ElectrotechniqueSchneider accélère sa course au leadershipLe groupe français s'allie à l'allemand AEG dans les automates programmables quelques jours avant l'aboutissement du rapprochement entre Télémécanique et Merlin Gerin.

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Schneider accélère sa course au leadership

Le groupe français s'allie à l'allemand AEG dans les automates programmables quelques jours avant l'aboutissement du rapprochement entre Télémécanique et Merlin Gerin.



Dimanche 16 avril, 11heures du soir. Didier Pineau-Valencienne, P-DG de Schneider, respire. En signant l'accord de fusion de l'activité automates programmables du groupe avec celle de l'allemand AEG, il vient de poser la dernière pierre indispensable à l'entreprise multinationale qu'il édifie depuis une dizaine d'années. Le projet de mariage a cependant bien failli capoter. Le constructeur aéronautique et automobile allemand Daimler-Benz hésitait en effet à laisser s'éloigner de son giron une de ses filiales stratégiques pour son activité. Il a donc fallu le rassurer et équilibrer, au plan capitalistique, les apports de chacun. Les deux partenaires détiendront donc 50% de la nouvelle société AEG Schneider Automation, qui prend la deuxième place mondiale à égalité avec Allen Bradley, mais derrière Siemens. "Le hasard fait bien les choses, jubile Didier Pineau-Valencienne. Nous étions vraiment faits l'un pour l'autre." En effet, les activités respectives automates programmables des deux sociétés réalisent approximativement un chiffre d'affaires identique (1,5milliard de francs) et emploient le même nombre de personnes (1100). Côté management, les responsabilités sont également partagées: le président du conseil d'administration, Daniel Melin, de Schneider, siégera à Paris dans les nouveaux bureaux du groupe à Boulogne, mais la direction opérationnelle sera assurée par Paul White, d'AEG, à Francfort. Mais pourquoi le P-DG d'un groupe de 56milliards de chiffre d'affaires et 91500personnes se réjouit-il autant de la création d'une entité qui ne pèsera, après tout, que 3milliards de francs?

Complémentarité géographique et technologique

"Nous considérons que les API constituent une activité essentielle pour l'avenir, explique Didier Pineau-Valencienne. De plus, cette opération nous permet d'accélérer la globalisation de nos métiers. Et approcher notre but: devenir leader mondial dans chacune de nos spécialités." Car un client international veut pouvoir bénéficier d'une offre internationale. Exemple? Un grand constructeur d'automobiles américain va réduire ses neuf fournisseurs d'automatismes actuels à trois. Chacun devra avoir une taille mondiale. En l'absence de regroupement, ni Télémécanique, ni April, ni AEG n'aurait pu décrocher le marché. Autre raison évoquée : l'importance du parc installé. "Nous entrons dans une phase de service, explique le P-DG du groupe Schneider. Je ne vends plus un automate, mais garantis un équipement d'automatismes qui doit fonctionner. Donc, je l'entretiens. L'avenir, c'est la vente de tels services." Mais le but de la fusion des activités automates programmables des deux groupes ne se cantonne pas à l'obtention d'une taille critique. La complémentarité géographique et technique des deux mariés a doté le nouveau couple de bien d'autres attraits. Des attraits commerciaux, tout d'abord. En effet, alors que depuis de nombreuses années Schneider dépensait des fortunes pour vendre outre-Rhin ses produits, cette association lui ouvre, sans bourse délier, les portes du gigantesque marché allemand (trois fois le français). Elle facilitera également l'entrée des produits Télémécanique en Chine et en Corée, où AEG bénéficie respectivement de 25 et 50% de parts de marché. Aux Etats-Unis, c'est la complémentarité technologique des deux sociétés qui va servir les visées hégémoniques du groupe. Bénéficiant déjà d'un très bon réseau de distribution grâce à Square D, acheté en 1991 au terme d'une OPA, Schneider va maintenant pouvoir jouer, outre-Atlantique, la carte de spécialiste en matière de régulation et de contrôle process avec les produits Modicon qu'apportent les Allemands. Cette fusion entraînera une harmonisation des sites de production. A terme, une usine en France, une aux Etats-Unis et une en Allemagne, confie Ernst Georg Stöckl, président du directoire d'AEG. Quand et combien d'emplois seront alors sacrifiés? A cette question, personne ne s'aventure à donner une réponse aujourd'hui. Mais le groupe Schneider compte bien répéter la stratégie adoptée pour la fusion de Télémécanique et Merlin Gerin: du temps et du doigté. Préparée patiemment depuis que Schneider a acheté Télémécanique après une OPA mouvementée en 1988, les activités des deux filiales seront enfin regroupées, le 3 mai prochain, sous une société juridique unique appelée Schneider Electric. Et même si, là encore, les deux entreprises bénéficiaient d'une grande complémentarité (Merlin Gerin comme spécialiste de la distribution électrique et Télémécanique du contrôle industriel), il aura fallu attendre deux ans pour voir naître une organisation commune. Le temps nécessaire aux deux firmes, marquées par une culture d'entreprise très forte, pour s'habituer au changement. Cette organisation commune sera conduite avec les partenaires sociaux dans le cadre d'un processus de négociation qui a débuté en décembre dernier. Les avantages collectifs actuels de chacune des sociétés sont, de par la loi, garantis au personnel de celles-ci pendant une durée maximale de quinze mois. Si la négociation aboutit, les avantages collectifs se substitueront à ceux existant. Sinon? La direction générale tranchera. Cette fusion a également donné lieu à une division par DAS (domaines d'activité stratégique) de tailles et de chiffres d'affaires à peu près identiques. Ainsi, les trois anciennes DAS de Télémécanique et les cinq de Merlin Gerin en ont engendré seulement quatre dans le groupe Schneider Electric. La division automates programmables de la DAS productique rejoint donc celle d'AEG. Alors que les divisions variations de vitesse et commande numérique rejoignent la DAS composants et contrôle industriel de Schneider Electric (voit schéma ci-contre). Aujourd'hui, le bel organigramme sur papier du groupe Schneider satisfait les visées de Didier Pineau-Valencienne. Reste à le faire fonctionner et à résoudre les nombreux problèmes sociaux et chocs culturels liés à cette nouvelle organisation internationale.





SCHNEIDER

Capital: 1,5 milliard de franc

Nombre de personnes : 1100

Budget recherche et développement: 250 millions de francs

Unités de production: Trois en france Une aux Etats Unis (Square D)

Réseau de distribution: Grossiste

Atouts: Offre globale en matériel électrique Bon réseau de distribution aux Etats Unis



AEG

Capital: 1,5 milliard de franc

Nombre de personnes: 1100

Budget recherche et développement: 250millions de francs

Unités de production: Une aux Etats-Unis (Modicon) Une en Allemagne

Réseau de distribution: Intégré

Atouts: Bien implanté en Allemagne Bons produits de régulation

- Approche système : Automates programmables Modicon, fabriqués par l'usine américaine d'AEG.





USINE NOUVELLE - N°2454 -

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