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Quotidien des Usines

Electronique : Des vetements

Publié le

Non content d'habiller, le vêtement de demain aura pour tâche de surveiller notre santé, d'indiquer notre position ou de nous permettre de communiquer avec notre environnement... Autant de défis technologiques à relever.

Septembre 2010... Comme chaque matin, Lambert commence sa journée par un jogging. Alors que le soleil se lève, seuls sont perceptibles le bruit de sa course sur l'asphalte et les battements de son coeur, jusqu'à ce qu'une alarme se déclenche : les capteurs greffés sur le tee-shirt de notre sportif annoncent qu'il est en train de dépasser ses capacités... Autre alarme : d'autres capteurs tournés vers l'extérieur signalent que le taux d'ozone est de toute façon trop élevé pour ce genre d'effort. Notre coureur abandonne. Quoi qu'il en soit, un message clignotant sur ses lunettes vient de lui annoncer qu'un courrier électronique urgent l'attendait au bureau. Il se dirige vers sa voiture. Celle-ci s'ouvre automatiquement, grâce au signal radio transmis par sa puce d'identité greffée sur son manteau. Une douche rapide et il est au bureau. Juste à temps pour accueillir son premier client, rendez-vous que son agenda électronique, dans sa cravate, lui avait rappelé. Il lui serre la main. Grâce aux champs électriques circulant dans son corps, les informations sur l'identité de son interlocuteur passent directement dans la puce qui est dans ses chaussures... Scénario digne de science-fiction ? Pas si sûr. Industriels et chercheurs se penchent déjà sur le sujet. Utilitaire - sans doute esthétique -, le vêtement " branché " du futur se veut " communicant ". Bourrés d'électronique, les " e-vêtements " pourront interagir entre eux, avec leur environnement technologique - téléphone portable, ordinateur individuel, etc. - et avec le corps humain auquel ils se frotteront. Pour relever des paramètres vitaux, comme la pression artérielle et sanguine, la température...

La miniaturisation extrême des circuits électriques

Des évolutions rendues possibles grâce au développement des technologies. Miniaturisation poussée à l'extrême, l'incrustation de circuits imprimés et de processeurs dans les vêtements devient possible. " L'avenir de la filière est aux tissus qui intégreront des pistes de circuits électroniques souples, invisibles, de l'ordre du dixième de millimètre par composant, éclatées dans la fibre textile ", indique Daniel Huet, P-DG d'Intelligent Safety Development, une jeune entreprise grenobloise spécialisée dans la protection individuelle interactive. C'est donc l'architecture des circuits électroniques qui est repensée. Une tendance confirmée à l'Institut textile de France : " On va voir arriver des micromachines et micromoteurs dans la fibre textile ", souligne Denis Deguillemont, responsable pour Lille du service informatique. Même démarche au Léti (Laboratoire d'électronique de technologie et d'instrumentation du CEA de Grenoble) ; des chercheurs planchent, en partenariat avec des industriels, sur la miniaturisation d'un système de mesure et de mémorisation de position des différents points du corps du sportif... Le but : améliorer la performance des sportifs par une analyse poussée de leurs mouvements. L'imbrication de claviers dans le tissu est aussi étudiée de près. La start-up anglaise Electrotextiles et le laboratoire de recherche belge Starlab développent de tels tissus. Les touches sont constituées par des circuits intégrés tissés dans la fibre, réagissant en fonction de la pression des doigts. Autre élément indispensable : l'écran, qui doit nécessairement devenir souple pour s'adapter à un vêtement. Un axe de recherche privilégié du MIT (Massachusets Institute of Technology). Frottements, température, lavages..., autant de contraintes qui ne peuvent être négligées.

Récupérer l'énergie produite par le corps humain

Pour qu'ils fonctionnent, ces systèmes doivent être alimentés. L'énergie solaire est à l'étude, mais les pistes les plus prometteuses concernent les batteries fonctionnant au lithium polymère. Leur souplesse rend possible leur intégration à un vêtement. Certains imaginent même d'aller plus loin : " On rendra autonome le vêtement sans fil par la récupération et le traitement des énergies fournies par le corps humain ", explique Denis Deguillemont. L'idée étant d'utiliser les champs électriques à faible fréquence du corps pour véhiculer des informations par simple contact physique. Pour l'heure, on glisse déjà des fils conducteurs dans les équipements vestimentaires de protection industrielle pour les secteurs de la pétrochimie, de la soudure et, bien sûr, de l'électronique. L'intérêt : éviter l'accumulation des charges électrostatiques utilisées et créer des passerelles de communication. Les fils tissés dans le vêtement font office d'antennes d'émission ou de réception d'ondes radio. Ils peuvent ainsi se substituer aux fils d'alimentation électrique et permettre de transférer des données. Les premiers concepts de vêtements communicants grand public ont été développés à partir de technologies simples : téléphones mobiles à commande vocale, haut-parleurs, claviers tissés, micros, antennes de réception, cartes de processeurs électroniques, réseau Internet, systèmes de connexion (GSM, le GPS), technologies WAP, et, plus récemment, BlueTooth. Cette technologie à ondes radio va être adaptée par une start-up française, Xelia Technologies, à une montre pour enfant, qui devrait faire sonner les portables des parents si leur progéniture s'éloigne trop... Le GSM a déjà trouvé sa place chez le fabricant finlandais de vêtements de sport Reima-Tutta. Une combinaison de motoneige de secours est ainsi attendue l'été prochain. La compatibilité du produit avec la technologie du suédois Nokia sera étendue à d'autres professionnels de la téléphonie mobile. " Un deuxième modèle équipé du système GPS serait prêt à l'horizon 2002 ", indique Akseli Reho, directeur de projet. Le téléphone, évidemment, y aura trouvé son créneau. De portable, il devient porté. France Télécom, membre du consortium européen i-Wear (voir encadré) et récent partenaire financier de Medialab, département du MIT, présentera en décembre une version améliorée de son " blouson téléphone " lancé en juin par le biais de la filiale, Studio créatif, de France Télécom recherche et développement. Système GPS, technologie BlueTooth, fibres conductrices, batteries supplémentaires, oreillette sans fil, etc., sont annoncés par l'opérateur, qui affiche une politique commerciale agressive. " J'espère présenter à chaque trimestre un prototype équipé de nouvelles fonctions de communication. Le premier concept a un impact fort : rejet ou encouragement ", admet Roland Airiau, responsable du groupe de recherche sur les objets communicants au Centre de recherche de Grenoble. Mais les produits restent à sortir. Ceux qui sont déjà sur le marché ne sont pas toujours aussi communicants qu'ils veulent bien le faire croire.

Eviter le piège du gadget

L'américain Levi Strauss vient de mettre sur le marché, en partenariat avec Philips, un blouson câblé au prix " modique " de 7 000 francs. Certes, les appareils électroniques intégrés sont de haut de gamme (portable GSM Xenium, baladeur MP3 Rush) et fonctionnent par ondes radio, mais l'idée est plutôt d'intégrer des poches spéciales et de cacher les fils... Un garnissage qu'il vaut mieux ne pas oublier d'ôter avant de passer le vêtement à la machine... D'autres donnent plutôt dans le gadget. Comme Swatch, par exemple, qui décline dans sa gamme Techno Acess des modèles pour les adeptes des stations chic de sports d'hiver... Aussi anecdotiques que soient les produits qui apparaissent actuellement, la brèche est ouverte. Nokia, Nike, Adidas, Ericsson, Décathlon, Motorola, Lapidus..., la liste est longue de designers ou d'industriels jouant des coudes pour proposer leurs produits. Chez Décathlon, pas moins de dix personnes planchent sur le sujet. Les chercheurs ne sont pas en reste. Le Medialab a plus d'un concept de vêtements communicants dans ses cartons, notamment des lunettes " intelligentes " qui restituent le visage des personnes croisées dans la journée. Dans les laboratoires de recherche de l'Université Carnegie Mellon, " on travaille sur des structures électroniques qui associent les propriétés mécaniques, morphologiques et dynamiques du corps humain ", indique Asim Smailagic, chercheur. Côté consortium i-Wear, " un troisième concept de vêtement communicant sera présenté à la fin de cette année ", annonce Alex Hum, directeur scientifique au laboratoire Starlab.

Des usage professionnel et grand public

Les acteurs se penchent aussi sur la cible de tels produits. " Usage professionnel ? Destination grand public ? Porté occasionnellement, au quotidien ? On y réfléchit ", souligne Dave Sandbach, directeur technique chez ElectroTextiles, un fabricant anglais de textiles " intelligents ". C'est d'ailleurs moins la technique que la complexité de la filière textile qui pose problèmes. " Ce marché pourrait être mûr dans sept ans si on exclut les erreurs de marketing dans les campagnes de communication auprès des consommateurs et des professionnels de la filière", observe Edith Keller, P-DG de Carlin International, un bureau d'études sur les tendances de la mode. Côté consommateurs, " le degré d'innovation des vêtements "intelligents" dépasse leur simple entendement ", remarque Mathieu Richetin, de la direction commerciale de Décathlon. Geneviève Meunier



Olivier Lapidus, électroniquement vôtre...

" Les industriels du textile en France sont les rois du ventre mou ! " Las de s'évertuer à convaincre depuis quinze ans les industriels d'investir dans le vêtement " intelligent ", l'héritier du fortuné Ted Lapidus opère un virage professionnel : " Je vais appliquer à l'échelle industrielle mes recherches sur les technologies associées au luxe. " Et, pour ce trublion conseiller au Commerce extérieur, un partenaire industriel étranger est pressenti. Olivier Lapidus annonce qu'il commercialisera d'ici à trois ans un modèle de série chargé en électronique : Internet, WAP, caméra, écran vidéo, haut-parleurs. " L'écran couleur et l'image 3D seront développés plus tard. " Sa cible ? " Les populations de masse. " Inventeur, en 1984, du premier concept de vêtement solaire, ce chantre de la " communication qui se porte " signe sa collection été 2000 par un artifice d'anthropomorphismes : robes musicales, parlantes, vidéo, où " les images sont les broderies du futur ". Avec un modèle phare : un blouson téléphone à la James Bond. Derrière lui, la recherche publique et trois grands de l'industrie - Nokia, Sony et Electrotextiles pour ses claviers tissés - le rejoignent dans ses projets avant-gardistes.



LES PREMIERES APPLICATIONS... ...QUI PREFIGURENT LA PANOPLIE DU FUTUR



Un consortium européen

" Nous accueillons les dernières candidatures des industriels jusqu'à la fin octobre ", note Alex Hum, directeur scientifique du laboratoire de recherche bruxellois Starlab. A l'initiative de ce dernier, un consortium européen composé d'industriels et de chercheurs a été créé en septembre 1999 autour du vêtement " intelligent ". L'objectif d'i-Wear est d'ouvrir de nouveaux champs exploratoires dans les domaines suivants - miniaturisation électronique, sources d'énergie, antennes, polymères organiques, mémoires, écrans, tableaux sonores, interfaces avec le corps humain... - et d'intégrer des terminaux dans des vêtements. " On travaille sur l'interactivité des vêtements "intelligents". " L'intérêt ? Donner une visibilité aux industriels sur les technologies pointues, créer des standards techniques cohérents (protocoles, radiofréquences...) et s'assurer de la faisabilité industrielle des projets développés par les chercheurs du laboratoire Starlab. Trois prototypes ont été présentés en juin : un système de reconnaissance des formes logé dans les poches d'une veste ; un petit boîtier (7 x 7 centimètres), pouvant se fixer sur tout type de vêtement, qui donne accès à Internet et aux indicateurs santé de l'utilisateur ; un pantalon, équipé d'un accélérateur qui mémorise les mouvements : marche, course, changements de position. Un accessoire de vêtement est attendu à la fin de cette année. Il est tenu secret par les partenaires : France Télécom, Bekintex, Vasco Data Security, Energizer, Recticel, Addidas, Levi Strauss, Courrèges, Seiko Epson et, le tout dernier embarqué, Samsonite.



Le bleu de travail revisité par l'ordinateur

" Grâce au Mobile Assistant (MA), un de nos clients a vu se réduire la durée d'une tâche de trois heures à quinze minutes. " La société américaine Xybernaut, à l'origine du MA, travaille depuis 1990 sur le concept d'ordinateur portatif. Le principe est simple : réduire l'engin à son strict minimum pour le rendre aisément portable sur soi. Qu'il soit en extérieur ou dans un espace réduit, l'utilisateur a ainsi en permanence l'accès à l'information tout en gardant les mains libres. La dernière génération en date, le MA IV, est fondée sur un PC 486. Il est équipé d'un processeur cadencé à 233 mégahertz et d'un disque dur de 4,3 gigabits. Le tout tient dans une boîte de 6 x 5 x 3 centimètres, portée à la ceinture. En guise de couvre-chef, l'utilisateur porte un casque muni d'un écran à cristaux liquides, de deux écouteurs et d'un micro pour la reconnaissance vocale. L'ensemble ressemble plus à un baladeur qu'à un ordinateur. Le système peut être configuré sous Windows 95, 98 ou NT. Ces caractéristiques ont déjà séduit l'armée américaine et pourraient bien offrir au Mobile Assistant de nombreux débouchés industriels. " Avec le MA, nos clients réalisent des économies immédiates en termes de maintenance et de réparations, de diagnostics, d'inspections, d'inventaires et de procédures d'acquisition de données ", assure-t-on chez Xybernaut. Son prix de base, 5 000 dollars, le place à la hauteur d'ordinateurs portables plus performants, mais moins fonctionnels... et moins " seyants ".

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