Électronique : Picogiga victime de son succès

La PME des Ulis,spécialiste de l'arséniure de gallium, part à la recherche de fonds propres. Elle ne parvient pas à suivre le rythme des investissements imposé par l'explosion du marché.

Partager

Picogiga, le spécialiste français des tranches d'arséniure de gallium utilisées pour la fabrication des puces électroniques ultra-rapides, a du mal à suivre la croissance du marché. Se donner les moyens financiers indispensables à cette activité très capitalistique est devenu sa priorité. La jeune société - dont 90% du capital sont détenus par des sociétés de capital- risque- est à la recherche de partenaires financiers et regarde désormais vers le Nasdaq américain, à défaut d'équivalent européen. "Sans la saturation de nos lignes de production, nous aurions réalisé 30% de chiffre d'affaires supplémentaires en 1994", avoue son P-DG fondateur, Lin T. Nuyen. Depuis, la PME, qui emploie une trentaine de personnes, a rectifié le tir. Elle est en train d'investir 10millions de francs pour doubler la capacité de production de son usine des Ulis (Essonne). Une deuxième ligne d'épitaxie par jet moléculaire - permettant de diviser par dix le nombre de défauts par centimètre carré - portera sa production annuelle à 12000tranches. Mais, d'ici à un an, le problème risque de se reposer avec la même acuité. Sept ans après sa création par un ingénieur de Thomson-CSF, Picogiga est sous la pression de son succès. Avec ses 32,7millions de francs de chiffre d'affaires, en progression de 20%, Picogiga campe aujourd'hui parmi les premiers producteurs mondiaux de tranches d'arséniure de gallium (Quantum Electronic Design, Hitachi Cable, Furukawa Electric, Sumitomo Electric). De prestigieux clients comme Motorola, Texas Instruments, TRW, Rockwell, Toshiba, Mitsubishi et même NEC ou Fujitsu lui permettent de réaliser 60% de ses ventes aux Etats-Unis et 30% au Japon.

Des marchés émergents en perpective

Depuis deux ans, l'explosion du marché de la radiotéléphonie cellulaire a permis à la PME des Ulis

de renouer avec les bénéfices (6,7millions de francs en 1994) et de maintenir ses efforts de recherche à 30% de son chiffre d'affaires. La perspective de marchés émergents, ceux de l'automobile (systèmes de radar anticollisions fonctionnant à 70gigahertz et de navigation par satellites, feux additionnels de stop) ou de l'électronique grand public (avec les têtes de lecture des disques compacts), incite Picogiga à de nouveaux investissements. D'autant plus que la firme a choisi de prospecter activement les industriels de ces secteurs. En particulier les fabricants coréens et taïwanais de micro-ordinateurs et autres terminaux portables, pour lesquels la faible consommation des puces en arséniure de gallium est un atout. Dans ce contexte, Lin T. Nuyen sait que les 45millions de francs de chiffre d'affaires et les 20% de marges attendus en 1995 ne suffiront certainement pas à suivre l'explosion du marché. D'où son impatience de voir naître un marché boursier français ou européen, spécialement destiné aux entreprises de haute technologie. Jean-Pierre JOLIVET

USINE NOUVELLE N°2506

Partager

LES ÉVÉNEMENTS L'USINE NOUVELLE

LES SERVICES DE L'USINE NOUVELLE

ARTICLES LES PLUS LUS