Electrifil, l'équipementier de niche face aux géants de l'automobile

Découvrez le seizième volet de notre série consacrée aux entreprises moyennes. En proposant des composants très ciblés, l’entreprise familiale a su assurer sa croissance sur un marché difficile, y compris à l’international.
Partager
Electrifil, l'équipementier de niche face aux géants de l'automobile

Electrifil est un adepte de la croissance tranquille. Discrètement, cette entreprise 100% familiale est devenue l’un des fournisseurs attitrés de systèmes électromagnétiques des grands constructeurs. Pourtant, comme beaucoup de PME, Electrifil a changé de métier en cours de vie. La société rhônalpine, fondée en 1936 par Johanny Thollin et installée à Miribel (Ain), était à l’origine un fabricant de chenilles pour rigidifier les chapeaux. A partir de cette compétence textile, elleamis au point une gaine roulottée en tissu, puis en plastique, pour isoler des fils électriques en cuivre. L’innovation séduit rapidement le fabricant d’électroménager Calor, qui adopte ces «électrifil» pour ses fers à repasser. Vingt ans après le démarrage d’Electrifil, nouveau virage. Jean Thollin, le fils du fondateur, oriente l’entreprise vers l’automobile au début des années 1950.

Opportuniste, il découvre en 1957 qu’une loi va bientôt obliger les constructeurs à équiper leurs voitures d’antiparasite. Epaulé par des chercheurs de l’Institut polytechnique de Grenoble, il trouve une solution «ferrite », qui absorbe les parasites. Il dépose le brevet du câble d’allumage Bougicord. Le succès est immédiat. La fortune d’Electrifil semble assurée.

Viser les Produits de niche et de grande série

Succédant à son père en 1992, Patrick Thollin, 59 ans, poursuit cette politique d’innovation, afin de ne pas se laisser enfermer dans un rôle de simple sous-traitant. Aujourd’hui, le Bougicord ne représente plus que 5% du chiffre d’affaires. Mais cette poule aux oeufs d’or a permis à la société de poursuivre son évolution, avec près de 9% de chiffre d’affaires consacrés à la R&D. Dès les années 1980, Electrifil développe une famille de fils-capteurs électroniques qui régulent automatiquement le calage du moteur sur les lignes de production. Dans les années 1990, le principe est étendu à des faisceaux de diagnostic gérant l’allumage électronique. Continuant sur sa lancée, le groupe diversifie son activité vers des capteurs magnétiques pour boîtes de vitesses et des petits modules de mécatronique, à forte valeur ajoutée. D’où une politique duale, associant à la fois des produits de niche sophistiqués avec des produits de grande série à prix réduit. «Nous n’aurons jamais la force de frappe d’un Bosch ou d’un Continental. En revanche, avec notre souplesse et notre réactivité, nous nous positionnons sur des produits où les grands du secteur ne vont pas », ajoute le PDG.

Trop franco-français, Electrifil se tourne vers l’international à partir des années 1990. En 1996, il rachète un concurrent turc, avant d’investir, en 2004, dans deux unités de production aux Etats-Unis (à Elkmont) et en Chine (à Wuhan). De lourds investissements, devenus rentables depuis peu. Le jeu en vaut la chandelle, car d’ici à quatre ans, ces deux pays représenteront 20%des ventes. «Grâce à eux, d’ici à 2013, notre chiffre d’affaires devrait passer de 125 à 160 millions d’euros,» annonce Patrick Thollin. Aujourd’hui, la société réalise 62%de ses ventes hors de France.


Fiche d’identité

> Date de création 1936 à
Miribel (Ain)

> Actionnariat 100% familial

> Activité systèmes électroniques et électromagnétiques pour l’automobile

> Chiffre d’affaires 2009 125 millions d’euros

> Résultat net après impôts (moyenne depuis 2004) 2,7 millions d’euros

> Effectif 2009 1200, dont 800
en France
La PME s’est aussi réorganisée depuis 2006. Une nécessité, quand des concurrents comme Continental entraînent les prix à la baisse. S’inspirant de son client Delphi, la PME a mis en place une politique de lean manufacturing. Le résultat est spectaculaire. En moins de quatre ans, Electrifil a standardisé ses modes opératoires et a gagné 8% en productivité. Patrick Thollin pondère: «Nous partions de loin et il faut rester vigilant. Les principes du lean ne sont pas naturels et il reste indispensable de les rappeler régulièrement aux employés.» En particulier à ceux des sites chinois et turcs, visiblement moins réceptifs que les salariés français et américains.

Comme la plupart des dirigeants de PME, le PDG d’Electrifil tente de résoudre les contradictions du management. Attaché à ses responsabilités sociales, il ne s’en est pas moins résolu à faire un plan social en 2009 (80 postes), suite à une marge opérationnelle négative et à une chute de 14% des ventes par rapport à 2008. Evidemment, 2009 est une année atypique dans l’automobile, mais le PDG compte redresser les marges en 2010. «Les départs se sont faits sur la base du volontariat. Ma philosophie est la même que celle de mon père, à savoir gérer un bien mis au service de la collectivité.» Un patron allemand de Mittelstand ne dirait pas mieux. Cette conception familiale de l’entreprise est cependant menacée. Patrick Thollin n’a pas de successeur désigné, même s’il veut laisser le champ libre à ses enfants. «Il faut avoir la compétence et l’envie de diriger. Dans vingt ans, il est possible qu'Electrifil ne soit plus dirigée par un Thollin.»

%%HORSTEXTE:%%
1 Commentaire

Electrifil, l'équipementier de niche face aux géants de l'automobile

Le Courrier Industriel
11/04/2010 03h:23

Bonjour,
Je crois qu'il y a une petite faute de frappe.
Il s'agit sans doute de la société Electricfil et non Electrifil.
Salutations

Réagir à ce commentaire

Sujets associés

LES ÉVÉNEMENTS L’USINE NOUVELLE

LES PODCASTS

Vendre la Joconde, chiche !

Vendre la Joconde, chiche !

Nouveau

Dans ce nouveau numéro du podcast Inspiration, Stéphane Distinguin, auteur de "Et si on vendait la Joconde" sorti ce 19 janvier 2022 aux éditions JC Lattés, répond aux questions...

Écouter cet épisode

Digital et médias, par Julie Manou-Mani

Digital et médias, par Julie Manou-Mani

Dans le podcast "Inspiration", Julie Manou Mani, journaliste et productrice, répond aux questions de Christophe Bys. Elle revient sur sa reconversion vers le journalisme après des études...

Écouter cet épisode

La recherche française est-elle vraiment à la traine ?

La recherche française est-elle vraiment à la traine ?

En 2020, année de la crise Covid, la recherche française aura été au centre de toutes les attentions. En cause, l'incapacité de la France à développer son propre vaccin....

Écouter cet épisode

Joindre les deux bouts

Joindre les deux bouts

Dans cet épisode d'Industry Story, Guillaume Dessaix revient sur la grève du Joint Français qui au début des années 70 a enflammé la Bretagne.

Écouter cet épisode

Tous les podcasts

LES SERVICES DE L’USINE NOUVELLE

Trouvez les entreprises industrielles qui recrutent des talents

LE CNAM

Ingénieur chef de projet bâtiment H/F

LE CNAM - 18/01/2022 - CDD - PARIS

+ 550 offres d’emploi

Tout voir
Proposé par

ARTICLES LES PLUS LUS