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EMBALLAGEL'environnement impose sa loiConcevoir des emballages moins volumineux et valorisables. Ces deux préoccupations s'imposent aux industriels depuis le 25 octobre. Contraintes supplémentaires ? Pas toujours. Un emballage " vert " est source d'économies et peut accroître des parts de marché.

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EMBALLAGE

L'environnement impose sa loi

Concevoir des emballages moins volumineux et valorisables. Ces deux préoccupations s'imposent aux industriels depuis le 25 octobre. Contraintes supplémentaires ? Pas toujours. Un emballage " vert " est source d'économies et peut accroître des parts de marché.



Dix ans pour parcourir la distance Bruxelles-Paris. Il aura fallu en effet près d'une décennie pour que l'environnement et l'emballage se marient officiellement au Parlement de Bruxelles et s'installent en France. Après quatre ans d'attente, le décret 98-638 sur " la prise en compte des exigences liées à l'environnement dans la conception et la fabrication des emballages " a été adopté le 20 juillet dernier. Entré en vigueur le 25 octobre, il transcrit dans le droit français la directive emballage 94/62, adoptée le 20 décembre 1994 après cinq années d'âpres négociations. " C'est avec retard que la der- nière pièce du puzzle de la directive prend place ", note, fataliste, Jean-François Stosser, secrétaire général du Comité de liaison des industries françaises de l'embal- lage (Clife). Le texte concerne tous les emballages, tous les matériaux et toutes les applications. " La prévention des déchets d'emballages n'est plus un choix lié à la seule décision d'une entreprise, mais elle s'impose par la voie réglementaire, en France et en Europe ", prévient Olivier Labasse, délégué général du Conseil national de l'emballage. Ce dernier réunit tous les acteurs de la " chaîne emballage ", des fabricants de matières premières jusqu'aux collectivités locales chargées de la collecte des déchets. De leur conception jusqu'à leur élimination, la vie des 100 mil- liards d'emballages consommés en France chaque année est désormais encadrée. Soit 4,6 millions de tonnes de déchets pour an, alimentées par la dizaine d'emballages utilisés quotidiennement par chaque Français. " La directive repose sur deux socles, analyse Jean-François Stosser. D'une part, elle encourage la recherche d'économies de matières premières par la réduction des déchets d'emballages à la source. D'autre part, l'emballage arrivé en fin de vie doit être valorisable par trois voies : l'incinération avec récupération d'énergie, le recyclage "matière" ou le compostage. "

Monter un dossier technique de conformité

Le texte fait peser la responsabilité du respect de la réglementation sur la tête des fabricants d'emballages. Ou éventuellement sur celle du conditionneur, s'il est lui-même le concepteur de l'emballage. L'un ou l'autre doivent monter un dossier technique de conformité démontrant que l'emballage mis sur le marché bénéficie de tous les efforts de réduction à la source. Une amende de 3 000 francs frappera chaque contenant non conforme. " Je préfère passer mon temps à réduire le volume de nos emballages plutôt qu'à justifier ce que l'on fait dans ce domaine. Ce sera plus productif pour l'environnement ", s'exclame Laurent Weinberg, responsable corporate packaging de Nestlé France. Bien malgré lui, Laurent Weinberg et tous ses homologues chargés de la conception d'emballages bénéficient d'un sursis pour intégrer cette nouvelle tâche dans leur planning. Pour l'instant, en effet, les industriels sont contraints de se satisfaire des lignes générales tracées par le législateur. Ainsi l'article 3 du décret stipule que " l'emballage doit être conçu et fabriqué de manière à limiter son volume et sa masse au minimum nécessaire pour assurer un niveau suffisant de sécurité, d'hygiène et d'acceptabilité ". Sans aucune indication sur les méthodes à suivre, et encore moins de données chiffrées à respecter pour atteindre cet objectif. Et pour cause. Les cinq normes harmonisées élaborées par le Comité européen de normalisation (CEN TC 261) qui serviront aux industriels d'outils de démonstration de la conformité des emballages ne devraient pas être adoptés avant le second semestre de 1999. Elles portent sur la réduction à la source, la réutilisation des emballages et les trois modes de valorisation. " Nous sommes dans une période transitoire ", rassure Régine Bloch, chef de la division emballage au secrétariat d'Etat à l'Industrie. Les normes devraient en effet entrer en application en 2000. En attendant, une note du secrétariat d'Etat à l'industrie vient d'être adressée à la DGCCRF. " Elle a pour but d'expliquer aux agents de contrôle ce qu'ils peuvent faire et attendre des industriels ", explique-t-elle. Sous quinze jours, une déclaration écrite de conformité pourra être réclamée à tout fabricant ou conditionneur d'emballages par l'Administration. Mais, jusqu'en 2000, seuls les abus les plus criants seront sanctionnés. " Dans ce maquis réglementaire et normatif, il devient de plus en difficile, pour une PME, de s'y retrouver ", reconnaît Jean-François Stosser. A l'inverse, les groupes, qui suivent le parcours de la directive depuis dix ans, n'ont pas attendu le 25 octobre pour passer à l'action. " En 1991, Nestlé s'est donné dix ans pour réduire son volume d'emballages de 10 % ", rappelle Laurent Weinberg. En 1997, le groupe est parvenu à faire tomber sa consommation d'emballages de 14 000 tonnes sur les 200 000 tonnes, d'une valeur de 2 milliards de francs, qu'il utilise chaque année en France. Soit, après sept ans, une économie de 7 %. " Depuis 1992, tous les produits que nous avons lancés intègrent le principe de réduction à la source, explique Laurent Weinberg. Mais, aujourd'hui, le gramme à retirer par emballage devient de plus en plus dur à gagner. "

Réduire le produit pour alléger l'emballage

" Mais le déchet le moins coûteux à traiter reste celui qui n'est pas produit ", rappelle Olivier Labasse. Fin septembre, le Conseil national de l'emballage éditait le " catalogue de la prévention des déchets d'emballages ", qui recense quatre-vingt-dix-huit exemples de biens de consommation ayant déjà bénéficié d'une réduction à la source de leur emballage et appliqués par quatre-vingt-dix entreprises. Elles ont ainsi économisé 28 540 tonnes de matériaux d'emballage, 107 679 palettes, et évité à 3 263 camions de prendre la route. En abandonnant la boîte trois pièces au profit d'une boîte deux pièces, Cacolac a, par exemple, économisé 20 grammes par contenant. Ou, en passant du PVC au PET, les minéraliers ont amélioré l'image de leur produit et gagné 6 à 8 grammes d'emballage par bouteille. Dans la course à la réduction des emballages, le produit peut s'avérer un allié précieux. La miniaturisation des répondeurs téléphoniques a permis à Matra Communication de faire passer le poids des emballages de 457 à 89 grammes. Les calages en polystyrène expansé et les intercalaires ont été supprimés sans fragiliser pour autant les produits lors du transport. Pour ses répondeurs, Matra Communication a réduit sa consommation de matériaux d'emballage de 14,3 et 22 tonnes, selon les modèles, et sa facture de transport avec 220 poids lourds de moins mis sur la route. De plus, le vo- lume occupé en linéaire par un répondeur a été divisé par dix. " Il faut se débarrasser de l'idée reçue selon laquelle marketing et réduction à la source ne font pas bon ménage. Lorsqu'on commence à toucher à un élément de l'embal- lage, on finit par les modifier tous ", souligne Olivier Labasse.

Innover pour contrer les concurrents

Le nouveau flacon du savon liquide Le Chat (Henkel) mis sur le marché au début de l'année est, à ce titre, exemplaire. " Nous avons proposé un produit plus pratique, réduit nos coûts par une économie sur l'emballage, optimisé la logistique et créé des synergies à l'international dans le groupe ", égrène Bruno Piapenza, directeur du marketing " cosmétique " de Henkel en France. Au départ, Henkel souhaite donner un coup de jeune à son flacon sur un marché du savon liquide de 300 millions de francs, en hausse de 17 % en 1997, de plus en plus concurrentiel. Avec 23 % de parts de marché chacun, Henkel et Colgate (Pouss' Mousse) dominent. Mais la montée des marques de distributeurs (23 % du marché) et l'arrivée de trois nouveaux concurrents (dont Le Petit Marseillais) incitent Henkel à innover.

Raisonner de façon globale

" Nous raisonnons désormais de manière globale ", explique Bruno Piapenza. Si le flacon en plastique conserve les lignes du savon de Marseille, en revanche, la pompe, qui diffuse le produit, fait l'objet de toutes les attentions. Henkel opte pour une pompe standard, moins chère de 50 %, et qui incorpore moins de matière plastique. Son encombrement est moindre lors du transport (elle est livrée en position basse sur le flacon) et elle permet de faire l'économie de la bague de sécurité, qui empêche le produit de fuir.

Faciliter l'utilisation

La pompe est aussi plus large, pour faciliter son utilisation, et plus pratique : elle diffuse 1,4 millilitre de savon à chaque pression, contre 1 millilitre auparavant. Soit l'économie d'une pression à chaque lavage des mains, puisque la dose moyenne de savon liquide utilisée varie entre 2 et 3 millilitres. Enfin, la recharge, un berlingot aux rondeurs amplifiées et doté d'un bec verseur, n'est pas oubliée. Car elle représente deux tiers des ventes du produit. " L'écorecharge est une bonne piste de réduction à la source ", relève Olivier Labasse. Et qui est largement empruntée grâce à une offre diversifiée de conditionnements : berlingots, sachets, pots et flacons en plastique, emballages en carton plat ou briques. Après les lessives, en poudre, compactes ou liquides, les assouplissants, l'eau de Javel, le savon liquide, les liquides pour vitres, c'est au tour des produits cosmétiques, de soins du corps ou alimentaires de l'adopter. Des produits cosmétiques rechargeables Yves Rocher, du dentifrice doseur Sanogyl, de la mousse du dernier rasoir Philips ou de l'écorecharge de café Carte Noire (Kraft Jacobs Suchard). KJS réduit ainsi de 344 tonnes sa consommation d'emballages avec une écorecharge, un sachet en plastique, vendue entre 3 et 4 francs de moins que le " classique " bocal en verre. L'écorecharge a en effet un double avantage. Elle offre une réduction du poids des emballages, qui peut dépasser 70 % et des produits moins chers de 30 à 50 %. Les consommateurs ne peuvent donc que saluer le mariage entre l'emballage et l'environnement. De leur côté, les industriels qui apprivoisent et intègrent de mieux en mieux le concept de réduction à la source dès la conception des emballages trouvent une autre raison de satisfaction dans l'entrée en vigueur de la directive emballage. En effet, le texte s'intègre dans les textes européens sur la li- bre circulation des marchandi- ses (article 100 A du traité de Maastricht) et non pas sur ceux (article 130 S) qui fondent les règles en matière de protection de l'environnement. " Les lois et les règlements des pays européens ne pourront plus servir d'alibis pour fermer son marché intérieur ", souligne Jean-François Stosser.



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