifs à ne pas dépasser. Les établissements restent toutefois maîtres, pour 20 à 25% de leurs activités avec les ETT, de choisir leurs partenaires. Ce qui permet de faire appel à des sociés locales pour des profils très pointus. Ceux des tôliers-formeurs, par exemple, que les usines de Sochaux chercheront plutôt sur leur bassin d'emploi. "Il ne s'agit pas non plus que les soudeurs qui nous donnent satisfaction changent de société d'intérim parce que la leur n'est pas référencée chez nous", souligne Yan Tallec, du service achats des Chantiers de l'Atlantique. Les PMI aussi engagent des cahiers des charges de plus en plus serrés. Waterman exige ainsi que son partenaire s'engage à fournir dans l'année 80% des demandes nominatives d'intérimaires. Alors que, à Bayonne, le spécialiste des cassettes audio et des têtes de lecteur laser Sony fait le point toutes les semaines avec ses trois fournisseurs, et prépare une charte de partenariat.

Copiloter l'insertion des intérimaires

Dès son entrée dans l'usine, et avant de voir quoi que ce soit des laboratoires ou des ateliers, toute nouvelle recrue des Laboratoires Roche-Nicholas visionne un film. Pour y apprendre quoi? L'essentiel. L'essentiel de l'activité de l'entreprise, l'essentiel des consignes d'hygiène et de sécurité, comme le port de la blouse blanche, l'organisation des vestiaires, l'utilisation des badges, l'essentiel des contrôles de la qualité en fabrication, l'essentiel, enfin, des ses droits, en termes d'horaires, de rémunération, de congés. Bref, quinze minutes suffisent pour lui brosser les us et coutumes de l'entreprise! Concoctée par Ecco, partenaire des Laboratoires à Gaillard (Haute-Savoie), cette présentation permet de gagner du temps et d'éviter les erreurs de manipulation, voire des accidents. Consciente de ces enjeux, l'entreprise s'implique aujourd'hui fortement dans la bonne intégration de ses intérimaires. Et c'est avec les sociétés d'intérim que le patron des ateliers et le directeur des ressources humaines décrivent précisément les postes à pourvoir - ainsi de la "carte de l'emploi" élaborée chez Sony à Bayonne - et mettent au point un livret d'accueil en même temps qu'ils sensibilisent leurs salariés. Car le concours de ces derniers demeure indispensable. Notamment pour les opérations de formation aux postes, que les plus expérimentés "tutorisent". C'est un système de parrainage chez Solectron, ou le doublage des postes chez Caugant, une PMI de l'agro-alimentaire en Bretagne. Du coup, bien intégré, et très motivé, le personnel d'appoint peut devenir moteur dans les ateliers ou les bureaux d'études. De toute façon, nombre d'entreprises ont mis en place des grilles d'évaluation des prestations fournies par les ETT, disponibles pour ses utilisateurs internes. Automobiles Peugeot les a généralisées dans toutes ses usines. Et Waterman devrait bientôt sortir une grille "ETQM" permettant d'évaluer chaque mois les relations clients-fournisseurs.

Savoir doser le nombre et la durée

L'affaire est en cours, et n'est certainement pas unique en son genre. Depuis le 6décembre, les syndicats CFDT et CGT de l'usine RVI de Vénissieux ont demandé la "requalification des contrats intérimaires". Autrement dit, l'embauche définitive du personnel précaire, dont ils estiment l'emploi abusif alors que l'entreprise n'a pas achevé son plan social, qui court jusqu'en 1996. Ce n'est pas le seul établissement du groupe Renault qui fait preuve de telles exigences. Au Mans, les syndicats soulignent aussi la présence prolongée des intérimaires dans les usines de montage. Et, dans le contexte du plan social annoncé pour l'année 1995, le comité central d'entreprise vient d'aborder le sujet avec la direction. Il est clair que, en phase de croissance, alors que bon nombre d'entreprises bouclent des suppressions de postes, l'appel massif aux intérimaires fait mauvaise impression. Qu'un effet de seuil peut même rendre désastreuse. 37% d'intérimaires dans les usines de tracteurs du Mans, c'est beaucoup, alors que le taux moyen de recours à l'intérim oscille entre 10 et 15% des effectifs. Surtout si cette main-d'oeuvre s'ajoute à des CDD, à des contrats de qualification et à des apprentis. A l'entreprise, donc, d'équilibrer judicieusement ces différentes formes de recours! En sachant que pérenniser l'intérim, conçu tout de même pour une durée maximale de dix-huit mois (voir encadré ) peut mettre l'entreprise en porte à faux. Particulièrement si, dans un souci louable de fidélisation, ce sont toujours les mêmes qui reviennent!





Salomon fidélise ses intérimaires



D'avril à novembre, ils étaient 500 à venir travailler dans l'usine toute neuve de Rumilly. Chez Salomon, lancé dans la fabrication des skis depuis 1990, les intérimaires accompagnent la montée en puissance des ateliers qui viennent de fabriquer 500 000 paires de skis pour la saison 94-95, contre 70000 il y a quatre ans. Autant dire qu'avec une telle accélération de la production, la fidélisation des saisonniers est un souci majeur pour l'entreprise. La solution? Trouver une autre entreprise à contre-saison, capable d'occuper les intérimaires pendant les creux de l'hiver. Ecco a donc imaginé de démarcher les stations sportives alentours. Et d'en recruter le personnel. Draguant même les préposés aux perches, les loueurs de ski et autres moniteurs jusque dans la vallée de la Maurienne, à 150 kilomètres de là. "Une culture qui se marie bien avec la nôtre. Car ce sont des gens sensiblilisés à nos produits, habiles, autonomes, bricoleurs, capables d'usiner les semelles de ski sans les brûler pour éviter qu'elles ne peluchent. Ce qui joue énormément sur la qualité de la glisse", explique Jacques Guerre-Chaley, responsable de l'unité industrielle ski. Pour cette "opération montagne", Salomon a donc élaboré avec Ecco des tracts et des films de présentation de l'entreprise, et toute une batterie de tests de motivation et de compétences. Au total, après six mois de prospection, sur 600 "montagnards" séduits par le dispositif, 150 seulement ont été retenus. Mais sûrs de retrouver leur place l'année suivante, ils reviennent. Et s'accrochent ! Au point que parmi eux, 50 sont en cours d'embauche définitive.



Durée des missions: ce que dit la loi

L'utilisation du travail temporaire est régie par la loi du 16juillet 1990.

Si ce cadre légal reconnaît l'intérim comme un outil approprié de renfort, de relais ou de remplacement du personnel permanent, il n'en délimite pas moins la durée des missions, qu'il conditionne totalement aux motifs du recours.

Neuf mois maximum, en cas d'attente de l'arrivée d'un salarié recruté à durée indéterminée, ou aux fins de réaliser des travaux urgents pour impératifs de sécurité, la durée maximale est de .

Dix-huit mois, en cas d'accroissement temporaire d'activité, de renfort pour exécuter une tâche occasionnelle "non durable", de remplacement d'un salarié absent ou en suspension de contrat, mais aussi pour des emplois saisonniers ou pour des emplois "d'usage constant".

Vingt-quatre mois, en cas de remplacement d'un salarié parti définitivement avant la suppression de son poste, pour des missions effectuées à l'étranger, ou en cas de commande exceptionnelle à l'exportation "nécessitant des moyens exorbitants". On peut aussi conclure un contrat sans terme précis mais avec une duré minimale dans les cas suivants: remplacer un salarié, attendre une nouvelle recrue, pourvoir un emploi saisonnier.



Sony invite les sociétés d'intérim



Constater de visu ! Ce pourrait être la devise des établissements de Sony à Bayonne, qui n'ont pas hésité à ouvrir leurs ateliers aux agences d'intérim locales qui sont leurs partenaires. Car soucieuse de dresser, sur papier, une carte des emplois susceptibles d'intéresser, un jour ou l'autre, des intérimaires, l'entreprise a voulu que le tableau soit complet, palpable. Elle a donc permis à ses interlocuteurs de voir, toucher, sentir l'environnement de travail des futurs saisonniers. Dans l'unité de têtes de lecture laser, par exemple, les visiteurs ont pu réaliser combien les opérateurs travaillent sur du petit calibre. Celui des composant électroniques qu'assemblent automatiquement les machines sous la conduite des opérateurs, ou celui de composants cousins qu'ajustent une main-d'oeuvre plus qualifiée sur une ligne de process. "Dès lors, plus besoin de longs discours pour expliquer que nous souhaitons un personnel minutieux, précis, sensibilisé aux aspects qualité. Non plus que pour exposer les dangers réels des postes. Car nous travaillons sur de petits mouvements, extrêmement rapides. Et rien n'est plus facile que de se coincer les doigts dans la zone d'activité des robots", insiste Laurent Miciol, responsable de la production. Du coup, n'ayant plus besoin de décrire par le menu les gestes qu'auront à faire les intérimaires, l'entreprise gagne du temps. Les délais de réponse des sociétés d'intérim s'accélèrent, tandis que Sony reste assurée d'une bonne adaptation aux postes des profils qu'elle réclame. C'est elle qui l'affirme.



Coûts: l'intérim talonne le CDD

Sur la base d'un salaire de 100francs et pour un contrat d'un mois, les coûts totaux d'un contrat d'intérim et d'un contrat à durée déterminée se chiffrent respectivement à 240 et 247francs. Soit un écart de 7francs; et, pour employer les termes du métier, un coefficient mulitiplicateur (rapport du montant de la facture au salaire brut) de 247francs pour la "formule intérimaire". Et ce ne sont pas les charges patronales et les taxes liées au salaire (64francs), ni les congés payés (11francs) qui font la différence. Celle-ci se trouve plutôt du côté des frais de gestion, estimés à 47francs pour le CDD, contre 52francs pour l'intérim, des indemnités de fin de mission, respectivement de 6 et 10francs, des frais d'absentéisme, évalués à 12francs pour le CDD, mais naturellement nuls pour l'intérim, et des bénéfices pour l'ETT évalués à 10francs. Bénéfices qui sont avec les frais de gestion engagés par l'agence d'intérim, les seuls éléments négociables à l'achat. Mais, en faveur de l'intérim, les utilisateurs soulignent aussi l'absence de frais de recrutement.

USINE NOUVELLE N°2485

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