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Quotidien des Usines

Emploi : Ingénieurs télécoms : les moyens pour rebondir

Publié le

De plus en plus touchés par les plans de licenciement, les ingénieurs télécoms ne sont plus en position de force. Pour ne pas rester sur le carreau, il leur faut mettre en avant mobilité, réactivité et capacités d'adaptation.

" Désolé, mais vous avez plus de 35 ans. Vous ne nous intéressez plus. " Au laboratoire de recherche de France Télécom de Lannion (Côtes-d'Armor), on ne s'embarrasse pas de préjugés pour répondre aux demandes des ingénieurs de la région licenciés par Lucent. Un discours aux allures de douche froide pour ces spécialistes des télécoms courtisés de toute part voilà peu, et dédaignés aujourd'hui. Bien sûr, Lannion est une ville particulièrement sinistrée dans le domaine des télécommunications. Pour preuve, les 300 nouvelles suppressions de postes annoncées par Highwave Optical, la semaine dernière. Mais le constat est le même quelle que soit la région. Epargnés jusque-là par les plans de licenciement, les ingénieurs télécoms se sentent désormais menacés. Ericsson va supprimer 191 postes en France, Lucent 550, et Nortel est en train de réduire ses effectifs de moitié dans le monde. A Nantes ou à Lannion, la mobilisation a même été exceptionnellement forte le 20 novembre pour contester les 10 000 suppressions de postes en Europe annoncées par Serge Tchuruk. Ces sites ont beau regrouper en majorité des ingénieurs en recherche- développement, les esprits n'y sont pas plus sereins qu'ailleurs. " La fonction n'est plus du tout protégée. Et puis, aux Etats-Unis, les ingénieurs se font virer comme les autres ", précise Jean-Baptiste Triquet, délégué syndical central CFDT chez Alcatel. L'impact de ce phénomène est largement palpable sur le marché de l'emploi. Selon l'Apec, le nombre d'offres pour les cadres télécoms a chuté de près de 40 % au cours du troisième trimestre 2001 par rapport à l'an dernier. Pour les candidats, la concurrence est plus rude, l'attente plus longue et les salaires revus à la baisse. " Je reçois des candidatures de la part d'ingénieurs de Nortel, de Lucent, d'Ericsson. Ils font parfaitement l'affaire, mais je ne peux pas re- cruter avant février. Quant aux ingénieurs débutants qui réclamaient des salaires bruts annuels de 40 000 euros, voire 43 000, en 1999 et 2000, ils doivent revoir leurs prétentions à la baisse ", explique Jean-Yves Demandre, directeur des ressources humaines du cabinet de consultant télécoms Cesmo. De fait, le rapport de force entre les employeurs et les ingénieurs s'est clairement inversé. " Les entretiens sont parfois annulés purement et simplement, car le poste à pourvoir a été supprimé. Il m'est même arrivé de m'entendre dire durant un entretien que le salaire proposé dans l'annonce n'était plus d'actualité. Au lieu de 53 500 euros, la rémunération était désormais de 49 000 euros du fait des nouvelles conditions du marché. A prendre ou à laisser ", explique un ingénieur. Dans un marché de l'emploi qui se dégrade rapidement, les ingénieurs télécoms n'ont plus le choix. Ils doivent à tout prix s'adapter à la conjoncture et passer en revue les atouts dont ils disposent pour ne pas rester sur le carreau. Jusqu'ici, ces derniers n'avaient pas de réels efforts à faire pour se faire embaucher. Leur curriculum vitae parlait pour eux et leur formation constituait leur premier atout. Aujourd'hui, il leur faut mettre en avant leurs capacités d'adaptation, leur mobilité, leur réactivité... Bref, anticiper les évolutions du marché au lieu d'attendre que l'on vienne les chercher. A ce jeu, les plus rapides sont souvent les plus à même de rebondir facilement. Chez Ericsson France, par exemple, tous n'ont pas attendu la mise en place d'une cellule de reclassement pour se mettre activement en recherche. " Entre l'annonce du plan de licenciement, en juin, et aujourd'hui, une quinzaine de personnes ont rebondi par leurs propres moyens. La plupart ont d'ailleurs retrouvé dans le secteur ", explique Alain Cros, le directeur des ressources humaines. Mais pas question non plus d'attendre les premiers signes de plan social pour chercher un nouveau poste. " Je ne suis pas sûr qu'à partir de janvier la situation de l'emploi ne se dégrade pas. Mieux vaut être proactif, sinon on risque de se retrouver le bec dans l'eau ", estime une femme cadre du secteur. Ingénieur commercial dans une filiale du constructeur EADS spécialisée dans les communications satellitaires, Vincent Lecerf (33 ans) a préféré ne pas tergiverser. En désaccord avec son chef d'équipe, il a décidé de ne pas aller pas au terme de sa période d'essai et a rejoint un opérateur historique. " En intégrant l'équipe de Swisscom France, je considère que j'ai eu une grande chance. C'est l'un des derniers opérateurs à s'installer en France. Si je n'avais pas fait ce choix rapidement, je pense que je serais au chômage actuellement. Les opérateurs ont commencé à réduire leurs effectifs. Des collègues plus expérimentés que moi sont sur le carreau depuis cet été. " Mais si un bon timing se révèle souvent primordial, cela ne suffit pas toujours. La mobilité constitue un atout supplémentaire, voire indispensable, pour rebondir. En dehors de l'Ile-de-France, les opportunités sont en effet très souvent réduites. Soit les autres industriels de la région licencient également, comme c'est le cas à Lannion ; soit le site est isolé, ce qui exclut toute solution locale de reclassement. A Rouen, par exemple, l'implantation de Lucent est condamnée à la fermeture. Mais il n'y a pas de véritable pôle télécoms dans la région. Chef de projet sur le site de Lucent, Emmanuel Bagaglia (31 ans) a donc dû s'exiler en région parisienne, dans les Hauts-de-Seine, pour retrouver un poste. " Cela ne me dérange pas, même si ce n'était pas mon souhait de quitter Rouen, où mon amie termine ses études. Il faut être mobile sur le plan géographique ", explique-t-il. Emmanuel Bagaglia a rejoint Wavecom, un fabricant de modules de communication GSM pour les portables. Et sa mobilité s'est révélée payante. A ses compétences classiques de chef de projet, Emmanuel Bagaglia pourra désormais ajouter la gestion du contact direct avec le client, un domaine qu'il n'avait pas développé chez Lucent. Et, au passage, il a pu négocier une augmentation de salaire.

Ne pas hésiter à saisir la balle au bond

Autre atout susceptible de permettre à un ingénieur de rebondir, sa capacité d'adaptation. A ce niveau, les spécialistes du développement logiciel comme les commerciaux sont les mieux placés puisque leurs compétences ne sont pas véritablement liées à un secteur spécifique. Jeune ingénieur de 32 ans, Catherine Bourachot est passée de la vente de routeurs Cisco Systems pour l'intégrateur télécoms RCS à la livraison de logiciels d'analyse et de supervision de réseau chez Network Associates. Entre-temps, RCS a été placé en redressement judiciaire. Jeune et sans enfants, son discours direct - " Je suis disponible et capable de m'adapter " - a séduit les chasseurs de tête, qui l'ont contactée dès que les rumeurs de défaillance se sont mises à circuler sur RCS. Leur proposition ne concernait pas directement son domaine, mais elle a saisi la balle au bond. " Je serai pleinement opérationnelle après deux semaines de formation aux produits de la société. Pour un ingénieur commercial, il est plus facile de se retourner, car l'approche du client reste essentiellement la même. Pour un ingénieur technique, un investissement de formation plus important serait nécessaire pour se familiariser avec une nouvelle technologie. " En agissant vite, Catherine Bourachot a même eu le luxe de choisir entre plusieurs propositions de postes. " Quand on vit un redressement judiciaire, on n'a pas envie de passer par un autre. J'ai été plus attentive à la santé financière de l'employeur qu'à son image de marque. "

Des opportunités dans les SSII

Pour rebondir, les spécialistes de développement logiciel ont également une belle carte à jouer au sein des sociétés de services informatiques. Car ces dernières bénéficient de plus de flexibilité pour gérer leurs effectifs. Alitec, une petite SSII d'environ 25 personnes spécialisée dans l'évaluation des logiciels, est confrontée à une baisse des commandes de ses grands clients télécoms, mais elle compte encore embaucher six personnes en 2002. De fait, l'un des ingénieurs qui travaillait depuis dix-huit mois pour des clients comme Philips, Lucent ou Alcatel, a pu, après deux mois de forma- tion, rejoindre un projet d'inter- face homme-machine pour ta- bleau de bord numérique destiné à l'équipementier de l'automobile, Magneti Marelli. Selon Didier Bailleau, en charge de la communication de la SSII, la bascule est simple. " Pour un ingénieur de développement logiciel, spécia- liste des protocoles de communication télécoms comme IP ou ATM, il n'y a pas de grandes difficultés à apprendre le CAN, le protocole de communication d'échange entre deux modules d'électronique embarquée dans les voitures. Une semaine de formation ciblée suffit. Nous évitons simplement de recruter des hyper-spécialistes. L'expert des protocoles de transmissions IPV6 (dernière version du protocole Internet) ou de la gestion du hand-over (passage d'une cellule GSM à une autre) ne nous intéresse clairement pas. "

Savoir valoriser son expérience

Pour autant, si les SSII restent des recruteurs potentiels, il ne faut pas rêver d'une réorientation complète vers un secteur comme l'automobile. Dans ce domaine, les constructeurs et les équipementiers sont eux-mêmes en restructuration. " Je ne recrute pas d'ingénieurs télécoms, mais des commerciaux capables de décrocher des contrats auprès de Renault et PSA ", indique sans ambages un équipementier de l'automobile. Capacités d'adaptation, réactivité, mobilité... Autant de qualités attribuées généralement aux jeunes. Mais pour les cadres télécoms qui ont franchi le cap de la cinquantaine, la préretraite n'est pas l'unique porte de sortie. A condition de savoir valoriser son expérience et d'avoir gardé son audace d'entreprendre. Ce qu'a su faire Jean-Claude Fraval (56 ans). Cet ancien directeur du développement en charge des partenariats stratégiques pour la société de services informatiques Sema a fait les frais de la fusion entre la SSII et le groupe franco-américain Schlumberger. Du coup, il s'est lancé dans l'activité de consultant en créant sa propre société de conseils, @dvantage. Un bon moyen d'exploiter un réseau de connaissances et des contacts noués au niveau européen pendant plus de vingt-cinq ans. Aujourd'hui, un grand constructeur informatique a recours à ses services pour définir sa stratégie dans les services Internet, une jeune société spécialisée dans les offres de téléconférence fait appel à son réseau de connaissances pour renforcer ses canaux de ventes en Europe. Le licenciement peut aussi être un moment propice de réflexion sur le plan tant professionnel qu'individuel. A ce titre, on peut l'exploiter pour mener à bien un nouveau projet de carrière. Après son départ de chez Ericsson, Christophe Boiteau (38 ans) a ainsi décidé d'abandonner la high-tech et dix-sept ans de carrière dans ce domaine. " C'était l'opportunité de me lancer enfin sérieusement dans la fasciathérapie. Cette discipline consiste à soulager le stress, les problèmes d'ordre osseux, le mal de dos, les crispations tissulaires, les blocages articulaires... ", explique le jeune fasciathérapeute. Pour ce nouveau départ, Christophe Boiteau s'est formé pendant sept ans, à raison de quatre jours tous les deux mois, à cette discipline et a acquis différents diplômes. S'il a changé de métier, l'homme a su cependant conserver le goût de la compétition. " Je cherche à atteindre également une clientèle de grands sportifs. En complément des opérations chirurgicales, avec cette technique moins traumatisante, je peux leur assurer une récupération dans un délai plus bref, et donc un retour à la compétition plus rapide. Je vise haut ", explique-t-il. L'esprit d'ingénieur... il en reste toujours quelque chose.



1 Changer de region

Emmanuel Bagaglia, 31 ans

Il quitte Rouen après la fermeture de son site pour trouver un poste de chef de projet en région parisienne chez un fabricant dans le secteur des télécommunications.

2 Quitter le secteur

Catherine Bourachot, 32 ans

Licenciée économique par un intégrateur télécoms, cette ingénieur d'affaires entre chez un éditeur de logiciels de supervision des réseaux.

3 Saisir une opportunité

Vincent Lecerf, 33 ans

En désaccord avec sa hiérarchie, cet ingénieur commercial rejoint rapidement un opérateur historique qui s'installe en France.

4 Exploiter son réseau de contacts

Jean-Claude Fraval, 56 ans

Faisant les frais de la fusion Sema-Schumberger, où il occupait le poste de directeur de la stratégie des partenariats, il monte son activité de consultant, mettant en avant son expérience et son carnet d'adresses.

5 Changer de vie

Christophe Boiteau, 38 ans

Après dix-sept ans dans l'informatique et les télécommunications, il quitte le secteur pour enfin assouvir un projet personnel : ouvrir un cabinet de fasciathérapie, une discipline médicale sur laquelle il s'est formé pendant plus de sept ans.



Trois questions à...

... Pierre-Antoine Fayol et Mattéo Guerra
de la division ingénieurs du cabinet de recrutement Michael Page

" LES INGÉNIEURS DOIVENT S'ADAPTER ENCORE PLUS VITE. "

Quelle qualité doit faire valoir un candidat pour séduire un employeur ?

Les ingénieurs en télécommunications sont des candidats habitués à évoluer dans un environnement technologique en perpétuelle mutation. Ainsi, plus que d'autres, ils ont développé des capacités d'adaptation, de prise de décision et de réactivité. En cette période de crise, les équipementiers cherchent des profils capables de rebondir et de s'adapter à des variations soudaines de leurs marchés.

Leur conseillez-vous de quitter le secteur ?

Non. Le secteur reste porteur même s'il est difficile de dire quand le marché des télécommunications rebon- dira. Au deuxième semestre 2002 ? 2003 ? Des reconversions sont toutefois possibles. Un ingénieur de déploiement de réseaux fibres optiques peut assez facilement se diriger vers le déploiements de réseaux d'électricité, par exemple. Cependant, il ne faut pas se faire d'illusions. Des secteurs consommateurs d'expertise technologique comme l'automobile ou l'aéronautique offrent des perspectives d'embauches limitées.

Doivent-ils revoir leurs prétentions salariales à la baisse ?

Les ingénieurs en télécommunications ont profité de deux années exceptionnelles, 1999 et 2000, et affichent des salaires de 20 % supérieur à ceux d'autres secteurs. Aujourd'hui, les embauches devraient plutôt se faire à salaire égal. H. M.



DES PLANS SOCIAUX QUATRE ÉTOILES

Il y a plan social et plan social. A voir ceux confectionnés aux petits oignons pour les ingénieurs en télécommunications, les ouvriers licenciés de Bata et Moulinex ne doivent pas en croire leurs yeux. En France, Ericsson et Lucent ont largement mis la main à la poche pour assurer le reclassement de leurs ingénieurs licenciés. Les deux constructeurs ont mis sur pied des cellules chargées d'aider les ingénieurs dans leur recherche d'emploi. " On s'engage à proposer deux offres concrètes pour les salariés de moins 50 ans dans le même bassin d'emploi, avec une rémunération atteignant au moins 90 % du salaire précédent ", explique Alain Cros, directeur des ressources humaines d'Ericsson France. Lucent, qui a voulu négocier plus rapidement, a été aussi plus généreux. Entre les indemnités conventionnelles et de préjudice, les salariés peuvent quitter l'entreprise avec un beau pactole pouvant atteindre jusqu'à dix-huit fois un salaire de référence de 4 000 euros pour les plus de 50 ans et six fois pour les moins de 30 ans. Les mesures de reclassement sont généreuses : préavis non effectué, mais payé, un budget de formation de 9 200 à 12 000 euros par individu, des aides à la création d'entreprise de 15 250 à 30 500 euros, des primes pour déménagement entre 13 720 à 41 160 euros en fonction de la situation familiale... Qui plus est, les ingénieurs de plus de 53 ans (chez Lucent) et de plus de 55 ans (chez Ericsson) éligibles pour une retraite à taux plein toucheront presque l'intégralité de leur salaire jusqu'à leur retraite. " Si ce n'était pas un plan social, on pourrait dire que l'on en est fier ", reconnaît un membre du comité d'entreprise de Lucent au Plessis-Robinson.

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